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Mettre une annonceEn raison de la résistance culturelle et de la crainte d’intégrer une vaste minorité musulmane, Bruxelles envisage d’imposer des restrictions sur la libre circulation des travailleurs turcs si le pays finit par adhérer à l’UE. C’est ce qu’a indiqué le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn dans un entretien exclusif à EurActiv.
Tout en estimant personnellement que « l’UE tirera en fait profit de la main-d’œuvre jeune et plutôt instruite de Turquie », M. Rehn reconnaît que certains pays envisagent l’adhésion de la Turquie à l’UE d’un autre œil.
« En France par exemple, l’adhésion turque est considérée dans la perspective de certains problèmes liés à l’intégration de la minorité musulmane : du moins si l’on qualifie ces cinq ou six millions d’individus de « minorité » au sein de la société française. D’ailleurs, seule une petite partie d’entre eux sont Turcs », a indiqué M. Rehn.
Le commissaire n’éprouve pas « une grande sympathie » à l’égard de telles attitudes car « l’UE n’est pas un club chrétien ». Mais il reconnaît qu’il faut faire quelque chose pour répondre à ces craintes.
L’UE dispose d’un instrument : la possibilité d’instaurer des mesures pour restreindre la circulation des travailleurs, a expliqué M. Rehn. « A propos de la libre circulation des travailleurs, nous pourrions envisager des périodes de transitions, voire des dérogations permanentes », a déclaré M. Rehn à EurActiv. « Nous parviendrions ainsi à apaiser les craintes parmi nos citoyens quant aux problèmes liés au marché du travail et à l’immigration ».
Il a reconnu que la question pourrait être empirique à ce stade puisqu’il est impossible de prédire la conjoncture des marchés du travail de l’UE une fois que la Turquie aura finalement rejoint l’UE. Un élargissement qui ne devrait pas intervenir avant 2015 au plus tôt. Mais il a indiqué que les recommandations de la Commission
traitant des progrès de la Turquie par rapport à l’adhésion, publiées en octobre 2004, ainsi que le cadre de négociations
de 2005 mentionnaient tous deux la possibilité de « longues périodes de transition » et une « clause de sauvegarde permanente » afin d’éviter les perturbations sur le marché communautaire de l’emploi.
De telles mesures, si elles sont imposées, devraient attiser le feu du mécontentement à l’égard de la Turquie. En décembre 2004, Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc, s’est rendu à Bruxelles pour un sommet européen qui a défini les conditions pour le lancement des négociations d’adhésion avec la Turquie. Il était alors chargé de défendre la position de son pays, qui refuse toute dérogation permanente.
Depuis le sommet, les représentants de l’UE ont évité de mentionner de telles clauses.
Répondant aux questions d’EurActiv, M. Rehn a indiqué que des dérogations permanentes sur la libre circulation de la main-d’œuvre n’ont jamais été appliquées dans l’UE par le passé. « Pas dans ce domaine », a-t-il affirmé.
La transcription intégrale de cet entretien approfondi, au cours duquel le commissaire a répondu aux questions du réseau EurActiv, qui s’étend à huit pays européens ainsi qu’à la Turquie, sera publiée demain 21 novembre.