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La question de la criminalité des immigrés envenime les relations italo-roumaines [FR][en][de

Publié: mardi 24 février 2009   

Les autorités roumaines ont appelé Rome à protéger les droits de milliers de travailleurs immigrés roumains honnêtes. Cet appel fait suite aux mesures du gouvernement italien qui visent à renforcer les sanctions à l’encontre des délinquants sexuels et à mettre en place des patrouilles de citoyens, décidées après une série de viols dont responsabilité a été principalement attribuée à des immigrés roumains. 

Contexte:

Le ressentiment envers les Roms s’est intensifié après l’établissement de plusieurs campements illégaux. Des riverains ont même incendié des campements à l’extérieur de Naples.

Selon les estimations, quelque 160 000 Roms vivent en Italie, dont 70 000 sont des ressortissants italiens. Les 90 000 restants sont des immigrants d’Europe de l’Ouest, provenant principalement de Roumanie (environ 60 000 personnes), selon l’ONG Opera Nomadi.

Silvio Berlusconi a largement construit sa campagne présidentielle sur le ressentiment à l’égard des Roms. 12 jours seulement après la constitution de son gouvernement, la Commission européenne a prévenu le gouvernement italien de ne pas prendre de mesures extrêmes contre les Roms. Les autorités roumaines craignent également que le ressentiment à l’égard des Roms n’affectera les Roumains respectueux des lois et vivant sur le territoire italien.

M. Berlusconi est récemment revenu sur son projet controversé qui ferait de l’immigration clandestine une infraction pénale, suite aux fortes critiques des Nations unies, du Vatican et du Parlement européen (EurActiv 04/06/08).  

A lire aussi:

Autres articles:

Selon des données du gouvernement italien, le nombre exact d’agressions sexuelles a baissé l’année dernière, mais trois viols commis il y a dix jours à Rome, à Milan et à Bologne ont suscité une frénésie des médias qui a incité le gouvernement à proposer des mesures plus sévères. 

La loi approuvée par le gouvernement italien vendredi (20 février) prévoit la réclusion à perpétuité obligatoire pour les cas de viol entraînant le décès de la victime, des procès accélérés pour les délinquants sexuels suspectés pris en flagrant délit. La loi supprime en outre l’option d’assignation à résidence et procure gracieusement aux victimes une assistance judiciaire.  

La loi prévoit également la réclusion à perpétuité obligatoire pour le viol de mineur. Elle entre en vigueur immédiatement, mais doit être approuvée par les deux chambres du Parlement dans les 60 jours. 

Une des mesures les plus controversées du décret prévoit la mise en place de patrouilles de citoyens formées de bénévoles non armés.  

C’est ce dont nous avions besoin, a déclaré à la télévision italienne un résident de Guidonia, une ville à l’est de Rome avec une importante population d’immigrés. Je dois me lever à cinq heures du matin pour accompagner ma fille à la gare parce que les rues ne sont pas sûres, a-t-il indiqué. 

Les maires pourront approuver les patrouilles de citoyens. L’adhésion ou les fonctions de responsables seront en priorité accordés à des policiers à la retraite ou à des militaires en congé.  

Cette mesure a été instaurée après que des milices spéciales autoproclamées non contrôlées ont commencé à patrouiller dans certaines villes, alarmant des représentants des forces de police. 

Berlusconi vivement critiqué par le Vatican

L’opposition de centre-gauche a critiqué le décret, le qualifiant de propagande. Quant au Vatican, dont les vues sur les questions morales ont un poids important en Italie, il a indiqué que les patrouilles citoyennes constituaient une « abdication de l’Etat de droit ». 

Ce n’est pas une voie à suivre, selon Mgr Agostino Marchetto, secrétaire du Conseil pontifical des migrants.

Le décret autorise en outre les autorités à détenir des immigrés pendant une période allant de deux à six mois, lorsqu’elles travaillent à leur identification, qu’elles traitent des demandes d’asile, et qu’elles expulsent ceux qui n’ont pas l’autorisation de rester. 

Le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, avait indiqué que le nombre d’agressions sexuelles avait baissé de 10 % l’année passée en comparaison de 2006 et 2007, ce qui prouve selon lui que les efforts du gouvernement visant à renforcer la sécurité portent leurs fruits. 

Face aux viols récents qui ont fait la une des journaux et des télévisions, beaucoup d’Italiens ne sont toutefois pas convaincus par ces mesures. Les médias montent souvent en épingle le rôle des étrangers en tant qu’auteurs des crimes.

Certains législateurs ont également rouvert le débat sur la question de savoir si les délinquants sexuels devraient ou non être chimiquement castrés.

Des viols ont lieu toutes les 12 heurs, toutes les 24 heures, il faut y mettre un terme, a déclaré à la télévision italienne un autre résident de Guidonia, où le mois dernier un groupe de Roumains a violé une femme et battu son petit ami. 

Un ministre roumain se rend à Rome

Hier (23 février), le ministre roumain des Affaires étrangères, Cristian Diaconescu, s’est rendu en Italie à l’invitation de son homologue italien, Franco Frattini, selon la presse roumaine. M. Diaconescu a déclaré qu’il avait planifié son soutien aux autorités italiennes dans leur lutte contre la criminalité, tout en protégeant les droits et la dignité de tous les Roumains résidant en Italie. 

Le ministre roumain a souligné que les incidents récents impliquant des Roumains résidant en Italie sont des événements isolés. Il a déclaré que ces personnes doivent être punies par la loi, mais que les autres Roumains vivant en Italie ne devraient pas être persécutés. 

(EurActiv avec Reuters. Ce texte a été traduit de l’anglais par EurActiv.)

Positions:

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, et au ministre italien de l’Intérieur, Roberto Maroni, les eurodéputées roumaines Daciana Sarbu et Corina Cretu (parti socio-démocrate ou PSD ; membre de la coalition au pouvoir) se sont opposées à la nouvelle vague d’accusations discriminatoires faites par des responsables politiques italiens visant des Roumains résidents en Italie, selon la presse roumaine. 

Dans leur lettre, les eurodéputées soulignent le fait que leurs compatriotes sont à nouveau le centre de l’attention en Italie, bien que les contributions des Roumains honnêtes travaillant sur le marché du travail italien, qui représentent plus de 1 % du PIB italien, ne retiennent pas l’attention des citoyens italiens. 

 Au contraire, ce sont les voleurs et les violeurs roumains qui sont au centre de l’attention en Italie, peut-on encore lire dans la lettre des eurodéputées. Les gens en parlent tellement que le reste de l’Europe doit penser que « Roumain » est un synonyme de « criminel ». 

Ce qui nous fait peur, c’est l’insistance avec laquelle les acteurs politiques continuent de présenter la Roumanie comme une source de criminalité et comme une nation formée uniquement de délinquants sexuels et de criminels, ont-elle ajouté. 

Pour finir, elles ont souligné que s’il fallait punir quelque chose, il fallait punir les crimes, et pas la nationalité. Selon les eurodéputées, la seule arme qu’il faut utiliser contre les crimes est la loi. Les voleurs, les violeurs, ceux qui commettent des crimes ne sont pas des Roumains : ce sont des malfaiteurs et ils doivent être punis pour le mal qu’ils ont fait, ont-elles insisté. Eux et eux seuls doivent être punis, et pas une nation entière, qui considère l’Italie comme son amie, ont-elle conclu. 

Le Romanian Identity Party (PIR), inscrit en Italie depuis samedi (22 février), a organisé une conférence de presse, appelant les médias italiens à mettre un terme à la campagne qui exagère les délits commis par des Roumains. 

Selon les données fournies par la police de Rome, le nombre de viols a augmenté de 10 % en 2009, mais si on lit la presse de ces derniers jours, on a l’impression qu’il a augmenté de 100 %, a déclaré le président du PIR, l’avocat Giancarlo Germani. Ce dernier demande par ailleurs une sorte de pénalité pour les journalistes italiens qui présentent la question sous un angle xénophobe.

Selon Mihai Muntean, secrétaire national du PIR, mettre en avant la nationalité roumaine des délinquants encourage les réactions violentes de groupes extrémistes italiens à l’encontre de Roumains innocents. M. Muntean fait ainsi référence aux récentes attaques perpétrées contre trois magasins roumains. 

Prochaines étapes:

  • 1er mars  le problème du ressentiment à l’encontre des Roumains en Italie devrait faire l’objet de discussions bilatérales à l’occasion du prochain sommet informel de l’UE.

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