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Hier 4 janvier, la présidence tchèque de l’UE a reconnu le fait qu’elle avait commis un couac qui apparemment justifiait l’offensive terrestre israélienne dans le territoire palestinien de Gaza. Parallèlement, d’autres dirigeants de l’UE ont condamné l’intensification de la violence et ont appelé à un cessez-le-feu immédiat.
Samedi 3 janvier, Israël a lancé une offensive terrestre à Gaza dans le cadre de son opération « Plomb durci » lancée le 27 décembre 2008. Avant d’envoyer des tanks et des troupes terrestres, Israël a conduit des attaques aériennes dans la bande de Gaza contre des positions du Hamas après que le groupe palestinien a pilonné des implantations israéliennes en tirant des roquettes Kassam et des mortiers de fortune, tuant des civils et causant de la panique. Israël a également fermé tous les points de franchissement des frontières vers Gaza et a bombardé des tunnels, la nourriture et d’autres produits de base devant désormais passer par l’Egypte. En outre, les journalistes ne peuvent pas entrer sur le territoire de la bande de Gaza.
En juin dernier, Israël et le Hamas se sont mis d’accord sur un cessez-le-feu de six mois. Le calme instable a été violé de manière périodique dans la bande de Gaza par des factions armées qui ont lancé des roquettes sur des implantations israéliennes se trouvant à la frontière. Israël a répondu en interrompant régulièrement l’acheminement de l’approvisionnement vers Gaza. En novembre et au début du mois de décembre, le Hamas a augmenté les attaques de roquettes et a ensuite, de manière unilatérale, annoncé formellement la fin de la trêve. Le public et le gouvernement israéliens ont ensuite donné à leur ministre de la Défense Ehud Barak la liberté de répondre.
Les récentes attaques israéliennes, qui ont déjà fait près de 500 morts et encore plus de blessés, surtout parmi les civils, ont suscité de vastes protestations parmi le monde arabe ainsi que dans les capitales occidentales. Beaucoup ont condamné l’Occident de son apparente incapacité à réagir. Le président américain sortant George W. Bush a condamné le Hamas pour l’évolution de la situation, alors que le président américain élu Barack Obama s’est abstenu de réagir avant son investiture qui aura lieu le 20 janvier.
A la suite de l’opposition des Etats-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi le 3 janvier à adopter une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat entre Israël et les militants du Hamas se trouvant dans la bande de Gaza.
Vendredi 2 janvier, un porte-parole de la présidence tchèque a décrit l’incursion terrestre israélienne dans le territoire palestinien de Gaza « d’action plus défensive qu'offensive », ce qui a immédiatement été perçu par la presse comme un signe de la désunion européenne sur le conflit. En effet, la France, qui a tenu les rênes de l’UE jusqu’à fin 2008, avait déjà condamné l’attaque et avait appelé à un cessez-le-feu immédiat.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères Karel Schwarzenberg a tenu hier à clarifier les mots de son porte-parole et a indiqué que tout le monde fait des erreurs. Mais le couac n’a pas vraiment calmé les craintes relatives à la présidence tchèque de l’UE selon lesquelles celle-ci sera difficile (lire le LinksDossier
d’EurActiv sur la présidence tchèque de l’UE).
M. Schwarzenberg est connu pour ses positions pro-israéliennes et a également été cité pour avoir défendu l’opération militaire israélienne. « L’entrée des forces terrestres israéliennes dans la Bande de Gaza n’est pas surprenante, nous avions depuis un certain temps des signes qu’Israël envisageait une telle action. Même le droit incontestable d’un État à se défendre ne légitime pas que soient entreprises des actions dont les principales victimes sont les populations », selon la position officielle du gouvernement tchèque.
Plus tôt, juste avant l’offensive terrestre, les dirigeant de l’UE ont qualifié d’inacceptables les attaques du Hamas (groupe palestinien qui contrôle la bande de Gaza) et ont décrit les représailles israéliennes comme disproportionnées. Après que l’offensive terrestre a été lancée, des dirigeants européens de haut niveau tel que le Premier ministre britannique Gordon Brown ont appelé à un cessez-le-feu immédiat et notamment à mettre un terme aux attaques de roquettes du Hamas contre Israël.
Les Pays-Bas également en désaccord
Mais la confusion ne s’arrête pas là. En effet, le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende a également montré de la sympathie pour les actions israéliennes, indiquant que l’offensive ne pouvait pas être condamnée tant que le Hamas continue de tirer des roquettes.
« Condamner Israël ne rime à rien car il faut traiter la question des deux côtés », a estimé le chef du gouvernement dans un entretien à la télévision néerlandaise.
Institutions en hibernation
Les évènements ont pris l’UE par surprise, dans la mesure où traditionnellement, les institutions européennes hibernent lors des vacances de fin d’année. La brève guerre en Géorgie en août 2008 était de la même façon inattendue, bien qu’à cette occasion, la présidence française a rapidement pris les choses en main.
Deux visites séparées de l’UE dans la région sont maintenant attendues, ce qui largement perçu comme un manque de coordination, la première devant être conduite par le ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, la seconde par le président français Nicolas Sarkozy. Parmi la délégation tchèque figureront le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, son homologue suédois, Carl Bildt (représentant la future présidence de l’UE) et la commissaire européenne aux Affaires extérieures Benita Ferrero-Waldner.
La mission de l’UE devait commencer tard dimanche (4 janvier) au Caire et devait être suivie aujourd’hui par des rencontres à Jérusalem avec le président israélien Shimon Peres et le premier ministre Ehud Olmert. De là, la délégation se rendra dans la ville cisjordanienne de Ramallah pour rencontrer le président palestinien Mahmud Abbas. M. Sarkozy participera aussi aux rencontres avec le président palestinien Mahmud Abbas et le Premier ministre palestinien Salam Fayyad.
M. Sarkozy voyagera lundi jusqu’à la station balnéaire égyptienne au bord de la mer rouge, Charm el-Cheikh, pour des pourparlers avec le président Hosni Mubarak, avant de se rendre à Jérusalem afin de rencontrer Ehud Olmert. Mardi, il se rendra en Syrie pour discuter avec le président Bashar al-Assad et au Liban, afin de rendre visite aux troupes françaises servant dans un contingent des Nations-Unies au sud du Liban.
Selon le Times de Londres, la visite de M. Sarkozy au Moyen-Orient a montré que « super Sarko l'hyperactif » n’allait pas terminer sa tâche de président de l’Europe aussi vite, en dépit des suppositions tchèques à la barre de l’UE.
Aide d’urgence
L’UE, qui est le plus important donateur des Palestiniens, a annoncé qu’elle accorderait un supplément de trois millions d’euros afin de répondre à la crise humanitaire qui touche la bande Gaza.
Environ 1,5 million de personnes sont entassées sur une surface qui représente un peu plus de 1 % de la taille de la Belgique a déclaré hier Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l'aide humanitaire. Selon lui, la population compte sur des approvisionnements de l’extérieur pour pouvoir survivre.
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a déclaré que l’offensive de Gaza avait été « inévitable » mais a insisté sur le fait qu’Israël n’ouvrira pas de nouveau front au nord, faisait ainsi indirectement référence aux tensions avec les milices du Hezbollah au Liban. M. Olmert a déclaré qu’il avait demandé à l’armée d’être extrêmement vigilante dans le cas où quelqu’un pourrait penser qu’il saisi l’occasion de prendre l’avantage dans le conflit à Gaza.
Le porte-parole israelien Avi Pazner a salué la position tchèque décrivant les opérations terrestres d’Israël comme plus défensives qu’offensives. Nous avons l’intention de continuer cette opération jusqu’à ce que nous puissions faire taire ces missiles et ces roquettes et changer complètement la situation de sécurité dans le Sud de notre pays, a ajouté M. Pazner.
Leila Shahid, envoyée de l’autorité palestinienne auprès de l’UE, a déclaré que la crédibilité de l’Europe était en jeu dans l’élan visant à atteindre un cessez-le-feu. Elle a en outre laissé entendre que les 27 Etats membres devraient considérer des sanctions. S’exprimant pour Europe 1, Mme Shadid a indiqué qu’il doit y avoir une initiative internationale. Selon elle, la visite de la délégation européenne et du président Sarkozy offre à cet égard la meilleure perspective.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Arm Mussa a vivement critiqué dimanche certains responsables politiques européens qui ont défendu les actions israéliennes en les qualifiant d’autodéfense. Nous entendons que pour certaines personnes, il s’agit d’une guerre d’autodéfense, a-t-il indiqué. Nous le rejetons avec la plus extrême fermeté, a-t-il en outre souligné, dénonçant également l’échec du Conseil de sécurité de l’ONU de s’accorder sur un cessez-le-feu immédiat à Gaza.