Les journalistes géorgiens manifestent pour soutenir leurs collègues accusés d'espionnage
Des journalistes géorgiens ont manifesté hier (11 juillet) suite à l'arrestation de trois photographes accusés d'espionnage pour le compte de la Russie. Cette affaire inquiète les diplomates et a secoué les médias de l'ancienne république soviétique.
Des journalistes géorgiens ont manifesté hier (11 juillet) suite à l'arrestation de trois photographes accusés d'espionnage pour le compte de la Russie. Cette affaire inquiète les diplomates et a secoué les médias de l'ancienne république soviétique.
Les trois photographes, dont le photographe personnel de Mikhaïl Saakashvili, ont été arrêtés jeudi passé et accusé de communiquer des informations secrètes sur les déplacements du président aux services de renseignements russes.
Le gouvernement réfute le fait que ces arrestations fassent partie d'une campagne anti-médias, mais les preuves fournies jusqu'à présent par la police alimentent les soupçons des journalistes et des groupes de défense des droits de l'Homme géorgiens.
L'un des accusés, Giorgi Abdaladze, a fait une déclaration lundi, affirmant que lui-même et Irakli Gedenidze, le photographe de M. Saakashvili, avaient subi des représailles pour des photos qu'ils avaient prises le 26 mai. Ce jour-là, la police avait utilisé des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des canons à eau pour mettre fin à cinq jours de manifestations organisées par l'opposition et faire place à une parade militaire.
M. Saakashvili avait alors déclaré que la Russie avait instigué ces manifestations.
M. Abdaladze, qui fait une grève de la faim, travaillait comme photographe indépendant pour le ministère géorgien des affaires étrangères et faisait partie de l'équipe du média de l'opposition Alia. Il avait envoyé les photos à l'Associated Press.
Des dizaines de journalistes, manifestant devant le ministère géorgien des affaires étrangères, ont exigé que les autorités lèvent le voile du secret d'Etat sur cette affaire et ont relayé les appels de Reporters sans frontières pour qu'une enquête objective et transparente soit menée.
Ces arrestations sont les dernières en date à viser de soi-disant espions russes en Géorgie depuis le conflit qui a opposé ces deux voisins en août 2008 en Ossétie du Sud (voir « Contexte »).
Les manifestations ont à nouveau attiré l'attention sur l'état de la liberté de la presse dans le pays, un sujet qui inquiète les alliés occidentaux de la Géorgie depuis la prise de pouvoir de M. Saakashvili en 2003 après la révolution des Roses.
Un haut diplomate occidental a déclaré que cette question serait abordée mardi lors de la réunion ordinaire des ambassadeurs de l'Union européenne en place à Tbilissi. Les diplomates ont exprimé leurs inquiétudes quant à la transparence de l'enquête et au climat général d'« espionnite » qui se répand dans la société géorgienne.
L'agence EPA étonnée
M. Abdaladze et M. Gedenidze sont accusés d'avoir fait passer des documents confidentiels à Zurab Kurtsikidze, qui travaille pour l'European Pressphoto Agency (EPA) basée à Francfort. Ces documents comprendraient notamment un plan du bâtiment présidentiel ainsi que les itinéraires empruntés par M. Saakashvili lors de ses voyages.
M. Kurtsikidze est accusé d'avoir transmis des documents à la puissante agence militaire russe de renseignements.
Toutefois, certaines des preuves communiquées jusqu'à présent, y compris des conversations téléphoniques enregistrées à leur insu, concernent un paiement effectué par l'EPA pour des photographies prises par M. Gedenidze et M. Abdaladze. Ces preuves montrent que M. Kurtsikidze a effectué ce paiement à partir du bureau moscovite de l'EPA, une pratique normale pour une agence de presse internationale.
Dans une vidéo de la police, M. Gedenidze confie à des enquêteurs qu'il suspectait que les pièces fournies à M. Kurtsikidze étaient destinées à un service de renseignements mais que journaliste le faisait chanter. La femme de M. Gedenidze, Natia, était en détention à ce moment-là, mais elle fut libérée sous caution peu après.
Le rédacteur en chef de l'EPA, Cengiz Seren, s'est dit étonné de ces accusations.
« Mon Dieu, cela me rappelle l'époque où j'étais un jeune journaliste quand il y avait deux blocs », a-t-il déclaré, faisant référence à la guerre froide.
Concernant les documents qui auraient été trouvés dans l'appartement de M. Kurtsikidze, il a dit à Reuters : « Il s'agit de choses dont nous disposons généralement pour ce type de couverture ».
« S'il existe une preuve qu'il s'agisse d'une affaire d'espionnage […] pourquoi ne la montrent-ils pas ? ».
Dans une déclaration, M. Abdaladze a expliqué : « Les photos prises par moi-même et Irakli [Gedenidze] ont fait le tour du monde, elles ont été publiées dans des magazines et des journaux dans des pays où Mikhaïl Saakashvili se décrit comme un grand démocrate ».
Les trois hommes risquent des peines de prison de 8 à 12 ans s'ils sont déclarés coupables. Le taux d'acquittement des tribunaux géorgiens était de 0,2 % en moyenne l'an dernier.
EURACTIV avec Reuters – Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet