L’UE s’apprête à inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien sur la liste des organisations terroristes
L’UE s’apprête à inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) sur sa liste des organisations terroristes, a annoncé jeudi 29 janvier la cheffe de la diplomatie européenne. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions entre Téhéran et les capitales occidentales, alors que grandissent les craintes d’une intervention militaire américaine contre l’Iran.
L’inscription sur cette liste de la force d’élite iranienne, directement subordonnée au guide suprême Ali Khamenei, survient alors que les autorités iraniennes mènent une répression d’une ampleur inédite contre les mouvements de contestation. Selon certaines estimations, cette répression aurait fait des dizaines de milliers de morts et constitue la menace la plus sérieuse pour le régime islamique depuis plusieurs décennies.
« Nous ajoutons de nouvelles sanctions à la liste, et je pense également que nous allons nous mettre d’accord pour inscrire le [CGRI] sur la liste des organisations terroristes », a indiqué Kaja Kallas, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, aux journalistes avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles. « Si vous agissez comme un terroriste, vous devez également être traité comme un terroriste. »
Ce revirement fait suite à un changement de position de plusieurs États de l’UE. La France et l’Italie ont abandonné leur résistance en début de semaine à l’ajout du CGRI à la liste des groupes terroristes désignés par l’Union, qui comprend Al-Qaïda, Daech et le Hamas.
Paris et Rome avaient précédemment averti que l’inscription du CGRI sur la liste noire pourrait fermer les voies diplomatiques avec Téhéran.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré aux journalistes que le soutien de Paris aux nouvelles sanctions de l’UE — qui toucheront également plus de vingt personnes et entités iraniennes avec le gel de leurs avoirs et des interdictions de voyager — était « un appel » à Téhéran pour qu’il libère les prisonniers politiques, mette fin aux exécutions et rétablisse l’accès à Internet pour les 90 millions de citoyens du pays.
« Il ne peut y avoir d’impunité pour les crimes commis », a déclaré Jean-Noël Barrot, ajoutant que l’Iran devrait également autoriser « immédiatement » deux citoyens français qui ont trouvé refuge à l’ambassade de France à Téhéran à quitter le pays.
Kaja Kallas a également rejeté l’idée selon laquelle l’inscription du CGRI sur la liste noire empêcherait une résolution diplomatique de la crise.
« On estime que les voies diplomatiques resteront ouvertes », a indiqué la cheffe de la diplomatie européenne. Elle a également dit que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, ne serait pas sanctionné dans le cadre des nouvelles mesures.
Mardi, l’Iran avait mis en garde contre des « conséquences destructrices » si l’UE maintenait sa décision de désigner le CGRI comme organisation terroriste, ont rapporté les médias d’État.
Sur les marchés, la nervosité était palpable jeudi matin, après des déclarations de Donald Trump affirmant qu’une « armada massive » faisait route vers l’Iran et que toute nouvelle action militaire américaine serait « bien pire » que les frappes menées en juin dernier contre des installations nucléaires et militaires iraniennes.
En réponse, Abbas Araghchi a déclaré que les forces armées de Téhéran avaient « le doigt sur la gâchette » pour « répondre à toute agression contre notre terre, notre air et notre mer bien-aimés ».
Les inquiétudes géopolitiques ont également eu un impact sur les marchés de matières premières. Le brut Brent, référence mondiale, a progressé de 1,13 % pour atteindre 67,03 dollars le baril, alimenté par les craintes de perturbations de l’approvisionnement énergétique mondial. L’or a poursuivi sa hausse, frôlant les 5 600 dollars l’once, les investisseurs se tournant vers les valeurs refuges.