EurActiv Logo
 
26 novembre 2009
Breaking News:

Sécurité alimentaire : le G8 promet la durabilité [FR][en][de

Publié: mardi 21 avril 2009   

La première rencontre des ministres de l’Agriculture des huit nations les plus industrialisées ont appelé à davantage d’investissement public et privé dans l’agriculture durable, afin d’augmenter l’approvisionnement alimentaire et d’assurer une sécurité alimentaire mondiale.

Contexte:

Alors que la population mondiale approche les 10 milliards, des questions comme le changement climatique, la pénurie croissante de pétrole et l’existence d’eau et de terres de qualité mettent à l’épreuve la capacité de la planète à produire suffisamment de nourriture pour tout le monde.

Le prix mondial des céréales a flambé en 2007 et au cours de la première moitié de 2008, entraînant des hausses de prix qui ont elles-mêmes déclenché des émeutes dans quelques pays développés, ainsi qu’une certain nombre d’interdictions à l’exportation de produits de base. Depuis, grâce à une bonne récolte en 2008, les prix sont retombés.

La déclaration finaleexternal du sommet du G8 de juillet 2008 sur la sécurité alimentaire mondiale a appelé les ministres de l’Agriculture du G8 à organiser un sommet pour contribuer au développement de propositions concrètes et solides sur la sécurité alimentaire mondiale.

La toute première réunionexternal des ministres de l’agriculture du G8 a lieu en Italie du 18 au 20 avril 2009.

En plus du groupe des huit pays industrialisés (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis), les ministres de l’Agriculture du G5 (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud) plus l’Argentine, l’Australie et l’Egypte, ainsi que la Commission européenne et diverses agences des Nations unies, ont pris part à la réunion.

A lire aussi:

Autres articles:

Hier (20 avril), les ministres de l’Agriculture ont appelé à l’augmentation de la production alimentaire afin de nourrir le monde, étant donné le manque de progrès dans la lutte contre la pauvreté et les problèmes rencontrés en vue de l’équilibre entre l’offre et la demande alimentaire.  

Un espoir mondial de soulager la faim de millions de personnes a été assombri par la crise économique, tandis que les craintes concernant la sécurité alimentaire mondiale pourraient perdurer en raison de la volatilité des prix et d’un équilibre délicat entre l’offre et la demande, ont déclaré les ministres. 

Ils ont indiqué que les investissements publics et privés dans l’agriculture durable et le développement rural devaient être accrus, et ont appelé à l’augmentation du soutien, notamment financier, dans la science, la recherche, la technologie, l’éducation, les services de vulgarisation et l’innovation du domaine de l’agriculture. 

Protectionnisme 

Les ministres ont dénoncé le protectionnisme alimentaire exercé tant par les pays riches que par les pays pauvres, et ont souligné l’importance d’un système régulé mondial du commerce agricole.  

Des organisations internationales telles que le Programme alimentaire mondial ont appelé les pays  à éviter de limiter les exportations, critiquant les interdictions d’importation imposées par des pays touchés par l’augmentation des prix. Selon elles, ceci entrave les efforts visant à ce que la nourriture aille à ceux qui en ont le plus besoin. 

Alors que les pays les plus riches sont enclins à protéger leurs marchés – la Russie, le plus grand importateur de poulets américains, cherche par exemple à atteindre  l’autosuffisance en volaille et en viande de porcdans deux ans maximum – de nombreux pays pauvres ont réagi aux augmentations des prix de l’alimentaire en renforçant les interdictions d’importation des produits de base, tels que le riz et le blé.  

Volatilité des prix 

Mais les agriculteurs ont également besoin d’être protégés des distorsions commerciales néfastes, et doivent être autorisés à produire de la nourriture nutritive, ont déclaré les ministres. Ces derniers se sont engagés à surveiller les facteurs à l’origine de la volatilité des prix sur les marchés des produits de base, notamment le rôle du commerce spéculatif.  

Il faudrait surveiller et analyser plus avant les facteurs pouvant affecter la volatilité des prix des marchés des matières premières, notamment la spéculation, peut-on lire dans une déclaration des ministres de l’Agriculture du groupe des huit.  

Nous soulignons l’importance d’un système commercial international basé sur des règles dans le domaine du commerce de produits agricoles, et nous souhaitons soutenir le rôle des marchés fonctionnant bien dans l’amélioration de la sécurité alimentaire, peut-on encore lire. Les ministres ont également indiqué que la production d’énergie renouvelable à partir de biomasse devrait être augmentée, appelant à des politiques mettant en avant le développement et la commercialisation de biocarburants de seconde génération. 

Stocks mondiaux de céréales 

Les ministres ont également vanté les mérites de stocks tampons de céréales en tant que facilité alimentaire d’urgence, en vue d’amoindrir les chocs de prix et de juguler la spéculation commerciale sur les produits de base. Ils ont en outre déclaré qu’ils demanderaient aux organisations internationales d’examiner la faisabilité et les formalités administratives d’un système commun de stockage des produits de base. Mais ils n’ont pu préciser quels stocks de produits de base pourraient être concernés. 

Nous appelons les institutions internationales pertinentes à examiner la question de savoir si un système de stockage pourrait être efficace dans la gestion des urgences humanitaires ou comme moyen de limiter la volatilité des prix, est-il ajouté dans la déclaration. 

A la lumière de ce résultat, l’on examinera la question de savoir si des étapes ultérieures pourront être envisagées, et si un processus de consultation peut être créé, est-il indiqué.  

Accaparement des terres 

La déclaration finale ne fait pas référence à la question délicate de l’accaparement des terres. De plus en plus, les gouvernements investissent dans des projets de fermes hors de leurs frontières. Les pays de la région aride de la région du Golfe arabe ont été les pionniers. Ils cherchaient à atteindre une plus grande sécurité alimentaire, ainsi qu’à faire des économies sur les achats majeurs de céréales. Le phénomène a toutefois entraîné de vives critiques quant au fait qu’il ignorait les intérêts des populations locales. 

Les chefs de deux agences des Nations unies, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA), ont indiqué que les transactions transfrontalières sur les terres arables pourraient être mutuellement bénéfiques et aideraient au renforcement de la sécurité alimentaire mondiale.  

Je ne qualifierais pas cela d’accaparement des terres, il y a un potentiel de situations gagnant-gagnant, a déclaré Kanayo Nwanze, président du FIDA. 

Il a existé un risque de priver les agriculteurs pauvres de l’accès aux terres arables dans leur propre pays lorsque les investisseurs étrangers s’y sont engagés. Mais si les accords prennent en compte les intérêts des deux parties, ils pourraient contribuer à l’augmentation de la production agricole et des exportations, ainsi que créer des emplois, ont déclaré les représentants. 

 (EurActiv avec Reuters. Ce texte a été traduit de l’anglais par EurActiv.)

Positions:

Je pense qu’il y a eu des messages forts pour essayer de couper la tête à cet horrible protectionnisme, selon la commissaire européenne chargée de l'Agriculture, Mariann Fischer Boel. Cela pourrait même être contre-productif et renforcer les difficultés que nous rencontrons en matière de sécurité alimentaire, car cela diminue les incitations à produire pour les agriculteurs, a-t-elle ajouté. 

Le secrétaire à l’Agriculture américain, Tom Vilsack, a déclaré que sans l’accroissement de la productivité agricole et du rendement alimentaire, l’insécurité alimentaire mondiale mènerait à des troubles sociaux à travers la monde, liant la sécurité alimentaire à la sécurité nationale et environnementale.

Il a aussi mis en garde les ministres contre l’idée de créer des réserves mondiales de céréales pour aider à atténuer les chocs sur les prix et réduire la spéculation sur le commerce de produits de base, affirmant qu’elles pourraient ne pas être l’outil idéal pour assurer la stabilité des prix alimentaires. 

M. Vilsack a indiqué que l’expérience américaine de tels projets avait montré qu’il valait mieux se concentrer sur des avancées techniques en matière d’irrigation, de variétés de graines, d’outillage et de méthodes d’exploitation. 

Greenpeace a pressé les ministres d’agir sur la base des résultatsexternal d’une récente évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD), qui a conclu que tandis que certaines technologies agricoles avaient contribué par le passé à des augmentations sensibles de productivité, ces mêmes technologies, telles que les pesticides et les fertilisants, menacent à présent la durabilité sociale et environnementale de l’agriculture. Afin de lutter la crise alimentaire à long terme, les gouvernements du G8 doivent augmenter drastiquement leurs investissements dans les systèmes d’exploitation écologique des petits exploitants, tout en mettant fin aux subventions qui promeuvent l’agriculture industrielle et non durable, a déclaré l’ONG. 

Le CIDSE, une alliance internationale d’agences de développement catholiques, a aussi demandé aux pays du G8 de promouvoir des politiques qui amélioreront la résistance et la capacité de production à long terme des communautés rurales des pays en développement. Le CIDSE croit en un renouvellement massif des investissements dans l’agriculture, tant au niveau national qu’international, mais souligne qu’une promotion étroite de l’augmentation de la production ne permettra pas une sécurité alimentaire durable.

Les efforts doivent aller au-delà de l’augmentation de la production en vue de faire face au grand nombre de contraintes auxquelles font face les agriculteurs modestes et les communautés rurales des pays en développement, notamment l’accès au crédit, aux ressources naturelles comme la terre et l’eau, et l’information sur le marché, a soutenu le CIDSE. 

Les pays du G8 ne peuvent ignorer le rôle qu’ils ont joué dans la défense de politiques telles que la libéralisation du commerce mondial, des ajustements structurels et le recours à des pratiques comme le dumping, mettant ainsi en danger des millions de petits exploitants et contribuant à l’actuelle situation d’insécurité alimentaire dans les pays en développement. Ils ont maintenant la responsabilité de corriger tout cela, selon le secrétaire général du CIDSE, Bernd Nilles

L’agence internationale d’aide Oxfam a également affirmé que la réponse à la crise alimentaire mondiale ne réside pas dans une production accrue dans les pays riches, mais dans le soutien des agriculteurs les plus pauvres du globe. Oxfam appelle les pays du G8 à s’engager vers une assistance à long terme et prévisible aux petits producteurs alimentaires dans les pays en développement. Ils doivent s’assurer que les agriculteurs pauvres ont voix au chapitre dans les discussions tournant autour de la crise alimentaire et de la réforme radicale des politiques des pays riches sur le commerce, l’énergie, l’agriculture et la finance, qui ont participé à la création de cette crise.

Prochaines étapes:

  • 8 - 10 juillet 2009: la déclaration conjointe des ministre de l'agriculture sera soumis aux leaders des pays du G8 lors de leur sommet.

Liens

Lettres à l'éditeur
Challenges and responsibilities in feeding tomorrow’s world
Phil Newton, European Crop Protection Association
Risk not hazard for good pesticides regulation
James Gilmour, former director, Agricultural Advisory Service for Scotland
Advertising
 
Partenaires
Advertising