Les Capitales — Accord États-Unis–UE : une poignée de main, beaucoup de concessions côté européen
Aujourd’hui dans Les Capitales : l’accord commercial UE–États-Unis divise, Viktor Orbán brandit la menace d’un veto sur le prochain budget de l’UE, le scandale de corruption s’intensifie autour du PSOE en Espagne, et un ministre roumain quitte le gouvernement après avoir admis le versement de pots-de-vin.
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À LA UNE
Après des mois de menaces tarifaires, de provocations sur les réseaux sociaux et de tensions entre capitales européennes sur la riposte à adopter, Donald Trump a obtenu ce qu’il était venu chercher en Europe : un accord avec Ursula von der Leyen. Celui-ci prévoit un droit de douane de 15 % sur la plupart des produits européens. Une concession bien au-delà du « 0 % » de part et d’autre initialement proposé par Bruxelles, mais en deçà des 30 % précédemment brandis par le président américain.
Il est difficile de dire ce qui a été le plus gênant lors de la réunion entre les chefs des deux plus grandes économies mondiales, qui s’est tenue en Écosse dimanche 27 juillet, dans une salle de bal fastueuse qui porte le nom du républicain.
Était-ce lorsque Ursula von der Leyen l’a remercié pour un accord qui pénalisera lourdement les exportateurs européens souhaitant accéder au marché américain ? Ou lorsqu’elle l’a qualifié de « négociateur et homme d’affaires difficile », avant que Donald Trump ne l’interrompe pour insister sur le fait qu’il était également « juste » — et qu’elle ait timidement approuvé ?
Ou encore lorsqu’il a aligné ses victoires ? L’UE fera 750 milliards de dollars d’achats d’énergie américaine, 600 milliards d’investissements aux États-Unis, et achètera une « quantité considérable » de matériel militaire américain, a fait savoir le locataire de la Maison-Blanche.
Les avertissements lancés depuis des mois par Bruxelles, selon lesquels des droits de douane plus élevés finiraient par nuire aux consommateurs du monde entier, y compris aux Américains, ne semblent pas avoir été entendus hier. Et la Commission a cédé.
« Je pense que c’est formidable que nous ayons conclu un accord aujourd’hui au lieu de jouer au chat et à la souris », s’est réjoui Donald Trump. La présidente de la Commission a qualifié l’accord — dans des termes presque trumpiens — d’« énorme », et les responsables de l’UE l’ont soutenue en le qualifiant de « plus grand accord commercial jamais conclu ». Elle a expliqué dimanche qu’il s’agit du « meilleur accord que nous pouvions obtenir ». Une formule qui révèle surtout à quel point l’UE a négocié sans jamais vraiment menacer Washington en retour.
Répondant aux critiques, le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič a déclaré lundi 28 juillet face à la presse à Bruxelles que l’accord est « meilleur qu’une guerre commerciale avec les États-Unis », ajoutant lui aussi qu’il s’agit « clairement » du « meilleur accord que nous pouvions obtenir dans des circonstances très difficiles ».
Difficile pourtant de faire passer la pilule auprès de certains. Alors que l’UE envisageait encore récemment un plafond à 10 %, le résultat final suscite des remous.
L’ancien haut fonctionnaire européen John Clarke a fustigé « le pire accord commercial jamais conclu » par Bruxelles. Même au sein du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, le parti d’Ursula von der Leyen, plusieurs députés européens estiment qu’il s’agit d’un accord visant simplement à limiter les dégâts et mis en garde contre ses conséquences néfastes pour l’industrie européenne.
Les dirigeants qui avaient plaidé pour l’apaisement, comme le chancelier allemand Friedrich Merz ou la Première ministre italienne Giorgia Meloni, ont salué la signature de l’accord, soulignant la nécessité de stabilité. En France Emmanuel Macron, partisan d’une ligne plus ferme, est resté silencieux. Plusieurs ministres français ont toutefois dénoncé un accord « déséquilibré ».
Ursula von der Leyen tenté de mettre en avant quelques acquis : droits de douane moins élevés que ceux imposés à certains autres pays, exemptions de droits de douane sur les avions et d’autres produits (une liste qui pourrait encore s’allonger), plafonnement à 15 % pour les produits pharmaceutiques… mais le flou demeure pour certains secteurs. Et si des importations agricoles américaines pourraient désormais bénéficier d’une exemption de droits de douane (on ne sait pas encore lesquelles), la plupart des protections existantes de l’UE semblent intactes.
À Bruxelles, certains regrettent déjà de ne pas avoir opposé de riposte plus ferme lors des premières hausses tarifaires imposées par Washington. D’autant que les négociations sur les détails ne sont pas terminées et que le président américain pourrait continuer à maintenir la pression sur le bloc des Vingt-Sept.
La cheffe de l’exécutif européen et ses soutiens espèrent avoir ramené un peu de stabilité avec ce deal. Mais comme souvent avec Donald Trump, tout dépendra de son bon vouloir.
L’enjeu dépasse le simple commerce des marchandises, qui ne représente qu’une facette des relations entre l’UE et les États-Unis. Il s’agit en effet de ne pas froisser Donald Trump, puisque l’Europe dépend des États-Unis pour sa sécurité et souhaite maintenir une bonne relation avec Washington, notamment dans le cadre de la guerre en Ukraine.
INSTITUTIONS EUROPÉENNES
Lobbying : les ONG défient Bruxelles. La plupart des organisations non gouvernementales financées par l’UE ont ignoré la demande de la Commission européenne de reformuler leurs accords de financement à la suite d’un scandale concernant l’utilisation de fonds européens pour faire pression sur les députés européens.
Selon une lettre datée du 24 juillet, consultée par l’équipe des Capitales, les 28 ONG qui ont reçu des fonds dans le cadre du programme de financement pour l’environnement et l’action pour le climat (LIFE) de l’UE n’ont pas mis à jour leurs accords de subvention, bien qu’elles en aient le droit, les contrats ayant désormais expiré. C’est ce qu’indique le commissaire au Budget Piotr Serafin dans une lettre adressée à Niclas Herbst, en charge de la lutte antifraude au Parlement européen.
Sous la pression des législateurs de droite, Piotr Serafin a reconnu plus tôt cette année qu’il était « inapproprié que certains services de la Commission » obligent « les ONG à faire spécifiquement pression sur les membres du Parlement européen ». La Commission a depuis publié des lignes directrices actualisées.
Sur les 30 ONG qui reçoivent des financements provenant de la direction générale de la santé de la Commission jusqu’en 2027, seule la moitié a demandé que ses contrats soient modifiés conformément aux nouvelles lignes directrices, peut-on lire dans la lettre.
Une nouvelle commission d’enquête parlementaire, pilotée par Dirk Gotink (PPE) et Carlo Fidanza (CRE), entamera ses travaux après la pause estivale pour examiner d’autres cas et contrats de financement similaires.
Viktor Orbán menace de bloquer le prochain budget de l’UE. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a averti samedi 26 juillet qu’il s’opposerait à l’adoption du prochain budget pluriannuel de l’Union européenne — d’un montant de 2 000 milliards d’euros pour la période 2028-2034 — tant que l’UE ne débloquera pas les fonds européens gelés à la Hongrie en raison de violations persistantes de l’État de droit.
Le nationaliste hongrois, dont le gouvernement est en conflit depuis des années avec Bruxelles sur des questions telles que la justice, les droits LGBTQ+ ou l’indépendance des médias, a expliqué que l’approbation du budget nécessitant l’unanimité, il y mettra son veto si les fonds pour Budapest restent bloqués. Il a également vivement critiqué le soutien de l’UE à l’Ukraine, accusant les dirigeants européens de chercher à installer en Hongrie un gouvernement « pro-Ukraine et pro-Bruxelles » lors des élections de 2026.
En parallèle, son principal rival, Péter Magyar, chef du parti d’opposition Tisza, a promis de rétablir des relations constructives avec l’UE et l’OTAN s’il était élu. Il a dénoncé la politique d’isolement de Viktor Orbán, affirmant que l’avenir de la Hongrie est fermement ancré dans l’Europe. Pour en savoir plus (en anglais).
LES CAPITALES
BERLIN
Cessez-le-feu à Gaza : Friedrich Merz presse Benyamin Netanyahou d’agir. Lors d’un échange téléphonique dimanche 27 juillet, le chancelier allemand Friedrich Merz a exhorté le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à prendre toutes les mesures nécessaires pour obtenir un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza et permettre un accès accru à l’aide humanitaire pour les civils.
Un porte-parole du gouvernement a précisé que l’Allemagne envisageait de contribuer à cet effort en coordination avec la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et les pays arabes — sans toutefois détailler les mesures envisagées.
Cet appel intervient alors que les pressions internationales se multiplient pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient. La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron a annoncé que la France allait reconnaître l’État palestinien, devenant ainsi le premier pays du G7 à franchir ce cap.
Malgré son déficit excessif, l’Allemagne ne devrait pas être sanctionnée par la Commission. La Commission européenne ne devrait probablement pas engager de procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Allemagne, malgré un déficit budgétaire prévu à 3,3 % du PIB en 2025, dépassant le plafond des 3 % fixé par l’UE.
Dans un entretien accordé au Financial Times, le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a expliqué que le dépassement est entièrement attribuable à des dépenses de défense, lesquelles peuvent désormais être partiellement exemptées dans le cadre des nouvelles règles budgétaires européennes.
Ces règles, adoptées récemment avec le soutien de l’Allemagne, permettent en effet aux États membres de ne pas comptabiliser certaines dépenses militaires dans le calcul du déficit. Valdis Dombrovskis a indiqué qu’une évaluation finale de la situation allemande serait réalisée au printemps 2025, lorsque les données budgétaires complètes seront disponibles. Si les projections actuelles se confirment, l’Allemagne pourrait éviter des sanctions.
BUDAPEST
Accord UE-États-Unis : Viktor Orbán qualifie Ursula von der Leyen de « poids plume » face à Donald Trump. Le Premier ministre hongrois a critiqué lundi 28 juillet la présidente de la Commission européenne pour ne pas avoir réussi à conclure un accord plus favorable avec le président américain Donald Trump, résumant les négociations par une formule choc : « Trump a mangé von der Leyen pour le petit-déjeuner ». Un article de Nicoletta Ionta.
MADRID
Le scandale de corruption qui touche le PSOE ne ruinera pas les vacances de Pedro Sánchez. Sous le feu des critiques dans son pays, le Premier ministre Pedro Sánchez reste confiant malgré le scandale de corruption qui secoue son parti, le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE). Mais si, pour l’instant, il profite du soleil à Lanzarote — son lieu de villégiature annuel —, à Madrid, la tension monte. Lire l’article de Inés Fernández-Pontes.
VARSOVIE
Pologne : le président du parlement aurait subi des pressions pour bloquer l’investiture de Karol Nawrocki. Le président polonais Andrzej Duda doit rencontrer en août le président du parlement, qui affirme avoir été soumis à des pressions pour bloquer l’investiture du président élu, le conservateur Karol Nawrocki. Aleksandra Krzysztoszek nous en dit plus.
BUCAREST
Empêtré dans un scandale de corruption, le ministre roumain chargé de la réforme fiscale démissionne. Nommé il y a à peine un mois, Dragoș Anastasiu quitte le gouvernement d’Ilie Bolojan, emporté par une affaire de pots-de-vin versés à un inspecteur des impôts, dans une administration qu’il était chargé de réformer. Par Catalina Mihai.
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Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax et Nicoletta Ionta.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]