Ceuta n'est pas encore « revenue à la normale »

Les autorités locales affirment qu'entre 8 000 et 11 000 migrants se trouvent encore sur ce territoire espagnol d'outre-mer

EURACTIV.com
La Garde civile sur la plage de Tarajal après avoir franchi la frontière entre l'Espagne et le Maroc le 31 juillet 2026 à Ceuta, en Espagne. [Photo : Adri Salido/Getty Images]

Dix jours après qu’un afflux massif de plus de 72 000 migrants a pris d’assaut Ceuta, les forces de sécurité de ce territoire espagnol ont averti que la situation est encore loin d’être revenue à la normale.

Le ministre socialiste Ángel Víctor Torres s’est rendu lundi dans cette ville espagnole, une enclave située sur la côte nord-africaine, afin d’évaluer la crise migratoire et de rencontrer le maire de la ville, Juan Jesús Vivas, un conservateur.

Cette rencontre a lieu au lendemain d’une manifestation à Ceuta qui a rassemblé plus de 15 000 personnes réclamant la démission du Premier ministre Pedro Sánchez et du ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, qu’ils accusent d’avoir mal géré la crise.

Le gouvernement a affirmé à plusieurs reprises que 70 000 migrants sont retournés volontairement au Maroc. Cependant, Vivas estime qu’entre 8 000 et 11 000 d’entre eux se trouvent toujours à Ceuta, une ville qui compte à peine 84 000 habitants.

« Disons la vérité sur ce qui se passe », a déclaré Vivas ce week-end, rejetant les affirmations des socialistes de Sánchez selon lesquelles la situation à Ceuta serait « revenue à la normale ».

Les agents de la Garde civile et de la police réfutent les estimations officielles selon lesquelles environ 2 500 migrants se trouveraient encore dans la ville, dont 500 mineurs.

« Ce n’est pas la réalité que nous avons constatée dans les rues de Ceuta. La pression est bien plus forte que ce que dit le gouvernement », a déclaré à Euractiv Diego Madrazo, porte-parole de la principale association unifiée des gardes civils (AUGC).

Cet officier de la Garde civile a précisé que seuls 1 300 mineurs enregistrés – qui pourraient finir par être transférés vers la péninsule – se trouvent encore à Ceuta.

« De nombreux migrants campent actuellement le long de la plage », a ajouté Madrazo, soulignant que malgré une « tension » aiguë, le calme a été maintenu grâce à une présence policière et militaire renforcée, comptant environ 3 000 agents.

Les estimations du principal syndicat de police, la JUPOL, se rapprochent également de celles de Vivas. Un porte-parole du gouvernement a déclaré à Euractiv qu’aucun chiffre définitif ne serait disponible tant que le « processus d’enregistrement ne serait pas achevé ».

Nouvelle tentative

Des sources des services de renseignement espagnols ont indiqué la semaine dernière à la chaîne de radio Cadena Ser qu’une nouvelle tentative pourrait être menée par des milliers de migrants pour entrer à Ceuta le 15 août, via la digue du Tarajal.

Cette information est corroborée par les deux syndicats de police, qui mettent en garde contre une nouvelle tentative probable cette semaine.

« Des appels à une nouvelle attaque contre Ceuta circulent sur les réseaux sociaux marocains », a averti Madrazo. « Le succès ou l’échec de l’opération du 15 dépendra du royaume alaouite […] pas de nous », a-t-il ajouté (la famille royale marocaine, note de la rédaction).

« Nous demandons un renforcement permanent de nos effectifs », a déclaré un responsable de la JUPOL, précisant qu’un nouvel afflux de migrants était attendu.

Par ailleurs, selon l’agence EFE, le commandement général de Ceuta a ordonné lundi à l’ensemble du personnel militaire présent dans la ville d’annuler tous ses congés à compter de jeudi. Cet ordre reste en vigueur jusqu’à nouvel ordre, ce qui implique que tous les militaires qui étaient en congé sur le continent ou ailleurs doivent regagner immédiatement Ceuta.

(bw, ow)