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La France cherche une solution pour financer le service postal universel [FR][en][de

Publié: lundi 28 juillet 2008   

Face aux dernières règles européennes qui appellent les opérateurs postaux nationaux à abandonner les derniers monopoles lucratifs d’ici 2011, la France cherche de nouveaux mécanismes de financement pour s’assurer que même les habitants des zones les plus isolées continuent de bénéficier d’un service postal abordable six jours par semaine. D’après une enquête d’EurActiv France.

Contexte:

En février 2008, l’UE a présenté des plans visant à libéraliser les marchés postaux sur le continent d’ici au 1er janvier 2011 ou deux ans plus tard pour la plupart des pays ayant rejoint l’Union après 2004, ainsi que pour le Luxembourg et la Grèce (EurActiv 01/02/08).  

L’élément central de la nouvelle directive est la suppression de la « zone de réserve », qui accorde aux opérateurs historiques le droit de maintenir un monopole lucratif sur la livraison du courrier dont le poids est inférieur à 50 grammes (approximativement 72 % du volume postal) en échange d’un service de livraison rentable de cinq jours par semaines, fourni même aux citoyens résidant dans les zones les plus éloignées – « l’Obligation de service universel ». 

La directive identifie un certain nombre de mesures d’accompagnement – comme les subventions publiques ou la création de fonds d’indemnisation – que les pays pourraient adopter pour garantir la viabilité financière de la prestation d’un service universel. Cependant,c’est aux gouvernements nationaux de choisir leur fournisseur de service universel, de calculer les coûts du service universel et de décider du mécanisme de financement le plus approprié pour couvrir ces coûts. 

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Autres articles:

En signant son contrat de service public 2008-2012 avec l'Etat, La Poste a cherché à réaffirmer l'importance du service postal universel (SPU). 

Quatre missions de service public

L’objectif du contrat est de redéfinir les missions de l’opérateur postal avant son ouverture partielle aux capitaux privés en 2009. Les quatre missions – telles que définies dans le contrat – comprennent la distribution du courrier (83 % du courrier doit être distribué avant 24 heures), l’acheminement de la presse (six jours par semaine sur l’ensemble du territoire), l’aménagement du territoire (« pas plus de 10 % de la population d'un département ne peut se trouver éloignée de plus de 5 kilomètres et de plus de 20 minutes de trajet automobile ») ainsi que l’accessibilité bancaire.

Incertitudes quant au financement du service universel

Mais la question du financement du service universel après l’ouverture totale du secteur postal français à la concurrence le 1er janvier 2011 reste ouverte. 

Le coût de l’ensemble des missions est estimé à 816 millions d’euro après compensation de l’Etat. Dans le contrat, le gouvernement s’engage à « mettre en place un dispositif de financement du service universel pérenne, économiquement efficace et juridiquement sécurisé ». Sans pour autant fournir des propositions concrètes.

En France, les clauses de l’Obligation de service universel vont plus loin que les exigences de la législation européenne. Plutôt que des levées au moins cinq jours par semaine et l’envoi de tous les colis postaux de moins de 10 kg, la France exige la levée et la distribution du courrier six jours sur sept et le transport des colis jusqu’à 20 kg dans le cadre de son service postal universel (SPU). La législation française prévoit également un nombre minimal de points de contact postaux à travers son territoire extrêmement varié. 

Pour financer ce service, La Poste s’est reposée essentiellement sur les revenus de son « secteur réservé », procédant à un financement croisé entre les zones rurales et montagneuses, plus coûteuses à prendre en charge, et les zones à la population plus denses, et par conséquent plus lucratives. Mais cette situation est sur le point de changer. Et même si l’ouverture du secteur à la concurrence devrait attirer de nombreux nouveaux acteurs qui assumeront une partie du travail, la plupart d’entre eux se concentreront sans doute sur les centres-villes plus rentables, laissant à La Poste les services coûteux à destination des zones reculées. 

Plusieurs possibilités de financement

« Pour l’instant, rien n’est encore décidé, et le travail commence à peine », a expliqué Pierre Hérisson, sénateur UMP et président de l’observatoire de la présence postale. Le processus de transposition de la directive européenne en droit français devrait commencer début 2009. Plusieurs options sont sur la table.

  • Le fonds de compensation : la préférence de Paris. Créé par la loi du 20 mai 2005, il n’a jamais été utilisé par le régulateur. Concrètement, chaque nouvel entrant verserait au fond une cotisation qui permettrait d'accéder au marché national. L’argent récolté permettrait de financer le service universel. Mais cette option est difficile à mettre en œuvre concrètement. Comment déterminer le montant de la cotisation ? Doit-elle être fixée en fonction des recettes, des bénéfices ou d’un montant forfaitaire ? Doit-on faire contribuer tous les opérateurs à ce fonds ou seulement ceux avec un seuil minimal d’activité ? « La solution du fonds de compensation est assez mal perçue par les opérateurs privés », indique Sylvie Pittaro Menesson, chargée des questions européennes à l’institut de recherches et de prospective postales (Irepp). 
  • Le droit d’accès aux infrastructures : l’option préconisée par Bruxelles. Les opérateurs privés seraient tenus de verser des fonds à l’opérateur en place pour pouvoir accéder à certaines de ses infrastructures. C’est la solution adoptée au Royaume-Uni, dont le marché est entièrement libéralisé depuis le 1er janvier 2006. 
  • La subvention gouvernementale : possible, mais ruineuse. La directive européenne permettra l’utilisation de fonds publics pour financer le SPU. Cette option, surtout privilégiée par les nouveaux Etats membres, a néanmoins peu de chances de fonctionner en France en raison du contexte budgétaire. 
  • La généralisation du SPU: surréaliste. Cette option obligerait tous les opérateurs à desservir la totalité du territoire. Pour des questions géographiques, cette solution rendrait quasiment impossible l’implantation d’opérateurs privés en France. En effet, la Finlande a beau appliqué ce principe, elle n’en possède pas moins un seul opérateur alors même que son marché est censé être totalement ouvert. 

Positions:

« La Poste demeurera une entreprise publique […] et les missions de service public sont non négociables », a rassuré Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie.

Hubert Falco, secrétaire d'Etat français chargé de l'aménagement du territoire, a ajouté : « Nous veillerons à ce que l'ensemble des engagements soient tenus sur tout le territoire ».

Mais le contrat public a été fermement critiqué par les syndicats, qui menacent de faire des grèves supplémentaires contre la libéralisation postale en septembre. D’après eux, le texte ne garantit rien et fragilise les missions de service public. 

Prochaines étapes:

  • début 2009 : début possible du travail parlementaire en vue de la transposition de la troisième directive postale de l’UE en droit français. 
  • 1er janvier 2011  : libéralisation totale des services postaux dans la plupart des pays de l’UE. 

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