40 ans après, l’Europe hésite à commémorer le Printemps de Prague [FR]
Le 21 août 1968, la répression suite au soulèvement de Prague avait amorcé la fin des régimes de type soviétique. Aujourd’hui, l’importance de l’événement est néanmoins négligée. Jean-Michel de Waele, professeur de science politique à l’université libre de Bruxelles (ULB), livre ses réflexions sur ces journées historiques dans un entretien à EURACTIV.
Le 21 août 1968, la répression suite au soulèvement de Prague avait amorcé la fin des régimes de type soviétique. Aujourd’hui, l’importance de l’événement est néanmoins négligée. Jean-Michel de Waele, professeur de science politique à l’université libre de Bruxelles (ULB), livre ses réflexions sur ces journées historiques dans un entretien à EURACTIV.
Selon M. De Waele, la tentative ratée des dirigeants tchèques et slovaques de réformer le régime communiste de l’intérieur avait révélé l’incapacité de l’Union soviétique à accepter la décentralisation et la démocratisation. Cet échec constituait le signe avant-coureur de la crise qui allait finalement entraîner la chute du communisme 20 ans plus tard.
Mais M. De Waele considère que l’importance de cet évènement est négligée de nos jours. Dans l’imaginaire populaire, le soulèvement de Solidarno?? dans les années 1980 en Pologne a désormais éclipsé le Printemps de Prague, bien que les deux évènements revêtent la même importance, indique-t-il.
M. De Waele affirme que « Solidarno?? […] est devenu une partie de l’histoire de la Pologne reprise et défendue par les gouvernements polonais, ce que le gouvernement Tchèque fait nettement moins pour le Printemps de Prague. Et pourtant, je reste quant à moi persuadé que le Printemps de Prague a joué un rôle absolument fondamental ».
« Je pense que les dissidents de Solidarno?? ont tiré les leçons de l’échec du Printemps de Prague. Je pense que Bronislav Geremek (dissident et responsable politique polonais de centre-droit récemment tué dans un accident de la route, EURACTIV 14/07/08) pourrait, s’il était encore parmi nous, expliquer combien le Printemps de Prague, combien cet échec a pu pendant les années suivantes marquer les consciences, par exemple en Pologne », a affirmé M. De Waele.
Selon le professeur belge, les puissances occidentales, tout particulièrement les Etats-Unis, entretenaient des relations ambiguës avec le bloc soviétique lors de la guerre froide. En effet alors qu’elles aidaient les dissidents, elles cherchaient en outre à stabiliser les régimes en faisant du commerce avec eux. Il explique cela ainsi : « On craignait une instabilité qui aurait pu mener à un conflit nucléaire ». Il admet toutefois que les évènements d’août 1968 en Tchécoslovaquie ont constitué un signal pour les Occidentaux, qui se sont alors rendu compte de la faiblesse des régimes totalitaires.
D’après M. De Waele, une telle ambiguïté ainsi qu’une attitude laxiste vis-à-vis des droits de l’homme se retrouvent aujourd’hui dans les relations avec d’autres pays : « On dirait avec les Jeux Olympiques de Pékin que les Occidentaux sont décidemment très aveugles sur la question des Droits de l’Homme. Selon que vous soyez riche ou pas, les Occidentaux sont plus ou moins exigeants ».
Même dans les sociétés modernes, l’histoire soit manipulée pour répondre à des visions simplistes, regrette-t-il. Il souligne d’ailleurs qu’il y a 20 ans, la Yougoslavie était un pays relativement démocratique et libre alors qu’aujourd’hui, tout ce qui s’y rattache est vu négativement. M. De Waele ne croit pas aux projets de création d’une histoire européenne commune ; il préfère espérer que tous les peuples auront le courage d’appréhender objectivement l’histoire de leur pays.