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Le criminel de guerre Radovan Karadzic a été extradé tôt ce matin (30 juillet) au Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, quelques heures après de violents affrontements entre la police de Belgrade et des groupes ultra-nationalistes.
Radovan Karadzic, l’ancien président de République serbe de Bosnie (autoproclamée) lors de la guerre de Bosnie et Herzégovine (1992 à 1995), a vécu sous une fausse identité pendant les 13 dernières années jusqu’à son arrestation le 21 juillet dernier par les autorités serbes dans les environs de Belgrade.
En juillet 1995, Radovan Karadzic et le général serbe Ratko Mladic, toujours en cavale, avaient été accusés de génocide pour leurs crimes de guerre, notamment pour avoir tiré sur des cibles civiles dans la capitale bosniaque de Sarajevo (avec un bilan de 10 000 morts) et pour avoir créé des camps de prisonniers cruels où près de 20 000 femmes avaient été violées et d’autres prisonniers avaient été torturés et affamés.
Quatre mois plus tard, ils avaient également été accusés d’avoir orchestré le massacre d’environ 8 000 hommes et garçons musulmans après la prise de la « zone démilitarisée » de l’ONU de la ville de Srebrenica. L’arrestation des grands criminels de guerre est devenue par la suite une condition préalable au processus d’adhésion de la Serbie à l’UE.
Cette arrestation - la seconde en 40 jours - montre la volonté des nouveaux dirigeants pro-européens serbes d’en finir avec l’attitude de l’ancien gouvernement considérée pour le moins ambiguë par la communauté internationale. Le criminel de guerre Stojan Zupljanin a été arrêté le 12 juin dernier (EurActiv 13/06/08). Sur les 46 Serbes inculpés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), seuls deux d’entre eux n’ont pas été arrêtés à ce jour : Ratko Mladic, le principal responsable du massacre de Srebrenica et Goran Jelisic, accusé de crimes contre des Croates dans la ville de Vukovar.
L’extradition rapide de M. Karadzic a pris ses partisans par surprise. Hier soir (29 juillet), des dizaines de milliers de nationalistes se sont rassemblés dans le centre de Belgrade où ils ont brandi des affiches de M. Karadzic datant de la guerre de Bosnie et hué le gouvernement pour avoir trahi la « vraie Serbie ».
C’est principalement le parti radical de Vojislav Šešelj, autre criminel de guerre dont le procès est en cours à La Haie, qui a été à l’origine de ce rassemblement. Mais la manifestation a également reçu un vaste soutien d’autres forces nationalistes comme le parti démocratique de l’ancien Premier ministre Voislav Kostunica.
Le rassemblement se passait dans le calme jusqu’à ce qu’un groupe de jeunes ultra-nationalistes décide d’affronter les forces de police, avec un bilan de 40 blessés.
Les nationalistes avaient promis qu’ils s’opposeraient à l’extradition de Karadzic mais les autorités les auraient pris par surprise. En effet, l’extradition de l’ancien président ne devait pas intervenir si tôt en raison d’un conflit juridique engagé par ses avocats contre son transfert à La Haye. Mais le gouvernement a expliqué que le recours n’était pas valide car il avait été envoyé par courrier régulier.
M. Karadzic a été sorti de sa prison de Belgrade à 3h45. Les chaînes de télévision ont montré un convoi de trois SUV noires, mais il s’est avéré par la suite que c’était un leurre. En effet, le vrai transfert a été effectué dans une berline moins visible. Les photos de l’avion présidentiel sur la piste de l’aéroport de Rotterdam ont ensuite été diffusées, avec le symbole de la République de Serbie bien visible. Karadzic n’a pas été vu sortant de l’avion car les portes n’ont été ouvertes qu’une fois que l’avion se trouvait dans un hangar.
Les avantages commerciaux européens resteront gelés
En outre, hier 29 juillet, les ambassadeurs européens ne sont pas parvenus à dégeler les avantages commerciaux de la Serbie suite aux objections des Pays-Bas qui estiment que ces avantages ne devraient être autorisés qu’une fois que le procureur général du TPIY, Serge Brammertz, aura confirmé la totale coopération de la Serbie avec le tribunal.
Selon des sources d’EurActiv, l’Italie et l’Espagne seraient disposées à accélérer le processus visant à débloquer les avantages commerciaux de la Serbie. D’après certaines informations, la présidence française a minimisé l’échec des négociations, affirmant que cela pouvait intervenir n’importe quand et qu’il était inutile de convoquer une réunion spéciale des ministres européens pour trouver une solution à cette situation.
L’accord commercial fait partie de l’accord de stabilisation et d’association (ASA), signé entre l’UE et Belgrade à la fin du mois d’avril (EurActiv 30/04/08), quelques jours avant les élections serbes. L’ASA est considéré comme la pierre angulaire du processus d’adhésion à l’UE, mais nécessite la ratification des 27 Etats membres et de la Serbie pour entrer en vigueur.
Entre temps, la Chambre pour les crimes de guerre à Sarajevo a jugé sept Serbes bosniaques coupable de génocide lors du massacre des Bosniaques musulmans à Srbrenica en 1995 et les a condamné à des peines de prison. Après un procès qui aura duré deux ans, la Chambre a jugé que ces hommes avaient contribué au meurtre systématique de plus de 1 000 Bosniaques en une seule journée.