L'accord commercial avec l'UE déclenche une lutte acharnée autour des quotas au sein du Mercosur

Les pays d'Amérique du Sud ne parviennent pas à s'entendre sur la répartition des exportations vers l'UE

EURACTIV.com
[Photo : Boris Roessler/picture alliance via Getty Images]

Les pays du Mercosur restent en désaccord sur la manière de répartir les exportations vers l’UE bénéficiant de droits de douane réduits ou nuls, dans le cadre de leur accord commercial récemment mis en œuvre.

En vertu de l’accord commercial UE-Mercosur, en vigueur à titre provisoire depuis le 1er mai, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay peuvent exporter vers l’UE des quantités déterminées de produits agroalimentaires à des taux tarifaires préférentiels.

Mais les quatre pays ne se sont pas encore mis d’accord sur la répartition de ces quotas et appliquent pour l’instant le principe du « premier arrivé, premier servi ».

Cette question a dominé le sommet des dirigeants du Mercosur, qui s’est achevé mardi à Asunción, au Paraguay. Organisée par le président paraguayen Santiago Peña, la réunion a rassemblé le Brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et l’Uruguayen Yamandú Orsi, tandis que le président argentin Javier Milei brillait par son absence.

Santiago Peña s’impose comme le critique le plus virulent de ce qu’il considère comme un accord profondément inégalitaire. Le Paraguay, qui a assuré la présidence tournante du bloc jusqu’en juillet, avait plaidé en faveur d’une répartition équitable des quotas entre les quatre membres, une proposition rejetée par ses partenaires.

« Le Paraguay a gardé un goût amer après la mise en œuvre de cet accord », a déclaré Peña.

Il a fait valoir que le Paraguay est désavantagé face aux poids lourds économiques que sont le Brésil et l’Argentine, et a appelé à une solution plus équitable.

« Sans justice, il ne peut y avoir de Mercosur, il ne peut y avoir d’intégration, il ne peut y avoir d’amitié sincère entre nous », a déclaré Peña à ses homologues, ajoutant que cet accord est essentiel au développement économique du Paraguay.

Ce débat a mis en évidence des divisions au sein du bloc.

Au cours des premiers mois de l’accord, l’Uruguay a utilisé plus de 60 % de son quota de riz en moins d’un mois, tandis que l’Argentine a absorbé 80 % des quantités de miel disponibles au cours des trois premiers mois de l’accord.

Le Brésil, puissance agroalimentaire de la région et grand exportateur de viande bovine, souhaite que les quotas soient répartis en fonction de la part de chaque pays dans le commerce mondial. L’Argentine et l’Uruguay sont favorables à une répartition basée sur la moyenne historique de leurs exportations vers l’UE, ont indiqué deux personnes impliquées dans les négociations.

L’Uruguay, qui a pris mardi la présidence tournante du bloc, dirigera désormais les négociations jusqu’à la fin de l’année.

Du côté de l’UE, l’attribution des quotas fait également l’objet de controverses, les groupes du secteur agroalimentaire mettant en garde contre une faille dans le texte qui permet aux gouvernements du Mercosur de décider unilatéralement quelles entreprises peuvent exporter vers l’Union.

(adm, cm)