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Hier (17 février), un conseiller de haut niveau du gouvernement français a recommandé que les pays européens émettent des obligations gouvernementales conjointes pour offrir une alternative crédible au marché américain des valeurs mobilières. Malgré la débâcle financière partie des Etats-Unis, ce marché attire encore la plupart des capitaux étrangers, les investisseurs mondiaux cherchant à se protéger contre la crise.
L’idée d’obligations européennes conjointes a été présentée pour la première fois par l’ancien président de la Commission Jacques Delors. Elle faisait partie du prédécesseur de l’Agenda de Lisbonne : le plan de 1993 pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. L’objectif était de trouver de nouveaux moyens de financer le budget européen.
En 2000, le président de la Commission Romano Prodi a de nouveau soumis l’idée. Un rapport
préparé par un groupe d’experts financiers, dirigé par Alberto Giovannini, expliquait les détails techniques de l’émission d’obligations communes en vue d’attirer des capitaux étrangers.
Mais le Conseil s’est opposé à cette idée, principalement en raison du scepticisme allemand. Berlin craint en effet qu’émettre des émissions européennes conjointes augmenterait au final le coût d’emprunt de capital. Les eurodéputés allemands s’y étant opposés, le Parlement européen n’a pu présenter de résolution commune en faveur de l’émission d’obligations européennes (voir l’entretien de l’eurodéputé Joseph Daul avec EurActiv). En revanche, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a récemment fait montre de soutien envers cette idée.
Si l’Europe souhaite saisir la chance offerte par la crise d’attirer plus de capitaux, elle doit augmenter la taille et les liquidités de son marché d’obligations gouvernementales via l’émission d’obligations communes. C’est ce que a déclaré Jacques Delpla
devant des experts financiers réunis hier (17 février) au think tank bruxellois Bruegel.
M. Delpla, membre du Conseil d’analyse économique, un organe de conseil au Premier ministre, François Fillon, a indiqué que les obligations européennes renforceraient le rôle de l’euro en tant que monnaie de réserve mettant à l’épreuve la suprématie du dollar.
L’appel M. Delpla intervient dans un contexte où les investisseurs mondiaux se tournent de plus en plus vers le dollar afin de se mettre à l’abri de la tempête financière. La semaine dernière, un représentant chinois de haut niveau dans le domaine de l’économie a déclaré que Pékin s’en tiendra aux obligations américaines, en dépit de la gravité de la situation de l’économie et de la dette publique américaines. Selon M. Delpla, cette décision résulte du fait que le marché financier gouvernemental américain reste celui qui, au monde, dispose de plus de liquidités.
La dette fédérale américaine s’élève à environ 10 500 milliards de dollars, dont 6 mille milliards sont vendus sur le marché. Ces chiffres dépassent de loin ceux du marché allemand des obligations qui, avec environ cent mille milliards d’euros, reste le plus important de la zone euro. Le marché allemand est par conséquent moins pourvu en liquidités, ce qui signifie que les investisseurs, rassurés par la taille du marché américain et malgré la crise qu’il subit actuellement, continuent de se tourner vers lui. En résumé, la taille compte sur les marchés des obligations, a déclaré M. Delpla.
Un marché commun d’obligations européennes s’élevant à 4 mille milliards
M. Delpla, qui était conseiller économique du président français, Nicolas Sarkozy, lorsque ce dernier était ministre français de l’Economie en 2004, a présenté un plan détaillé visant à créer un marché commun d’obligations européennes d’une valeur de 4 mille milliards en obligations de premier ordre.
Pour apaiser les inquiétudes allemandes, il a proposé de diviser les obligations européennes en deux catégories : la première mettrait en commun les titres les plus sûrs émis par les gouvernements ; la seconde regrouperait les obligations les moins sûres.
L’adhésion au groupe des obligations devrait être volontaire, mais assujettie à des règles fiscales strictes. En outre, les bons élèves devraient avoir le droit d’exclure les pays à la traîne, a proposé M. Delpla.
Un fond monétaire européen
Pour garantir le remboursement des titres les moins sûrs, Thomas Mayer, chef économiste à la Deutsche Bank, a proposé de créer un fonds monétaire européen. Cet organe viendrait en aide aux membres du groupe des obligations faisant face à des difficultés budgétaires. Toutefois, si cet organe voit le jour, des disputes sur son financement devraient éclater.
La douche froide tchèque
Parallèlement, les partisans des obligations européennes communes ont reçu un accueil réservé de la part du Premier ministre tchèque Mirek Topolánek, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE. S’exprimant hier devant le Parlement européen, il a rejeté l’idée, la qualifiant de risquée pour la qualité de la dette publique.
L’idée d’émettre des obligations européennes communes a été de nouveau lancée en septembre par une coalition inhabituelle d’eurodéputés italiens. L’idée a reçu le soutien
du président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, en novembre dernier (EurActiv 19/11/08), alors que les socialistes l’avaient déjà soutenue à plusieurs reprises. Joseph Daul, leader du groupe du PPE-DE (centre-droit) au Parlement, a confirmé son soutien pour l’idée dans un récent entretien avec EurActiv.