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Les gouvernements et les représentants de l’UE peinent à formuler une réponse cohérente à la crise économique et financière qui s’étend désormais vers l’Est du continent. EurActiv propose un tour d’horizon des situations nationales avec des contributions de son réseau.
Dans un entretien au Financial Times, Robert Zoellick, président de la Banque mondiale et ancien secrétaire d'État adjoint des Etats-Unis, a appelé à un soutien mondial coordonné des économies d’Europe centrale et orientale, mené par l’Union européenne.
Jeudi (19 février), des économistes ont sommé la Commission de commenter l’appel de M. Zoellick.
Amelia Torres, porte-parole de la Commission, a déclaré que l’exécutif européen surveillait très attentivement la situation, grâce aux divers instruments à sa disposition. Elle a ajouté que si un Etat membre connaît des problèmes financiers, Bruxelles lui accordera une aide financière, comme elle l’a déjà fait pour la Hongrie et la Lettonie.
Il y a au total un plafond de 50 milliards d’euros disponibles, a-t-elle indiqué. A la connaissance de Mme Torres, il n’y a pas eu de nouvelle demande.
Cependant, la Commission était incapable de confirmer ou de démentir les rumeurs selon lesquelles son président, José Manuel Barroso, participera à une réunion des dirigeants des pays d’Europe de l’Est qui aura lieu à la représentation permanente de la Pologne à Bruxelles, juste avant le sommet européen extraordinaire du 1er mars. La représentation permanente polonaise ne s’est pas non plus prononcée sur cette question, bien qu’elle ait confirmé que le Premier ministre polonais Donald Tusk présidera la réunion.
Les dirigeants des pays d’Europe centrale et orientale membres de l’UE se rencontreront le 1er mars avant le sommet extraordinaire du même jour réunissant les autres membres du bloc, est-il apparu jeudi (19 janvier).
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a invité ses homologues tchèques, slovaques, slovènes, roumains, bulgares, lituaniens, lettons et estoniens à un débat visant à assurer que la réunion des 27 portant sur la crise financière n’est pas dominée par les intérêts des Etats membres de l’Ouest, a rapporté Reuters.
Mercredi (18 février), Joaquín Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, a exprimé son inquiétude dans un discours
sur la dévalorisation soudaine de la monnaie dans un certain nombre de pays d’Europe de l’Est.
Le Commissaire a indiqué qu’il était préoccupé par rapport à la volatilité des taux de change, faisant référence à la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et la République tchèque. La Slovaquie, par contre, a déjà adopté l’euro. Quant à la Bulgarie, sa monnaie est indexée sur l’euro à un taux fixe et n’a par conséquent pas souffert jusqu’à présent.
Mais les préoccupations de M. Almunia n’étaient pas partagées par tous les Etats membres d’Europe de l’Est. Selon le vice-Premier ministre tchèque, Alexandr Vondra, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, il n’y a pas de raison d’instaurer des mesures supplémentaires pour lutter contre la récession. La République tchèque, selon M. Vondra, n’a pas été touchée par la débâcle financière parce que les Tchèques sont un peuple de conservateurs, qui a peu recours aux emprunts.
En effet, la République tchèque s’en sort bien jusqu’à présent, et sa monnaie, la couronne, est plutôt stable, s’échangeant à environ 29 couronnes pour 1 euro. Miroslav Singer, gouverneur adjoint de la Banque nationale tchèque, a indiqué mercredi que la couronne pourrait même gagner de la valeur par rapport à l’euro dans un avenir proche. Toutefois, le Premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, a averti que son pays pourrait ne pas respecter le critère de Maastricht sur le déficit, un pré requis pour l’adoption de l’euro.
Un raccourci vers l’euro?
Le gouvernement polonais a récemment lancé un défi, proposant que les pays d’Europe de l’Est se voient accorder l’autorisation de prendre un raccourci vers l’adoption de l’euro aux mêmes conditions que les membres actuels de l’eurozone. Ces derniers avaient en effet été autorisés à s’éloigner des règles du pacte de stabilité et de croissance.
Zbigniew Chlebowski, représentant polonais et membre de la Plate-forme civique (PO) au pouvoir, a déclaré que son pays accélérait actuellement son adhésion au mécanisme de change (MTC-2), un pré requis à l’adoption de l’euro. Cette étape serait réalisée sans les modifications constitutionnelles que réclame le principal parti de l’opposition, le parti Droit et justice. L’année dernière, Varsovie a dévoilé un plan d’adhésion à l’eurozone en 2012.
Un grand nombre d’observateurs considèrent toutefois que ces objectifs sont beaucoup trop ambitieux. La monnaie polonaise, le zloty, dont le taux était stable – se situant à 3 zlotys pour 1 euro-, s’échange maintenant à près de 5 zlotys pour 1 euro.
Chaque pays constitue un cas particulier
En Hongrie, le taux de change a baissé, mais dans une moindre mesure. Avant la crise, le taux était stable : 250-260 florins pour 1 euro. Aujourd’hui, il est passé à 306 florins pour 1 euro, chiffre qui ne cesse d’augmenter.
Le Premier ministre du pays, Ferenc Gyurcsány, s’est également exprimé sur l’adhésion du pays à l’eurozone, qui selon lui pourrait advenir entre 2012 et 2014 si la Hongrie achève sa réforme dans le domaine du secteur public et maintient un budget durable.
En Slovaquie, récent membre de l’eurozone (EurActiv 05/01/09), la situation économique semble meilleure, bien que le pays, dont le secteur industriel est important, a vu la demande étrangère chuter fortement.
Zdenko Štefanides, économiste en chef pour la VUB, une banque slovaque, a prédit une croissance de 3 % en 2009. Mais il y a toujours un risque que la croissance baisse, a-t-il souligné. M. Štefanides a également indiqué que l’adhésion du pays à l’eurozone a beaucoup aidé le pays à gérer la crise économique. En comparaison avec d’autres pays, nous disposons d’un paquet stable d’actifs financiers, a-t-il relevé.
En Roumanie, la monnaie nationale, le leu, a perdu près de 20 % de sa valeur l’année dernière. La monnaie, qui s’échangeait à 3,5-3,7 lei pour 1 euro de 2005 à 2008, a chuté en décembre 2008, passant à 3,9 lei pour 1 euro. En janvier 2009, le leu a subi une dépréciation record : 4,3 lei pour 1 euro. Le taux de change se situe maintenant à 4,2 lei pour 1 euro. Le chômage devrait atteindre 5 % cette année, selon le gouvernement. Des milliers de licenciements sont en effet attendus dans le secteur de l’automobile ainsi que dans d’autres industries.
Mugur Isărescu, représentant roumain de haut niveau du secteur bancaire, a déclaré mercredi qu’il envisageait de contracter un emprunt auprès du FMI, ajoutant que le paquet comprendrait un financement européen. Mais il n’a pas précisé le montant que le pays cherchait à obtenir.
Un représentant de la Société Générale en Roumanie a fourni de plus amples détails : la Roumanie aurait besoin de 4 à 6 milliards d’euros dans le cas d’un ajustement et d’une aide financière extérieure. La plus grande partie de ce montant devrait être investi dans la stabilisation du secteur bancaire, selon le vice-économiste en chef Ariel Emirian, cité par l’agence Agerpres.
M. Emirian pense que la Roumanie ne traverse pas une période de débâcle économique, dans la mesure où elle résiste mieux que d’autres pays de la région, comme la Hongrie.
Il a déclaré qu’il ne croyait pas à la possibilité d’un krach financier en Roumanie. Elle n’est pas dans la situation de la Hongrie, selon lui.
Quant à la Bulgarie, où un fonds monétaire a été créé en 1997 et où la monnaie nationale, le Lev, a d’abord été indexée sur le mark allemand puis sur l’euro, elle semble mieux résister à la crise que la plupart des Etats d’Europe de l’Est membres de l’UE.
Après avoir conseillé à la Bulgarie de mieux contrôler la nervosité des marchés, M. Almunia a fait l’éloge du pays, le priant, lors d’un discours, de continuer sur la même voie.
Toutefois, comme l’a écrit hier le quotidien Dnevnik, partenaire d’EurActiv en Bulgarie, la Commission a mis en garde Sofia contre l’augmentation des salaires dans le secteur public. Cet avertissement a été formulé quelques heures après que le gouvernement a rendu publiques ses intentions. Des élections générales devraient être organisées dans quelques mois, à une date qui n’a pas encore été fixée.
De plus amples détails à propos de l’évaluation de la Commission et de ses recommandations à la Bulgarie, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie et la Pologne sont disponibles ici
.
L’eurodéputé Daniel Daianu (parti libéral roumain), ancien ministre roumain des Finances et actuel membre de la commission des Affaires économiques et monétaires, a expliqué lors d’un récent événement à Bruxelles que l’impact de la crise économique actuelle est très sévère, et qu’une approche au cas par cas ne suffira pas pour y répondre. Il a poursuivi en indiquant que les nouveaux Etats membres, de même que les groupes bancaires, ont besoin d’assistance.
L’eurodéputé roumain a également fait part de ses inquiétudes à propos de la spéculation sur les monnaies et de la situation des banques opérant en Europe centrale et orientale : les banques-mères rencontrent des difficultés considérables, et l’impact du ralentissement économique sur leurs filiales dans les nouveaux Etats membres est très sévère, a-t-il souligné. M. Daianu a averti que le sommet européen du 1er mars devait examiner très sérieusement la question de la stabilité financière des nouveaux Etats de l’UE non membres de la zone euro.
Gyorgy Szapary, ancien gouverneur de la Banque centrale hongroise et professeur à l’Université d’Europe centrale, a déclaré à EurActiv Roumanie que le prêt que son pays s’est vu octroyer de l’UE, avec l’aide du FMI, a beaucoup aidé le pays à un moment où Bucarest ne pouvait obtenir de prêt nulle part ailleurs. Selon M. Szapary, le pays aura besoin d’une telle aide jusqu’à ce qu’il soit de nouveau capable d’emprunter de l’argent sur les marchés financiers mondiaux.