Europe - États-Unis : Je t’aime, moi non plus
En visite à Paris, le conseiller senior du programme Europe du Center for Strategic and International Studies de Washington, Simon Serfaty, a fait le point sur les relations entre l’UE et les États-Unis, vues depuis l’autre coté de l’Atlantique.
En visite à Paris, le conseiller senior du programme Europe du Center for Strategic and International Studies de Washington, Simon Serfaty, a fait le point sur les relations entre l’UE et les États-Unis, vues depuis l’autre coté de l’Atlantique.
« Aucune nation, quelle que soit sa puissance, ne peut seul gérer l’agenda du moment, les dossiers sont trop nombreux et trop divers « , a souligné le conseiller senior du programme Europe du Center for Strategic and International Studies de Washington, Simon Serfaty, lors d’une rencontre, jeudi 16 décembre, à la Fondation Robert Schuman.
« Les États-Unis sont prêts, plus que jamais, à accepter un partenariat d’égal à égal. C’était l’essence du discours d’Obama en avril 2009 à Strasbourg. Mais il n’y a pas eu véritablement de réponse et cette disponibilité pourrait ne pas durer », a souligné le conseiller.
D’autant plus que les deux ensembles évoluent dans un environnement loin d’être bipolaire. » Il est de plus en plus difficile pour les États-Unis et l’Europe d’aboutir aux accords voulus même quand ils s’entendent. L’occident ne peut plus être exclusif. Même une solidarité solide entre eux n’est pas suffisante. «
Si pour M. Serfaty, le seul axe de stabilité concevable est un axe Europe-États-Unis, il est nécessaire d’ajouter un troisième partenaire, qui pourrait prendre les devants sur l’Europe. Et pas la Chine et le fameux G2, mais l’Inde. « De plus en plus, Washington dirait que l’Europe est désirable mais pas indispensable, l’Inde est indispensable mais elle ne serait pas désirable en raison de tensions internes », a-t-il prévenu.
Trop discrète
M. Serfaty reproche à l’Europe de ne pas assez s’exprimer sur les enjeux internationaux. «Elle est trop timide dans ses déclarations, ses prises de position. S’il y a une unité au sein de l’UE autant s’exprimer. »
« Pour l’Europe, il s’agit de penser européen, pour les États-Unis c’est penser américain. Mais si cela se faisait, il n’y a aucun doute qu’il y aurait une convergence entre les deux positions, car il y a une volonté d’agir», ajoute-t-il
La discrétion de l’UE est aussi due à ceux qui l’incarnent, selon le conseiller. «Lisbonne a un peu déçu (coté américain, ndlr). C’est comme si les personnes avaient voté contre le traité en s’assurant de nommer des personnes qui n’avaient pas, pour ces postes, soit la compétence soit la visibilité. C’est surtout le cas pour Lady Ashton. Il y avait sans doute d’autres possibilités de part et d’autres de l’Europe. Si vous ajoutez à cela le manque de moyens pour mettre sur pied le corps diplomatique, les choix d’ambassadeurs trop politisés … »
Herman Van Rompuy en prend aussi pour son grade. « Cette nouvelle couche bureaucratique assez confuse a expliqué pourquoi Obama n’est pas allé au sommet États-Unis-Union européenne d’avril 2010. Ce n’était pas un rejet de l’Europe mais sa façon de dire qu’il ne savait pas à qui s’adresser.»
Amour unilatéral
Le président américain n’est pas le plus grand promoteur des relations entre les deux grands pôles. Pour M. Serfaty, Barack Obama est « le moins européen des présidents des États-Unis de ces 50 dernières années», «le moins engagé», bien qu’il soit le plus aimé en Europe.
«Il n’a pas une affinité particulière pour l’Europe, ni ce petit quelque chose pour les Européens qu’avaient ses prédécesseurs. Il a des positions qui semblent compatibles avec les Européens, surtout après Bush. Mais il lui manque ce je ne sais quoi pour comprendre la transformation de l’Europe. C’est pour cela qu’il fait preuve d’une telle impatience sommet de l’UE.»