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Mettre une annonceAlors qu’une loi linguistique controversée doit entrer en vigueur aujourd’hui en Slovaquie, les ministres des Affaires étrangères slovaque et hongrois se sont rencontrés dimanche (30 août) dans une tentative de dénouer un conflit ayant éclaté entre les deux partenaires d’Europe de l’Est, selon EurActiv Allemagne et EurActiv Hongrie.
Une minorité hongroise vit en Slovaquie, où la récente campagne électorale européenne a été marquée par une rhétorique nationaliste. En Slovaquie, un parti hongrois ethnique, le SMK, a été accusé par le parti du premier ministre Robert Fico (SMER, affilié aux Démocrates et Socialistes à l’UE) de défendre des intérêts autres que ceux de la Slovaquie (EurActiv 05/06/09). Finalement, la SMK (affilié au PPE) a gagné deux sièges aux élections.
Dans le même contexte, les responsables politiques hongrois, y compris le leader d’opposition Viktor Orbán, qui est affilié au Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, ont mis de l’huile sur le feu avec des déclarations incendiaires selon lesquelles Budapest comptera ses futurs députés du Parlement européen de l’autre côté de la Plaine de Pannonie.
La Hongrie a protesté devant le Parlement européen et les Nations unies à propos de la nouvelle loi linguistique slovaque, qui selon elle discrimine la minorité hongroise. La loi dispose que des amendes jusqu’à 5 000 euros peuvent être imposées en cas d’usage des langues minoritaires au gouvernement et autres services publics.
Dans un entretien récent avec EurActiv Hongrie, le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Balázs, ex-commissaire européen, a affirmé que l’actuel gouvernement slovaque, qui voit bien le SMER fonder une coalition avec les nationalistes du SNS, n’était pas un partenaire idéal pour son pays (EurActiv 24/04/09). Le SNS a obtenu un siège d’eurodéputé aux élections de l’UE.
Les tensions ont augmenté après que le président hongrois Laszlo Solymon s’est vu refuser l’entrée en Slovaquie pour une céréminie de commémoration (EurActiv 24/08/09).
La rencontre prévue entre les ministres des Affaires étrangères slovaque Miroslav Lajčák et son homologue hongrois Péter Balázs dans la ville slovène de Bled devait ouvrir la voie à une possible rencontre entre les premiers ministres slovaque et hongrois, respectivement Robert Fico et Gordon Bajnai, afin de trouver des solutions à apporter pour réchauffer leurs relations bilatérales.
Cela ne fut pas une conversation facile, a admis M. Lajčák après la réunion, dont l’issue est restée inconnue. La réunion avait pour but, selon M. Lajčák, de restaurer et régulariser les relations entre les deux pays. M. Lajčák aurait aussi mis l’accent sur le fait que la loi ne visait pas à discriminer la minorité ethnique hongroise et que la Slovaquie n’avait rien à cacher sur la mise en application de cette loi, a affirmé Peter Stano, le porte-parole du ministre slovaque, à l’agence de presse hongroise MTI.
Les deux ministres auraient aussi discuté du renforcement des forums bilatéraux actuels tels que les commissions mixtes, et la coopération entre les comités parlementaires, a ajouté M. Stano.
La réunion de dimanche était attendue depuis longtemps, puisque les réunions précédentes avaient été annulées en raison de la détérioration des relations entre les deux pays. La relance du dialogue entre MM. Fico et Bajnai était prévue pour juillet, mais un conflit a éclaté qui a creusé le fossé entre les deux pays voisins.
Le litige s’est répandu au sein des cercles intellectuels du monde entier, puisqu’une déclaration conjointe publiée par des ecclésiastiques, des intellectuels et des universitaires a sommé l’opinion publique européenne et les décideurs politiques d’Europe et de l’Atlantique Nord de s’opposer à la loi, dans une tentative de d’empêcher les relation entre les deux pays d’atteindre un point de non retour.
Cette déclaration critiquait la loi comme étant une infraction aux droits de l’homme et elle appelait les individus attachés à la liberté à soutenir ce geste contre la législation. C’est un droit essentiel de chacun de communiquer avec ceux qui parlent le même langage dans leur langue commune.
Nous croyons en une Europe dans laquelle les citoyens peuvent vivre librement, sans peur et sans atteintes à la dignité humaine, a ajouté la déclaration.
Parmi les signataires de la déclaration, on trouve les anciens et actuels présidents de l’Académie hongroise des Sciences, Jozsef Palinkas et E. Szilveszter Vizi, l’archevêque catholique romain Balázs Babel et l’évêque catholique calviniste, Istvan Bogardi Szabo, l’historienne australienne Ann Major, le professeur d’histoire américain Charles Ingrao de l’Université de Purdue, le poète israélien Yaakov Barzilai et le professeur de littérature américain Ivan Sanders de l’Université de Columbia.
Le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Balázs a déclaré à Euractiv Allemagne que le conflit linguistique ressemblait à un litige similaire porté devant la Cour constitutionnelle allemande. La France et le Canada ont aussi connu des expériences similaires en matière de préservation des langues nationales. Dans ces deux pays, il existe des amendes légales visant à ce que l’usage du français soit appliqué. Et dans ces deux cas, les cours supérieures ont demandé aux parlements de définir un équilibre entre la protection d’une langue nationale et la protection des droits de l’individu à la liberté d’expression et de religion.
Le Conseil constitutionnel de la République française en est un exemple typique. Le droit français prévoit plusieurs sanctions en cas d’utilisation de langues étrangères, et ce même dans la sphère privée. Le Conseil aurait pris plus de sanctions que tout autre organisme du même type.
M. Balázs a découvert un cas similaire pendant devant la Cour suprême du Canada dans lequel le premier projet de Charte de la langue française fut remplacé par une nouvelle loi imposant l’usage du français mais sans exclure l’usage d’autres langues.
Le représentant allemand pour l’immigration et les minorités, Christoph Bergner, a mis en garde contre le fait de sous-estimer l’importance des minorités dans les Etats membres d’Europe centrale et de l’est. M. Bergner déclare que la nouvelle loi et que le refus de l’entrée de M. Solymon devaient être considérés comme un grave catalyseur de prochains conflits à l’intérieur de l’UE.
Au niveau européen, de tels conflits - selon M. Bergner – reçoivent moins d’attention que l’intégration des immigrants issus des pays tiers. L’existence de minorités nationales dans les corridors de l’est de du sud est le résultat de l’histoire migratoire de l’Europe. L’identité européenne n’est pas seulement définie par sa variété d’Etats disparates mais aussi par l’existence de minorités à l’intérieur des frontières nationales, a déclaré M. Bergner.
Bien que tous les Etats membres aient ratifiés l’Accord cadre sur la protection des minorités nationales et le Charte des langues régionales et minoritaires, selon M. Bergner, ces accords n’établissent le plus souvent que des lignes directrices formelles mais ne peuvent pas prévenir les tensions politiques issues des questions des minorités, comme les infractions à l’encontre des Roms. C’est un problème de développement qui concerne l’intégration européenne, a-t-il ajouté.