Les Capitales : La reconnaissance de la Palestine divise les États de l’UE

Aujourd’hui dansLes Capitales : les États membres de l’UE en ordre dispersé au sujet de la reconnaissance de la Palestine, les demandes au titre du programme SAFE de prêts pour la défense excèdent l’enveloppe prévue, la Pologne prolonge les contrôles aux frontières avec l’Allemagne et la Lituanie, et le Portugal s’oppose aux projets de taxe de l’UE sur le tabac pour financer le budget européen.

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À LA UNE

Alors que la guerre à Gaza se poursuit et que la famine y fait des ravages, les gouvernements des États membres de l’UE intensifient leurs pressions sur Israël.

Le pays fait face à sa plus forte réaction diplomatique européenne depuis des années. Même l’Allemagne, longtemps considérée comme l’alliée la plus indéfectible de Tel-Aviv, durcit désormais son ton.

Certains États membres acheminent de l’aide humanitaire par avion aux Palestiniens et envisagent de suspendre la participation d’Israël au programme phare de l’Union pour la recherche et l’innovation, Horizon Europe.

L’expression « tsunami diplomatique », autrefois utilisée par d’anciens responsables israéliens pour décrire une vague mondiale de réactions hostiles, refait surface dans les médias du pays.

Au cœur du débat politique européen se trouve actuellement une question aussi controversée qu’ancienne : l’Union européenne doit-elle reconnaître officiellement l’État palestinien ?

La France, avec le soutien de l’Arabie saoudite, tente de créer une dynamique conduisant davantage de pays à reconnaître la Palestine en vue de l’Assemblée générale de l’ONU de septembre. Compte tenu de son statut quasi étatique actuel, une telle reconnaissance aurait une valeur largement symbolique. Il s’agirait en effet d’un geste moral et politique fort, mais peu susceptible de changer la réalité sur le terrain.

Des pays comme l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie et la Norvège ont déjà franchi le pas l’an dernier. D’autres, dont le Royaume-Uni, Malte et la Finlande, ont récemment annoncé leur volonté de faire de même. Mais ce mouvement reste loin de faire l’unanimité.

Dans plusieurs anciens pays communistes de l’UE qui soutenaient autrefois la reconnaissance, l’enthousiasme est retombé.

Par ailleurs, en Finlande, le Parti de la coalition nationale (KOK) au pouvoir a été contraint de revenir sur son soutien après que ses partenaires de coalition — les Vrais finlandais (PS), le Parti populaire suédois de Finlande (SFP) et les Chrétiens-démocrates — ont déclaré n’avoir pas été consultés. Un désaccord qui menace désormais la stabilité du gouvernement.

En Belgique, les factions de droite du gouvernement — le parti nationaliste Nouvelle alliance flamande (N-VA) et le Mouvement réformateur (MR) libéral — s’opposent à la reconnaissance, entrant en conflit avec le parti centriste Les Engagés, les chrétiens-démocrates et les socialistes flamands.

Au Portugal, le Premier ministre de centre-droit Luis Montenegro, sous la pression du parti populiste d’extrême droite Chega, a opté pour la prudence. Il s’engage à rechercher un consensus avant de prendre une décision.

La France fait valoir que la reconnaissance de la Palestine pourrait relancer la solution des deux États, en soulignant l’accord inédit conclu la semaine dernière entre les pays arabes et européens, qui subordonne la création d’un État palestinien à la dissolution du groupe terroriste palestinien du Hamas et à l’abandon du contrôle de Gaza.

Le Hamas, cependant, insiste sur le fait qu’il ne déposera les armes qu’une fois qu’il aura un État. Israël et les États-Unis y voient un piège, craignant qu’une reconnaissance ne renforce le Hamas et n’enterre toute perspective de négociation en vue d’une paix.

Pendant ce temps, sur le terrain, la guerre s’intensifie. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, confronté à la pression de sa coalition d’extrême droite, poursuit et étend l’offensive à Gaza, après la diffusion de vidéos des otages Rom Braslavski et Evyatar David. Vingt otages seraient encore en vie, et le Premier ministre promet leur libération par la force militaire.

Benyamin Netanyahou s’accroche au pouvoir avec le soutien de ministres d’extrême droite, ces derniers ayant tout de même menacé de renverser le gouvernement s’il mettait fin à la guerre.

Toutefois, cette approche de la guerre a suscité une condamnation rare d’anciennes figures israéliennes de la sécurité et de l’armée, qui ont lancé un appel public en faveur d’un cessez-le-feu — un appel resté lettre morte.

Au niveau de l’UE, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a mené la réponse du bloc, dénonçant les vidéos d’otages diffusées par le Hamas et le Jihad islamique, un autre groupe armé palestinien.

Le président Emmanuel Macron a quant à lui dénoncé la « cruauté abjecte » et l’« inhumanité sans limite » du Hamas, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que le groupe torturait les otages, terrorisait Israël et « utilisait la population de Gaza comme bouclier humain ».

La commissaire européenne chargée de l’aide humanitaire, la Belge Hadja Lahbib, a ensuite exhorté Israël à laisser passer l’aide et à cesser d’entraver l’accès des organisations humanitaires de l’UE.

Kaja Kallas a été la première à réagir depuis Bruxelles, et un commentaire du député estonien Marko Mihkelson, membre éminent du Parti de la réforme d’Estonie autrefois dirigé par Kaja Kallas elle-même, résume bien sa position : « La barbarie du Hamas rend impossible pour l’Estonie et les pays qui partagent ses valeurs de reconnaître la Palestine ».

L’Estonie et d’autres pays baltes, de même que l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la République tchèque ne reconnaissent pas la Palestine.

Alors que le compte à rebours avant la réunion de l’ONU en septembre a commencé, le débat interne en Europe devrait s’intensifier. D’ici là, Benyamin Netanyahou tient bon, soutenu par l’Américain Donald Trump, tandis que les otages restent prisonniers et que la guerre se poursuit.


INSTITUTIONS EUROPÉENNES

Migrations : des vols Minsk-Benghazi inquiètent l’UE. La Commission européenne mène une enquête sur une série de vols inhabituels reliant Minsk (Biélorussie) à Benghazi (Libye), sur fond de craintes d’une nouvelle vague de migration irrégulière vers l’Europe du Sud, possiblement orchestrée avec l’appui de la Russie, a confié un responsable européen à notre journaliste Sarantis Michalopoulos.

Défense : les demandes de prêts au titre du programme SAFE « bien supérieures » à 150 milliards d’euros. Les demandes de prêts émanant des 18 pays ayant manifesté leur intérêt dans le programme de financement de la défense SAFE de l’UE dépassent les 150 milliards d’euros disponibles, ont indiqué plusieurs sources à Euractiv. Notre journaliste défense Charles Cohen nous en dit plus.

Climat : l’UE pourrait engranger 1 000 milliards d’euros en taxant vraiment l’aviation, notamment les jets privés. L’UE pourrait multiplier par dix ses recettes issues du marché du carbone en supprimant les exemptions dont bénéficie le secteur aérien et en appliquant pleinement ses règles en matière d’émissions au secteur, selon une étude de Carbon Market Watch. Par Stefano Porciello.


LES CAPITALES

VARSOVIE

La Pologne prolonge les contrôles aux frontières avec l’Allemagne et la Lituanie. Le ministre polonais de l’Intérieur, Marcin Kierwiński, a annoncé dimanche 3 août la prolongation de deux mois des contrôles aux frontières avec l’Allemagne et la Lituanie, invoquant des inquiétudes concernant le déplacement des flux migratoires irréguliers vers la région baltique. Un article de Aleksandra Krzysztoszek.

LISBONNE

Le Portugal s’oppose à la proposition de taxe de l’UE sur le tabac. Alors que la Commission européenne envisage de créer une nouvelle taxe sur le tabac pour alimenter le futur budget de l’UE, le Portugal se joint à plusieurs États membres pour exprimer son opposition. Lisbonne alerte sur une potentielle perte de recettes fiscales nationales estimée à 1,5 milliard d’euros. Plus d’infos avec Sarantis Michalopoulos.

MADRID

Teresa Ribera accusée d’avoir dissimulé des informations lors de son audition de confirmation au Parlement européen. L’Espagnole Dolors Montserrat, secrétaire générale du Parti populaire européen (PPE), a demandé dimanche 3 août à la Commission européenne de déterminer si sa compatriote socialiste Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de l’exécutif européen, avait induit les eurodéputés en erreur lors de son audition de confirmation devant le Parlement européen.

Dans une question soumise à la Commission, Dolors Montserrat a accusé Teresa Ribera d’avoir caché des informations essentielles sur les inondations dévastatrices qui ont frappé le sud-est de l’Espagne en octobre dernier, faisant 228 morts. Dolors Montserrat affirme que la Confédération hydrographique du Júcar, une autorité espagnole chargée de la gestion du bassin fluvial et placée sous le contrôle du ministère que dirigeait alors Teresa Ribera, n’a pas alerté la population en temps utile lors de cette tragédie.

KIEV

L’Ukraine dévoile un réseau de corruption dans l’achat de drones. Les agences anti-corruption ukrainiennes ont annoncé samedi 2 août avoir mis au jour un vaste réseau de corruption impliquant des contrats surévalués pour l’achat de drones et d’équipements de brouillage des signaux.

Quatre personnes ont été arrêtées à ce jour. Des arrestations qui interviennent quelques jours seulement après que le parlement ukrainien a rétabli l’indépendance des agences, à la suite de manifestations généralisées déclenchées par une loi visant à restreindre leur autonomie.
Selon des responsables, un député en exercice, deux fonctionnaires locaux et un nombre indéterminé de membres de la garde nationale ukrainienne seraient impliqués dans ce scandale et auraient reçu des pots-de-vin pouvant atteindre 30 % sur des contrats gonflés.

Le président Volodymyr Zelensky a qualifié cette découverte d’« absolument immorale ». En savoir plus (en anglais).

ROME

Accord migratoire Italie-Albanie : coup d’arrêt de la justice européenne. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a invalidé vendredi 1er août la base juridique de l’accord migratoire controversé entre l’Italie et l’Albanie, remettant en cause un pan central de la stratégie de Rome en matière d’asile. Alessia Peretti depuis Rome.

PARIS

La France dit ne pas pouvoir empêcher la destruction des contraceptifs américains sur son sol. La France affirme ne pas avoir la possibilité juridique d’empêcher la destruction sur son sol d’un stock de contraceptifs financés par l’Agence américaine d’aide internationale (USAID), dont une partie reste pourtant utilisable jusqu’en 2031. Thomas Mangin revient sur l’affaire.


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Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]