Le Danemark veut délocaliser l'examen des demandes d'asile pour affaiblir les passeurs
« Ce qu'ils vendent, c'est un produit, et ce produit, c'est l'accès aux pays européens », a déclaré le ministre danois de l'Immigration à propos des passeurs.
Pour le ministre danois de l’Immigration, l’externalisation des procédures d’asile est le meilleur moyen de « briser le modèle économique » des passeurs, alors que se tient à Copenhague une réunion informelle des ministres européens chargés des migrations.
Le traitement des demandes d’asile « n’est pas nécessairement quelque chose qui doit se faire au sein de l’UE », a-t-il expliqué, qualifiant les flux migratoires de système géré par « des organisations qui gagnent des milliards chaque année ».
À l’ordre du jour de la réunion de Copenhague : la réglement de la Commission sur les retours et les propositions relatives aux pays tiers sûrs, des dossiers qui pourraient redéfinir les politiques d’asile des pays de l’UE.
Les demandeurs d’asile pourraient ainsi être expulsés vers des pays qu’ils ont traversés – ou vers certains dans lesquels ils ne sont même jamais entrés – si des accords existent sur le papier. L’exigence obligatoire du « lien » serait supprimée, laissant aux législations nationales le soin de décider les critères à prendre en compte.
« Ce qu’ils vendent, c’est un produit, et ce produit, c’est l’accès aux pays européens », a déclaré Kaare Dybvad à propos des passeurs. « Si nous dévaluons ce produit et rendons leur tâche impossible, il sera beaucoup plus difficile de transférer des personnes », a-t-il ajouté.
La solution, selon lui, réside dans la conclusion d’accords avec des pays tiers, un sujet clé de cette réunion informelle qui devrait définir les priorités à mettre en oeuvre en matière de migration après la pause estivale.
Plus tôt, le vice-ministre polonais de l’Intérieur, Maciej Duszczyk, avait confirmé qu’il existait des « idées » pour créer de nouveaux centres de retour dans des pays tiers, sans toutefois nommer les sites potentiels.
L’accord sur l’asile entre l’Italie et l’Albanie, souvent évoqué, reste dans les limbes, mais ce dernier fait l’objet d’un examen juridique de plus en plus minutieux. Le dernier coup dur est venu de la Cour suprême italienne, qui l’a jugé potentiellement inconstitutionnel, ravivant les tensions entre le pouvoir judiciaire et le gouvernement Meloni.
« Le système d’asile européen est défaillant, nous avons besoin de solutions innovantes », continue pourtant Kaare Dybvad.
Interrogé sur les réserves bien connues de l’Espagne concernant les centres de retour, le ministre a déclaré : « Je pense qu’il est trop tôt pour dire si l’Espagne doit y participer ou non », ajoutant : « C’est l’un des sujets de discussion aujourd’hui et dans les mois à venir. »
Le ministre danois reconnu l’existence de divergences entre les États membres, mais a souligné qu’« une grande majorité d’entre eux soutiennent désormais des solutions innovantes ».
Rejetant l’idée d’une division nord-sud, il a souligné : « Je ne vois pas cela comme un conflit entre le nord et le sud. Je vois simplement un conflit entre différents points de vue et la manière dont nous gérons les migrations en Europe ».