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La Commission européenne a menacé hier (16 juin) l’Allemagne d’une procédure d’infraction pour avoir failli à divulguer les détails de tous les bénéficiaires des subventions agricoles européennes. EurActiv Allemagne a participé à ce reportage.
En mars 2008, la Commission a adopté une législation demandant aux Etats membres de publier une liste de tous les bénéficiaires des subventions agricoles européennes, avec le détail des sommes reçues, avant le 30 avril 2009 (EurActiv 20/03/08).
La mesure, d’abord annoncée en octobre 2006 (EurActiv 11/10/06) comme faisant partie d’une révision des réglements financiers de l’UE, visait à mettre fin à la traditionnelle culture du secret régnant sur les subventions du plus grand fonds européen, la politique agricole commune, et à permettre au grand public de surveiller la répartition des dépenses de ces 55 milliards d’euros – 43% du budget communautaire.
Il a été demandé aux Etats membres de mettre en place des sites Internet mettant l’information à disposition, tandis que l’exécutif de l’UE créait son propre portail avec des liens vers les sites nationaux.
Le mois dernier, des ONG travaillant sur la transparence ont émis des critiques sur le programme, soutenant qu’une information hautement fragmentée, fournie par les gouvernements sur les beneficiaries des financement européens, allait à l’encontre de tous les principes en matière de transparence (EurActiv 11/05/09).
Parallèlement, en octobre, la Commission a lancé un site Internet mettant à disposition, pour la première fois, des renseignements sur les bénéficiaires de tous les types de financement européen (EurActiv 03/10/08).
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« Système de transparence financière » est une composante de l'initiative européenne en matière de transparence, lancée par le commissaire chargé de l’Administration et de la lutte antifraude, Siim Kallas, en 2005 (voir LinksDossier d'EurActiv) ; il permet « d’accéder librement aux données relatives aux bénéficiaires des fonds de l’UE directement gérés par la Commission et ses agences exécutives » mises en place pour gérer les programmes européens.
L’Allemagne a publié hier une liste de la plupart des bénéficiaires des 5,4 milliards d’euros de subventions agricoles européennes qu’elle a reçues, comme cela est prévu par le droit communautaire, devenant le dernier pays à le faire.
Mais le Land de Bavière refuse toujours de se conformer avec les exigences en attendant une décision de la Cour européenne de justice sur la légalité de la publication ; des critiques allemandes affirment que la publication de noms et de montants viole les lois sur la vie privée.
Exprimant son extrême déception devant la décision incompréhensible de la Bavière de ne pas publier ces informations, la commissaire européenne à l’Agriculture et au développement rural Mariann Fischer Boel a déclaré que la Commission européenne n’avait d’autre choix que de lancer une procédure d’infraction à l’encontre de l’Allemagne.
Un règlement européen adopté en mars dernier – et soutenu par l’Allemagne – requiert de tous les Etats membres qu’ils mettent à la disposition du public, à la fin de chaque mois d’avril, des sites Internet qui permettent aux personnes d’effectuer des recherches sur les bénéficiaires de la PAC par nom, localité ou montant reçu (voir « Contexte »).
Tout d’abord, Berlin n’a pas publié cette liste à la date limite du 30 avril, mettant en avant des inquiétudes en matière de protection des données, ce qui a amené l’exécutif européen à menacer l’Allemagne de procédures en manquement (EurActiv 24/04/09).
En effet, la ministre de l’Agriculture allemande Ilse Aigner a été réticente à sanctionner la publication des informations d’hier. Les agriculteurs ne vont pas être contents de voir leurs noms et leurs revenus rendus public, a déclaré Mme Aigner à Deutsche Welle.
Dans les villages, tout le monde va immédiatement savoir qui reçoit et combien on reçoit. C’est pourquoi j’ai insisté sur le fait de rendre transparent le but de cette distribution d’argent, a-t-elle dit.
Interrogé par EurActiv Allemagne pour savoir quand il prévoyait le début des procédures juridiques, Michael Mann, porte-parole de la commissaire Mme Fischer Boel, a répondu que cela pourrait être dès la semaine prochaine.
M. Mann a prévenu que la résolution de l’affaire pourrait prendre des mois.
La situation juridique est claire, d’après la commissaire européenne à l’Agriculture et au développement rural Mariann Fischer Boel : l’Allemagne est obligée de publier les renseignements détaillés des bénéficiaires de la Politique agricole commune pour le pays tout entier. Tout les autres Etat membre l’ont fait, selon elle.
C’est l’argent du contribuable, il est donc très important que les gens sachent où il est dépensé. La transparence devrait aussi améliorer la gestion de ces fonds, en renforçant le contrôle public de la manière dont est utilisé cet argent. C’est uniquement comme cela que nous pourrons garantir un débat informé sur l’avenir de la PAC, a poursuivi Mme Fischer Boel.
Il est significatif que l’Allemagne soit le dernier pays à publier ses chiffres, selon Bernd Voß, membre du conseil d’ABL
, qui soutient l’agriculture durable, a rapporté EurActiv Allemagne. Cela montre à quel point la force du lobby alimentaire et de l’agriculture est importante, selon lui. Ils ne veulent pas que les gens sachent combien ils reçoivent tout en ne créant pas d’emplois, a-t-il expliqué.
Nous exigeons que ces subventions soient liées à l’emploi, a ajouté M. Voß.
Les subventions directes de l’UE doivent changer, selon Tobias Reichert de Germanwatch
, une autre ONG, qui s’est confié à EurActiv Germany. Au lieu d’être basées sur la seule superficie cultivée, elles devraient également être calculées suivant des critères environnementaux et sociaux. La publication des données prouve que ce n’est pas le cas en ce moment.
M. Reichert a aussi appelé à l’abolition des subventions à l’exportation, car elles nuisent aux pays en développement.
J’aurais préféré une solution où seuls les noms des bénéficiaires principaux sont divulgués, a déclaré le commissaire allemand à la Protection des données, Peter Schaar, cité par le Deutsche Welle.