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EPIA Business Development Unit Intern – Paid Internship
Interim Public Affairs Manager
Network and CrossLingual Projects Director
Account Executive in Public Affairs - Financial Services Practice
Policy advisor International Affairs
Writer/Web Editor - Native English
Consultant (Scientist) to work on the NERC-funded project "VALOR"
Mettre une annonceAlors que l'Allemagne et la France se débattent avec les répercussions des réformes du marché du travail, la question est de savoir si ces réformes peuvent reposer sur les modèles réussis des pays nordiques.
Alors que l'UE s'efforce de s'adapter au double défi de la concurrence mondiale de plus en plus globalisée et des évolutions démographiques, ce sont désormais les systèmes sociaux des Etats membres et leur capacité à adopter ces nouvelles réalités qui font l'objet de toutes les attentions. De nombreux experts ont fait les louanges des systèmes des pays nordiques et surtout celui du Danemark pour sa capacité à créer des emplois tout en maintenant un niveau élevé de sécurité sociale pour les chômeurs. Les associations professionnelles apprécient également le système car ses règles libérales en termes d'embauche et de licenciement offrent un niveau élevé de flexibilité et permettent de s'adapter rapidement aux évolutions du marché vers le bas comme vers le haut. En raison de sa nature associant ce type de flexibilité à une certaine sécurité sociale, le système a été baptisé 'flexicurité'.
Le concept de flexicurité repose sur l'hypothèse que la flexibilité et la sécurité ne sont pas contradictoires mais complémentaires, voire solidaires. Il associe un faible niveau de protection des travailleurs contre les licenciements à des indemnités de chômage élevées et une politique du marché du travail reposant sur l'obligation et le droit des chômeurs à la formation. La sécurité de garder un emploi est remplacée par la sécurité de trouver un emploi. Le dialogue social entre employeurs et employés est un aspect important du modèle de flexicurité.
André Sapir
de Bruegel
est responsable du rapport du groupe de haut niveau indépendant sur l'initiative du président de la Commission européenne. Ce rapport, intitulé "An Agenda for a Growing Europe
", classifie les modèles sociaux européens en quatre groupes :
Le modèle méditerranéen (Italie, Espagne, Grèce) : dépenses sociales concentrées sur les pensions de retraite; accent sur la protection de l'emploi et les systèmes de retraite anticipée. Inefficace pour créer des emplois ainsi que pour lutter contre la pauvreté.
Le modèle continental (France, Allemagne, Luxembourg) : indemnités de chômage à partir des cotisations sociales et pensions de retraite; haut niveau de protection de l'emploi. Efficace pour lutter contre la pauvreté mais inefficace pour la création d'emplois.
Le modèle anglo-saxon (Irlande, le Royaume-Uni et également le Portugal) : de nombreux emplois à faible rémunération; paiements liés à l'emploi régulier, mesures proactives, faible niveau de sécurité de l'emploi. Relativement efficace pour créer des emplois mais inefficace pour empêcher la pauvreté.
Le modèle nordique (Danemark, Finlande et Suède, plus les Pays-Bas et l'Autriche) : dépenses élevées pour la sécurité sociale et impôts élevés, faible protection de l'emploi mais niveau élevé de la sécurité de trouver un emploi. Politiques proactives du marché du travail. Parvient à créer des emplois et à lutter contre la pauvreté.
Taux d'activité et probabilité d'éviter la pauvreté des systèmes sociaux européens
FRA=France; GER=Allemagn; DEN=Danemark; EU=moyenne dans l'UE; Cont=moyenne des systèmes continentaux (BE, DE, FR, LU); Nord=moyenne des systèmes nordiques (AU, DK, FI, NL, SV); Med=moyenne des systèmes méditerranéens (HE, IT, ES); Anglo= moyenne des systèmes anglo-saxons (IR, PT, UK)
Source: André Sapir / BRUEGEL; edited by EurActiv
L'essentiel du débat depuis la publication du premier rapport d'André Sapir a porté sur la question de déterminer comment les caractéristiques des économies les plus florissantes (à savoir celles des pays nordiques) pourraient être appliquées à celles qui sont stagnantes. Ce débat s'est notamment penché sur les systèmes en France et en Allemagne, qui ont été le moteur de l'économie européenne pendant des années.
Dans la présentation d'André Sapir, la France et l'Allemagne sont dans le secteur 'continental'. Les systèmes sociaux des deux pays se caractérisent par un niveau relativement élevé de protection de l'emploi qui, selon les entreprises, rend difficile la décision d'embaucher des personnes qu'elles auront par la suite beaucoup de mal à licencier.
Durée moyenne en années avec le même employeur
|
Danemark |
Allemagne |
France |
|||
|---|---|---|---|---|---|
|
1992 |
2000 |
1992 |
2000 |
1992 |
2000 |
|
8.8 |
8.3 |
10.6 |
10.4 |
10.3 |
11.2 |
Source: http://www.socsci.auc.dk/carma/carma-1.pdf
En France, la tentative du Premier ministre Dominique de Villepin d'introduire de la 'flexicurité' dans les contrats de travail destinés aux jeunes de moins de 26 ans fait désormais l'objet de manifestations des organisations estudiantines, des syndicats et du Parti socialiste. Appelé 'Contrat Première Embauche’ (CPE), ce nouveau contrat de travail s'inspire du modèle de 'flexicurité' danois en permettant aux entreprises d'embaucher des jeunes et de les garder en période d'essai pendant deux ans. Concernant la sécurité, le CPE permet aux jeunes de demander des indemnités de chômage après 4 mois d'activité au lieu du système actuellement complexe où les indemnités sont payés à partir de 6 mois de travail sur les 22 derniers mois.
Le CPE a été présenté par Dominique de Villepin comme une réponse pragmatique au problème du chômage constant des jeunes. Présentant cette nouvelle mesure le 16 janvier 2006, il a souligné que le taux de chômage des jeunes était de près de 23%, par rapport à un taux de 9,6% pour la population dans son ensemble. "A la fin de leurs études, [les jeunes diplômés] mettent entre huit et dix ans à trouver un emploi stable. Dans le reste de l'Europe, cette période est réduite de moitié," a indiqué de Villepin.
En Allemagne, la popularité du gouvernement de 'grande coalition' dirigé par Angela Merkel repose en partie sur le fait que les mesures les plus impopulaires de la réforme importante du marché du travail ont déjà été transposées par l'ancien gouvernement de Gerhard Schröder. Certains considèrent ainsi que les réformes, notamment celle intitulée 'Hartz IV', ont coûté à M. Schröder son poste de chancelier : elles ont permis à la gauche allemande de remporter des voix qui auraient certainement suffi à M. Schröder pour être réélu.
La principale mesure de ces réformes a consisté à associer des indemnités de chômage sur le long terme à des allocations de sécurité sociale, les deux correspondant au niveau que les prétendants à la sécurité sociale recevaient avant la réforme (jusqu'à 345 euros par mois plus le coût d'un logement "adéquat") sous l'appellation Arbeitslosengeld II ("Indemnités de chômage II"). Les chômeurs reçoivent des indemnités comprises entre 60 et 67% de leur dernier salaire net pour un an (un an et demi pour les chômeurs de 55 ans ou plus); puis, ils rejoignent le système Arbeitslosengeld II.
Les chômeurs qui ont épargné ou contracté une assurance vie ne sont pas éligibles pour le système Arbeitslosengeld II avant que leurs fonds ne soient épuisés. Ils n'ont pas non plus droit aux indemnités s'ils ont des proches qui peuvent subvenir à leurs besoins. Contrairement à l'ancien système, les chômeurs peuvent également être forcés à accepter n'importe quel emploi, même s'il est très mal payé et ne correspond pas aux compétences professionnelles de la personne à la recherche d'un emploi.
Avec ces réformes, l'Allemagne s'est davantage éloignée du modèle de flexicurité qu'elle ne s'en est rapprochée. La principale idée derrière le modèle danois est de maintenir les travailleurs motivés même au cours de périodes de chômage en leur offrant des indemnités (jusqu'à 90% de leur ancien salaire) qui leur permettent de conserver leur niveau de vie et de profiter de ces périodes pour améliorer leurs compétences professionnelles. Le nouveau modèle allemand, par contraste, diminue le niveau de protection sociale et oblige les chômeurs qui ont pris des dispositions pour leur retraite sous la forme d'assurances vie ou d'épargnes à y renoncer. Ces derniers se retrouvent ainsi à un niveau minimal de protection sociale à l'âge de la retraite.
L'Allemagne a par ailleurs à peine touché à ses règles relativement strictes concernant la protection contre les licenciements. Par conséquent, les employeurs seront toujours réticents à embaucher plus de travailleurs qu'ils sont sûrs de pouvoir embaucher sur le long terme. Les petites et moyennes entreprises subiront notamment les conséquences de cette politique, et sur le moyen terme le nombre de personnes menacées de pauvreté parmi les retraités, qui augmente elle-même, entraînera une baisse de la consommation qui aura de nouvelles répercussions négatives sur la situation économique.
En France, le CPE a suscité une pluie de critiques. Selon le
Parti socialiste
,
il constitue un "cadeau aux entreprises qui pourront rompre leur engagement à tout moment, sans motif" au cours de la période d'essai de deux ans, sans avoir à donner aucune justification.
Même l'association des employeurs français, le
MEDEF
, a critiqué le CPE, indiquant qu'il met les jeunes dans une catégorie à part. La responsable du MEDEF, Laurence Parisot, a déclaré qu'il existait "un risque de dévalorisation des jeunes employés en CPE", ajoutant que l'éducation et non l'âge est un facteur plus pertinent pour la lutte contre le chômage des jeunes. "Il y a une différence considérable dans l'insertion dans l'entreprise entre les diplômés et les non-diplômés," a indiqué Mme Parisot. A cet égard, le MEDEF soutient un argument socialiste qui reproche au contrat d'être destiné à tous les jeunes, peu importe leurs qualifications professionnelles ou leur niveau d'éducation. Le MEDEF a récemment soutenu le CPE mais a demandé qu'il vienne en complément des types de contrat existants et non qu'il les remplace.
En Allemagne, Jürgen Thumann, président de l'Association de l'industrie allemande (BDI
) a indiqué que les réformes du travail en Allemagne étaient dans la bonne direction mais qu'elles étaient mal mises en oeuvre. "Cela vaut aussi bien pour l'organisation de la population active que pour les coûts, qui dépassent de loin toutes les projections."
Michael Sommer, président de la Fédération allemande des syndicats (DGB
) a déclaré : "Hartz IV a empoisonné le climat social en Allemagne. C'est insupportable. [...] Les employés subissent un chantage car ils savent que si leurs entreprises ferment, ils seront soumis au système Arbeitslosengeld II après un an."
Werner Hesse de l'Association allemande des services sociaux (
Paritätischer Wohlfahrtsverband
) a indiqué : "Tout ce que les réformes ont entraîné est moins d'argent pour les chômeurs." Il a ajouté que les réformes Hartz étaient en partie responsables du chiffre actuel de 6 millions d'Allemands menacés par la pauvreté.
Le président du PSE, Poul Nyrup Rasmussen, ancien Premier ministre danois du gouvernement socio-démocrate de 1993-2001, a déclaré dans un entretien avec EurActiv : "Le grand dilemme est qu'avec la mondialisation, vos changez d'emplois beaucoup plus souvent dans votre vie. Donc, comment passer d'une société fondée sur un mode de vie permanent avec un emploi stable à une nouvelle société avec de nombreux changements d'emploi? Les changements sont toujours très difficiles à effectuer et vous pouvez dire que ce que nous sommes en train d'évoquer est de tenter de donner une réponse européenne à la mondialisation sans copier le modèle américain. Cela revient à garantir que la sécurité sociale n'est pas en contradiction avec la croissance et la compétitivité, mais en fait partie. Et la grande question est évidemment que jusqu'à présent, la majorité des pays européens se sont concentrés sur la garantie que les travailleurs sont protégés dans leurs emplois pour l'essentiel de leur vie sur le marché du travail."
Interrogé par EurActiv sur l'adaptabilité du modèle de flexicurité de son pays, le directeur général de l'industrie danoise, Hans Skov Christensen, a déclaré : "Vous pouvez répondre aux défis de deux façons différentes. Vous pouvez vous retirer dans un coin silencieux en espérant que tous ces changements cesseront un jour ou l'autre. Ou vous pouvez chercher comment profiter des évolutions dans le monde, comment les utiliser et les transformer en défis. C'est la solution que le Danemark a retenu : tenter de profiter des évolutions et être plus forts que nous ne le serions sans elles. Nous essayons de voir les choses comme cela. Et c'est pour cela que je recommande au moins à tous les pays de tenter d'analyser leurs propres forces et faiblesses, et de voir comment utiliser ces changements pour devenir une nation victorieuse. Si je compare la différence entre le Danemark et la Suède par exemple : au Danemark, pour chaque emploi que nous délocalisons, nous créons plus d'un nouvel emploi. En Suède c'est moins d'un. Ils devront donc le faire différemment."