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Poussé en avant par les projets d’échange de carbone, le gaz naturel sera l’option énergétique préférée des décennies à venir, selon les experts.
Depuis 2005, quelques 10 000 grands établissements industriels européens sont obligés à acheter et à vendre des "droits à polluer" - plus précisément, à émettre des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Ce nouveau système, appelé ETS (Emissions Trading Scheme ; voir LinksDossier EurActiv), permet aux entreprises dépassant leurs plafonds d'émissions de gaz à effet de serre d'acheter des quotas auprès d'entreprises plus performantes sur le plan environnemental et contribue à atteindre les objectifs de l'UE dans le cadre du protocole de Kyoto.
Initialement, les crédits d’émissions étaient alloués grossièrement et en quantité, poussant à la baisse les prix du carbone au cours de la première phase (2005-2007). Dans un effort pour éviter un nouvel effondrement du marché du carbone, la Commission a établit un plafond européen de CO2 de 2,08 milliards de tonnes pour la période 2008-2012, procurant aux Etats membres 10 % supplémentaires de quotas d’émission que ce qui était requis au cours de la deuxième période (EurActiv 29/10/07).
Néanmoins, les derniers mois ont vu une baisse significative des prix. En effet, les émissions industrielles ont diminué en raison du ralentissement économique, laissant les entreprises avec un surplus de quotas.
En décembre 2008, l’UE s’est accordée pour réviser le système afin de renforcer les réductions des industries (EurActiv 12/12/08). Le nouveau système, qui devrait entrer en vigueur en 2013, plafonne les émissions à un maximum de 1,72 milliards de quotas, ce qui devrait ramener les émissions industrielles totales de l’UE à 21 % en dessous des niveaux de 2005 avant 2020. Le compromis entre les institutions ne prévoit un fonctionnement basé sur les seules enchères qu’à partir de 2027.
Des prix du carbone élevés sont un levier très puissant pour l’énergie tirée du gaz, a déclaré Ian Cronshaw, chef de la division « Diversification de l’énergie » de l’Agence internationale de l'énergie (AIE). Il s’adressait à des représentants de l’industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) à Bruxelles jeudi passé (30 avril), lors d'un évènement organisé par l'Ifri.
Il a soutenu que des prix forts, aux environs de 25 à 28 € la tonne, constatés au début de l’année dernière, conféraient aux sociétés de gaz un énorme avantage compétitif au Royaume-Uni, par exemple.
Les prix des quotas européens se sont effondrés depuis lors, puisque la crise financière a substantiellement réduit la demande des industries (EurActiv 09/02/09). Les intervenants au séminaire ont néanmoins soutenu qu’il est important de ne pas se fier aux signaux à court terme pour prédire l’avenir à long terme des marchés du gaz.
William C. Ramsay, le directeur du programme d'Ifri pour l'énergie et un ancien directeur adjoint de l’AIE, a affirmé que le charbon et le gaz sont toujours en concurrence aux Etats-Unis, tandis que le marché de permis européen a déjà faussé le marché en faveur du gaz au Royaume-Uni.
La semaine dernière, un ancien officiel gouvernemental américain pour l’énergie a affirmé que les Etats-Unis devraient s’attendre également à une hausse dans l’énergie tirée du gaz, si le président Barack Obama réussit à faire adopter un projet de loi de plafonnement et d’échange, d’après M. Platts.
Si l’énergie nucléaire croît légèrement, le gaz naturel sera un des grands gagnants de la période 2010-2030, a déclaré M. Guy Caruso, ancien chef de l’administration américain de l’information énergétique. Je crois personnellement, a-t-il continué, que cela va probablement se dérouler comme cela, même si l’administration Obama est très prudente sur les soutiens apportés au combustible fossile, a-t-il ajouté.
M. Caruso a aussi fait remarquer que, alors que le charbon fournit environ 50 % de l’énergie électrique aux Etats-Unis, cette proportion tomberait sous les 40 % si la législation sur les échanges de permis venait à aboutir.
Un rôle à jouer pour le GNL
Le gaz est devenu l’option préférée dans la production d’énergie à l’OCDE dans les dernières décennies, a déclaré M. Cronshaw. Le marché du gaz, précédemment régional, est maintenant devenu un marché mondial, et des prix plus élevés s’ensuivraient en dépit des chutes actuelles, a-t-il expliqué.
Les prix du gaz fixent aujourd’hui le prix de l’énergie, a-t-il conclu.
La production de gaz naturel domestique européen devrait diminuer dans les prochaines années, ce qui signifie qu’il y aura un besoin croissant d’importations.
L’Europe compte fortement sur le gaz russe, qui représente jusqu’à 44 % de ses importations. Les problèmes d’une telle dépendance sont apparus clairement au début de cette année, quand le litige gazier entre la Russie et l’Ukraine, cet hiver, a forcé l’UE à repenser ses itinéraires d’importation de son approvisionnement (EurActiv 22/01/09).
Tel qu’identifié par la Commission européenne dans sa Deuxième analyse stratégique de novembre 2008, le gaz naturel liquéfié (GNL) permettrait à l’Europe d’importer du gaz à partir de sources non connectées aux gazoducs. Ainsi, la majeure partie du GNL européen viendrait d’Algérie et du Nigeria, alors que ses gazoducs courent essentiellement à travers de territoires sous influence russe (voir EurActiv LinksDossier sur « Une politique en matière de gazoducs? »).
Le processus implique la liquéfaction du gaz à la source, puis son transport sous une forme beaucoup plus compacte vers sa destination, où il est retransformé en gaz.
Selon Tom Vanden Borre de la direction de la Commission pour l’Energie et le transport, le GNL est important en termes d’amélioration de la sécurité énergétique européenne, puisqu’il y a davantage de pays qui produisent du gaz que ceux qui peuvent le livrer par gazoducs.
M. Vanden Borre a déclaré aux participants du séminaire à Bruxelles que, alors que les sept terminaux européens de GNL ont une capacité annuelle de 102,4 milliards de mètres cube, un terminal supplémentaire de 60 milliards de mètres cube était en cours de construction. Il y a une tendance évidente à accroître la capacité des terminaux de LNG en Europe, a-t-il conclu.