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Le rapport de la Commission européenne sur la Bulgarie divulgué à la presse fait état de sanctions financières extrêmement sévères. Les fuites ont suscité un orage politique dans ce nouvel Etat membre de l’UE, où l’opposition a d’ailleurs lancé une motion de défiance à l’encontre de la coalition au pouvoir en demandant la démission du président.
Au moment de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’UE le 1er janvier 2007, il restait des points faibles dans la réforme judiciaire et la lutte contre la corruption – et dans le cas de la Bulgarie, dans la lutte contre la criminalité organisée. Ces faiblesses impliquaient le risque que ces deux pays ne soient pas capables d’appliquer correctement le droit communautaire et que les Bulgares ne puissent pas jouir pleinement de leurs droits en tant que citoyens européens. Pour aider ces pays, un mécanisme de coopération et de vérification a été mis en place.
Les derniers rapports annuels sur la Bulgarie et la Roumanie seront publiés le 23 juillet. Ils sont préparés par le Secrétariat Général sous l’autorité du président de la Commission et en accord avec le vice-président Barrot.
Le rapport, qui devait être publié par la Commission le 23 juillet, s’accompagne d’un autre document sur la gestion des fonds de l’UE en Bulgarie. Ce dernier suggère le gel des fonds européens destinés à la Bulgarie, à savoir plusieurs centaines de millions d’euros. De fait, le pays pourrait perdre la majeure partie de cet argent, voire être contraint de rembourser des centaines de millions qui lui avaient déjà été attribués, à moins qu’il ne parvienne à convaincre l’exécutif européen de sa capacité à gérer ces fonds efficacement et en toute transparence.
Empêcher la mafia de faire main basse sur les fonds de l’UE
A cet égard, la dernière phrase du projet de rapport sur la gestion des fonds de l’UE en Bulgarie se révèle particulièrement éloquente.
Elle indique en substance que la Bulgarie doit s’engager à nettoyer son administration et à s’assurer que les fonds généreux qu’elle reçoit de l’UE soient véritablement destinés à ses citoyens, et non détournés par des fonctionnaires corrompus en lien avec la criminalité organisée.
Le projet de rapport, publié par Dnevnik, partenaire d’EurActiv en Bulgarie, souligne également la faiblesse des capacités administratives de la Bulgarie. Il émet en outre de sérieuses allégations d’irrégularités tout en faisant part de ses soupçons quant à d’éventuels fraudes et conflits d’intérêt lors de l’attribution des contrats. Il mentionne également la découverte de graves irrégularités suite aux enquêtes menées par l’OLAF, l’office de lutte anti-fraude de l’UE.
La Commission souhaite insister sur le fait que les sanctions ne visent aucunement à frapper les citoyens bulgares ordinaires, mais plutôt à nuire à la mafia. D’après les déclarations d’une source proche de la Commission à EurActiv, la mafia bulgare ne détournerait pas seulement les fonds européens, mais aussi les ressources nationales.
Une première
Le quotidien Dvenik indique que c’est la première fois que de telles sanctions sont prises à l’encontre d’un Etat membre de l’UE. En principe, Bruxelles révoquerait le droit de Sofia à négocier les fonds de l’UE et déciderait de l’utilisation de cet argent en retirant les accréditations des organismes payeurs. La décision sera prise en septembre. La Bulgarie pourrait dès lors perdre 610 millions d’euros du programme Phare, 144 millions de fonds gelés ISPA (fonds structurels) et 133 millions de fonds gelés SAPARD (agriculture). Les montants déjà versés pourraient également être récupérés par Bruxelles.
Motion de défiance
Les partis de l’opposition parlementaire ont entamé une procédure de défiance à l’encontre du gouvernement. Un vote devrait intervenir le 24 juillet, au lendemain de la publication officielle du rapport. L’opposition a également attaqué le président Georgi Parvanov. Elle demande sa démission au motif que l’une des personnes impliquées dans l’affaire, Lyudmil Stoykov, aurait sponsorisé sa campagne présidentielle de 2006 (EurActiv 17/07/08), selon les fuites du rapport de l’OLAF. M. Parvanov a réagi en déclarant qu’il n’avait en aucun cas protégé M. Stoykov, qui encourait alors des poursuites.
Le président a également mis en doute certains changements apportés au rapport de l’OLAF. Selon lui, la version antérieure du texte, datant du 18 juin, ne renfermait aucune « conclusion politique » quant à l’existence de cercles influents abritant des criminels au sein du gouvernement et des institutions bulgares. Il a en outre demandé à la DANS, l’agence de sécurité nationale créée récemment et surnommée « le FBI bulgare » par la presse, de se prononcer sur l’existence de tels cercles, qui protégeraient prétendument les individus risquant d’être poursuivis en justice.