Le Kazakhstan mise sur le contrôle règlementaire pour construire un marché crédible des crypto-monnaies

Il fut un temps où le Kazakhstan représentait plus de 27 % du minage mondial de bitcoins — en 2021, il était le deuxième acteur le plus important. Aujourd’hui, il suit une nouvelle voie.

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[Getty Images: d3sign]

Autrefois destination privilégiée des mineurs de bitcoins, le Kazakhstan se repositionne aujourd’hui comme une plaque tournante réglementée pour les actifs numériques. Toutefois, les progrès accomplis sont le fruit d’un exercice d’équilibre complexe : comment encourager l’innovation sans perdre le contrôle de la situation ?

En 2021, le Kazakhstan est rapidement devenu le deuxième pays au monde pour le minage de bitcoins. L’exode des mineurs numériques de Chine, motivé par des interdictions et des mesures de répression, a conduit de nombreux mineurs à se rendre au Kazakhstan, attirés par une électricité bon marché et une réglementation minimale.

À son apogée, le pays représentait plus de 27 % du minage mondial de bitcoins.

Toutefois, cet afflux rapide a mis à rude épreuve le réseau électrique national et a révélé des lacunes dans la surveillance juridique. Les opérations minières illégales se sont multipliées, ce qui a incité le gouvernement à resserrer son emprise.

En 2023, de nouvelles réglementations ont considérablement réduit les activités minières, ramenant la part mondiale du pays à 4 % et marquant le passage d’une croissance incontrôlée à un développement maîtrisé.

Une économie numérique

En réponse à la fuite des capitaux et aux transactions non réglementées — estimées à environ 15 milliards de dollars en sorties de crypto-monnaies — la Banque Nationale du Kazakhstan travaille sur un nouveau cadre juridique pour placer le marché des actifs numériques sous le contrôle de l’État.

Il s’agit notamment de définir clairement le statut juridique des actifs financiers numériques et d’introduire des exigences en matière de licence pour les prestataires de services manipulant des crypto-monnaies non sécurisées.

Le pays est également en train de mettre en place un environnement de bac à sable pour piloter des projets innovants de blockchain et des services numériques.

Les crypto-banques sont également envisagées dans le cadre de cet écosystème, conçu pour fournir des services intégrés tels que l’échange d’actifs numériques, le stockage et le soutien aux transactions dans un cadre réglementé.

Défis structurels dans un marché en croissance

Le nombre d’utilisateurs de crypto-monnaies au Kazakhstan a doublé au cours des deux dernières années, atteignant huit pour cent de la population en 2024.

Des bourses agréées opèrent désormais sous l’égide du Centre financier international d’Astana (AIFC), avec 11 plateformes offrant un accès à 112 crypto-monnaies et plus de 140 000 utilisateurs enregistrés.

Le volume des échanges a atteint 815 millions de dollars entre janvier et octobre 2024.

Pourtant, malgré cet élan, des obstacles structurels persistent. Le principal d’entre eux est la déconnexion entre le secteur des crypto-monnaies et le système bancaire traditionnel.

De nombreuses banques restent réticentes à travailler avec les entreprises de crypto-monnaies, les considérant comme des clients à haut risque. Cela limite l’accès aux services financiers essentiels, ce qui freine le développement des entreprises d’actifs numériques.

Le secteur avancé de la fintech au Kazakhstan ajoute à ce paradoxe. Grâce à la généralisation des services bancaires mobiles, aux prêts numériques rapides et aux plateformes GovTech soutenues par le gouvernement, de nombreux citoyens bénéficient déjà de services financiers numériques transparents.

Dans ce contexte, la nécessité des solutions cryptographiques pour l’utilisateur quotidien devient moins impérieuse.

Une rivalité régionale

L’approche mesurée du Kazakhstan contraste avec l’adoption rapide des crypto-monnaies par l’Ouzbékistan. En 2024, l’Ouzbékistan a fait un bond de 54 places dans l’indice mondial d’adoption des crypto-monnaies pour se classer au 33e rang, tandis que le Kazakhstan a progressé plus modestement pour atteindre le 57e rang.

Cette différence met en évidence deux stratégies divergentes : Le Kazakhstan privilégie le contrôle institutionnel et la structure réglementaire, tandis que l’Ouzbékistan favorise une adoption plus large par les particuliers.

Cette concurrence régionale rend plus urgents les efforts de réforme du Kazakhstan. Alors que l’Asie centrale devient un champ de bataille numérique, les choix réglementaires d’aujourd’hui pourraient déterminer l’influence économique à long terme et la confiance des investisseurs.

Encourager les talents locaux

Mais au-delà de la réglementation et des plateformes d’échange, l’avenir des crypto-monnaies au Kazakhstan dépendra fortement du capital humain. Le secteur est actuellement dominé par de jeunes investisseurs masculins, 83 % d’entre eux étant âgés de 18 à 34 ans.

Alors que les crypto-banques et les projets de blockchain prennent de l’ampleur, la demande de professionnels dans les domaines de la conformité, de l’analyse de la blockchain et de la lutte contre le blanchiment d’argent augmente rapidement.

Cependant, la visibilité est limitée sur la façon dont le Kazakhstan alimente ce vivier de talents. Sans initiatives éducatives ciblées et sans soutien aux startups de la blockchain, le pays risque de construire une coquille réglementaire sans le noyau innovant nécessaire pour la soutenir.

Suivre les tendances mondiales

La stratégie du Kazakhstan en matière d’actifs numériques s’inscrit dans le contexte d’un marché mondial en plein essor. Avec une capitalisation du marché des crypto-monnaies dépassant les 2 700 milliards de dollars et plus de 580 millions d’utilisateurs dans le monde, l’adoption institutionnelle s’accélère.

L’approche réglementaire du pays fait écho aux efforts européens visant à donner la priorité à la protection des consommateurs et à la stabilité du marché.

Toutefois, le Kazakhstan se distingue par un soutien continu à son secteur minier — autorisant les principaux opérateurs à construire des sources d’énergie indépendantes — contrairement à de nombreux pays européens où les préoccupations environnementales ont entraîné des restrictions en matière d’exploitation minière.

Si les nouvelles règles peuvent s’avérer contraignantes pour les petites entreprises et les startups, l’établissement de paramètres juridiques clairs pourrait ouvrir la voie à la croissance et attirer des investissements à long terme.

Les recettes générées par les crypto-monnaies au Kazakhstan devraient atteindre 101,4 millions de dollars d’ici 2025, et le nombre d’utilisateurs devrait dépasser les 923 000 au cours de cette année. Ces tendances font du pays un concurrent sérieux dans l’économie numérique de l’Asie centrale.

Si le Kazakhstan parvient à trouver le bon équilibre entre réglementation et ouverture, il pourrait devenir un modèle de gouvernance cryptographique, tant dans la région qu’au-delà.