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Gouvernance de l'Internet [FR][en][de

Publié: vendredi 11 novembre 2005    | Mis à jour: vendredi 5 mai 2006   

Peu avant le sommet mondial sur la société de l'information du 16 au 18 novembre 2005, où cette question a été l'un des deux principaux points thématiques, l'UE et les Etats-Unis ont résolu leur conflit sur le contrôle des serveurs au coeur de l'Internet. 

A lire aussi:

Prochaines étapes:

  • Une première réunion de consultation a eu lieu les 16 et 17 février 2006 à Genève.
  • La première réunion du récent Forum sur la Gouvernance de l'Internet external devrait avoir lieu au cours du second semestre  2006 à Athènes, en Grèce.

Sommaire Liens

Le groupe de travail des Nations Unies sur la gouvernance de l'Internetexternal définit la gouvernance de l'Internet comme "l'élaboration et l'application par les gouvernements, le secteur privé et la société civile, dans le cadre de leurs rôles respectifs, des principes, normes, règles, procédures de prise de décisions et programmes communs propres à modeler l'évolution et l'utilisation de l'Internet." Ce groupe de travail a défini quatre domaines essentiels concernant la gouvernance de l'Internet :  

  1. Infrastructure - signifiant le système de gestion des noms de domaine et des adresses numériques Internet (adresses IP)
  2. Questions relatives à l'utilisation de l'Internet notamment le pollupostage, la sécurité es réseaux et la cyberdélinquance
  3. Droits de propriété intellectuelle et commerce international
  4. Renforcement des capacités, notamment dans les pays en développement 

Contrairement au réseau téléphonique international (qui est gouverné par l'Union internationale des télécommunicationsexternal , un organe de l'ONU), l'Internet est gouverné par une association à but non lucratif du secteur privé. Cette organisation, appelée ICANNexternal (acronyme anglais pour 'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers') agit dans le cadre de la législation américaine et d'un contrat avec le gouvernement américain. Son monopole a été dernièrement remis en cause par un certain nombre de gouvernements dans le monde, dont la présidence britannique de l'UE et la Commission européenne. 

Au cours d'une série de réunions préparatoiresexternal au sommet, l'UE et d'autres pays dans le monde ont reconnu la "success story" de l'Internet sous gouvernance américaine, mais ont contesté le contrôle exclusif des Etats-Unis en termes de gouvernance de l'Internet. Le sommet mondial sur la société de l'informationexternal (SMSI) a eu lieu du 16 au 18 novembre 2005.

PlusPdf sur les détails techniques en jeu dans le débat sur la gouvernance de l'Internet. 

Enjeux:

Le 15 novembre 2005 (la veille du lancement du sommet mondial sur la société de l'informationexternal (SMSI), un accord a été trouvé sur un documentPdf external présenté par le sous-comité A du SMSI, l'organe traitant de la gouvernance de l'Internet. Si elle est adoptée comme prévu, cette proposition ne toucherait pas au contrôle de noms de domaine et autres ressources techniques - ce qui signifie qu'il resterait au main des Etats-Unis. Elle indique : "Nous reconnaissons que les disposition actuelles relatives à la gouvernance de l'Internet ont permis de faire de l'Internet le médium très solide, dynamique et varié sur le plan géographique qu'il est aujourd'hui, le secteur privé prenant la direction des opérations au quotidien."

Par ailleurs, un nouveau forum purement consultatif serait créé, avec pour objectif de renforcer la position des gouvernements sur les questions relatives à la gestion de l'Internet, y compris le système d'adresses. Ce nouvel organe, appelé Forum de la gouvernance de l'Internet, deviendrait opérationnel avant avril 2006. Il serait convoqué par le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, et ne disposerait pas de pouvoir au-delà de la capacité de réunir toutes les parties prenantes dans le domaine de l'Internet. 

Au cours de l'été 2005, le groupe de travail des Nations Unies sur la gouvernance de l'Internet ( GTGI external ) a publié un  souhaitant mettre un terme au "rôle prééminent" des Etats-Unis dans la gestion de l'Internet et indiquant qu'il faut créer des institutions mondiales pour traiter des problèmes relatifs au publipostage et à la sécurité du réseau : "Aucun gouvernement seul ne devrait avoir un rôle prééminent dans la gouvernance internationale de l'Internet."

Le rapport du GTGI ne propose pas une seule recette mais établit la liste d'un certain nombre d'approches pour le débat au SMIS :

  • Un Conseil mondial de l'Internet, composé de gouvernements, étroitement lié à l'ONU, mais avec la "participation" des acteurs concernés. ICANN existerait toujours, mais perdrait l'essentiel de son importance. 
  • Un "rôle accru" du Comité consultatif gouvernemental (GACexternal ) de l'ICANN. L'ICANN garderait son rôle actuel et pourrait même être renforcé grâce à un consensus général international. Cette approche est favorisée par l'UE.
  • Créer un conseil international de l'Internet (CII) pour reprendre le rôle du gouvernement américain. Le CII ne ferait pas explicitement partie de l'ONU. L'ICANN resterait, mais en tant qu'organe purement technique sans responsabilités politiques.
  • Créer trois nouveaux organes pour traiter des trois branches de la gouvernance de l'Internet :  un Conseil des politiques Internet mondiales (CPIM), qui sera responsable des "questions de politiques publiques relatives à l'Internet"; une Société mondiale pour l’attribution des noms de domaine et numéros sur l’Internet WICANN), pour examiner les questions techniques comme l'ICANN actuellement, mais liée à l'ONU plutôt qu'au gouvernement américain; et un Forum mondial sur la gouvernance de l'Internet (FMGI) en tant que forum de discussion mondial. 

La troisième réunion préparatoire du GTGI pour le Sommet mondial sur la société de l'information a donné lieu à neuf propositions, qui peuvent être regroupées comme suit: 

  • Réforme en douceur du statu quo : maintenir l'ICANN responsable; créer un nouveau forum qui propose des solutions aux questions de politiques publiques comme le publipostage, la cybercriminalité ou de nouveaux domaines de haut niveau. (Afrique, Arabie, Argentine, Canada)
  • Internationalisation : Un nouvel organe ou un organe réformé sous la forme d'un consortium gouvernemental international prend le contrôle politique de l'ICANN. (UE, Japon)
  • Contrôle gouvernemental : l'ICANN est remplacé par un nouvel organe dirigé par des gouvernements. (Brésil, Iran, Russie)

Dans sa communicationPdf external du 2 juin 2005 sur la deuxième phase du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), la Commission  a indiqué : 

"L'UE estime qu'un nouveau modèle de coopération est nécessaire pour donner corps aux recommandations de la Déclaration de principes du SMSI sur le rôle crucial de toutes les parties concernées par la question de la gouvernance de l'Internet, incluant les gouvernements, le secteur privé, la société civile et les organisations internationales. Les mécanismes existants en matière de gouvernance de l'Internet devraient être fondés sur une base démocratique plus solide, transprente et multilatérale, où l'accent serait mis sur les politiques d'intérêt général de tous les gouvernements."  

Cette déclaration a été répétée dans les premiers commentairesPdf external du 1er août 2005 de l'UE sur le rapport du SMIS. Elle figure également dans la propositionword external  conjointe UE/Royaume-Uni du 28 septembre 2005 pour des ajouts à un documentPdf external  du Président du Sous-comité A sur la gouvernance de l'Internet. Les Etats-Unis ont été particulièrement mécontents de l'introduction, dans cette proposition, d'un "nouveau modèle de coopération" qui 

"doit comprendre l'élaboration et l'application de principes de politiques publiques applicables au niveau international et de proposer une participation gouvernementale internationale au niveau des principes sur [...] les questions relatives aux noms de domaine, aux numéros et aux adresses [...]"

Concrètement, l'UE laissera la gouvernance de l'Internet entre les mains de l'ICANN. Cependant, la délégation européenne, dirigée par la présidence britannique, souhaite que l'ICANN contourne l'administration américaine quand des conseils politiques sont nécessaires et se tourne plutôt vers le Comité consultatif gouvernemental (GACexternal ). Cet organe a été créé en 1999 et est ouvert à la participation des représentants de gouvernements nationaux, chacun d'entre eux pouvant nommer un représentant; environ 100 pays l'ont déjà fait. L'UE souhaite encourager davantage de gouvernements à envoyer des délégués au GAC et ouvrir l'organisme à la participation du secteur privé. 

Les Etats-Unis craignent que ce type de multilatéralisme européen compromette l'existence même de l'Internet. Ils soulignent le soutien dont l'UE a bénéficié de la part de régimes autoritaires responsables de censure sur Internet, comme la Chine, l'Arabie saoudite et l'Iran. Comme les Etats-Unis, l'UE souhaite éviter de donner du pouvoir à des régimes autocratiques mais indique également qu'elle bénéficie du soutien de pays qui ne font pas de censure, comme le Brésil, le Japon et l'Inde. 

Un avisword external  en juin 2005 de l'Administration américaine nationale des télécommunications et de l'information établit quatre principes de la stratégie de négociations des Etats-Unis : 

  • Le gouvernement américain a l'intention de préserver la sécurité et la stabilité du système de gestion des domaines et des adresses de l'Internet.
  • Les gouvernements ont un intérêt légitime dans la gestion de leur domaines primaires de pays (ou country code top level domains, ccTLD) 
  • ICANN est le gestionnaire technique approprié du système de gestion des noms de domaine Internet. 
  • Le débat relatif à la gouvernance de l'Internet  doit se poursuivre dans de multiples forums pertinents. 

Positions:

Dans un discoursexternal  prononcé devant l'Institut européen de Washington DC le 13 juillet 2005, la commissaire chargée de la société de l'information, Viviane Reding,  a déclaré : "L'UE a récemment établi ses priorités pour la gouvernance de l'Internet. Il s'agit [...] d'une internationalisation accrue des principales ressources de l'Internet et de la nécessité de garantir une meilleure participation à cette gouvernance des pays en développement."

S'exprimant lors de la seconde phase du SMIS à Tunis, le Secrétaire Général de l'ONUKofi Annan, a déclaré : "Les Nations Unies ne veulent pas contrôler l'Internet... Les Etats-Unis méritent des remerciements pour avoir créé l'Internet et l'avoir géré de façon honorable [...] Cependant, je pense que vous reconnaissez tous la nécessité d'une participation internationale plus importante aux débats sur la gouvernance. Que ces débats se poursuivent; nous, aux Nations Unies, soutiendrons ce processus de toutes les façons possibles."

Lors de la conférence annuelle sur les communications sans fil le 30 juin 2005, le secrétaire américain adjoint au Département du Commerce, Michael Gallagher, a déclaréword external  que les Etats-Unis devaient "conserver leur rôle historique pour autoriser les évolutions ou modifications du fichier de la zone racine". Par conséquent, "les Etats-Unis continuent de veiller à ce que l'ICANN conserve son objectif et remplisse sa mission technique première." Cette déclaration est dans la lignée de ce que d'autres représentants du gouvernement américain ont déclaré auparavantexternal

L'ambassadeur David Gross, coordinateur des communications internationales et de la politique d'informations au Département d'état américain, a indiqué : "Nous avons été très très clairs tout au long du processus sur le fait que certaines choses sont acceptables et d'autres ne le sont pas. Nous n'accepterons pas que les Nations Unies reprennent le contrôle de l'Internet. Certains pays le souhaitent. Nous pensons que c'est inacceptable. Ce n'est pas une question négociable. C'est une question de politique intérieure." Après le compromis du 15 novembre 2005 (voir "Enjeux"), l'ambassadeur a fait les commentaires suivants : "Je ne pensais pas que ce serait possible. Nous n'avons rien changé au rôle du gouvernement américain., ce qui très important."

David Hendon, du Département du Commerce et de l'Industrie au Royaume-Uni et le porte parole de la délégation européenne, a déclaré : "Je pense que les Etats-Unis réagissent de façon excessive. Mais il s'agit selon moi d'une surréaction tactique pour les négociations. [...] Nous espérions que cette proposition permettrait au sommet de sortir de l'impasse. Il n'est pas raisonnable de laisser entre les mains des Etats-Unis le pouvoir de décider de l'avenir de l'Internet dans d'autres pays."

Les fédérations professionnelles allemandes BDI et BITKOM  ont déclaré : "Nous considéront qu'une révision radicale de la structure de gouvernance actuelle de l'Internet est non seulement inutile, mais menace la stabilité et la sécurité de l'Internet en lui-même. Au-delà du conflit, le contrôle technique de l'Internet nécessite une coopération internationale. Mais jusqu'à présent, les activités d'organisations privées (surtout dans les questions de noms et de numérotation) ont démontré leur valeur. [...] Le secteur ne s'oppose pas à un nouvel ajustement des processus existants. Cependant, le dynamisme de l'Internet nécessite une évolution au sein de la structure décentralisée et collaborative actuelle, ce qui signifie que les politiques et les lignes directrices doivent être élaborées grâce à une approche pyramidale (de bas en haut). L'établissement d'une nouvelle surveillance intergouvernementale institutionnalisée est la mauvaise approche."

L'Association pour les communications progressives (Association for Progressive Communications, APC), un réseau international d'organisations de la société civile, a indiqué : "L'Internet [...] doit être considérée comme une infrastructure publique globale. A cet égard, nous reconnaissons l'Internet en tant que bien public global et l'accès à ce bien est d'intérêt public et doit être proposé en tant que disposition publique."

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