Pour la troisième année consécutive, l'Espagne de Pedro Sánchez n'a toujours pas de budget

Pour la troisième année consécutive, les vacances d'été du gouvernement espagnol débutent sans budget pour 2026 alors que le Premier ministre Pedro Sánchez essuie de vives critiques des divers partis politiques.

EURACTIV.com
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Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, s'exprime lors d'une séance plénière extraordinaire au Congrès des députés, le 9 juillet 2025, à Madrid. [Eduardo Parra/Europa Press via Getty Images]

Pour la troisième année consécutive, les vacances d’été du gouvernement espagnol débutent sans budget pour 2026 et sans voie claire pour y parvenir, alors que les déboires du Premier ministre Pedro Sánchez s’accumulent.

Avant sa trêve estivale aux îles Canaries, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez avait promis que son gouvernement présenterait la proposition de budget 2026.

Mais la ministre des Finances, María Jesús Montero, est revenu sur son engagement la semaine dernière, en déclarant qu’une ébauche de budget ne serait présentée que s’il y avait un « consensus politique préalable », auquel personne ne croit vraiment à Madrid.

Concrètement, l’Espagne est en passe de manquer son échéance budgétaire pour la troisième année consécutive. La faute, cette fois-ci, aux partis indépendantistes catalans et au parti d’extrême gauche Podemos qui menacent de bloquer le projet de budget avant même qu’il n’atteigne le parlement. Pour rappel, le processus budgétaire ordinaire commence normalement à la mi-juin.

La « nouvelle » normalité

L’Espagne n’avait jamais manqué deux présentations budgétaires consécutives depuis le rétablissement de la démocratie en 1975. Cinquante ans plus tard, Pedro Sánchez entrera dans l’histoire pour l’avoir ratée trois fois.

Confronté à une nouvelle année d’impasse, le Premier ministre espagnol s’est fortement appuyé sur le plan de dépenses pour 2023 — le plus important de l’histoire — en le reconduisant sans cesse afin d’assurer le fonctionnement de l’État.

En 2024, il a contourné le processus budgétaire en invoquant les élections régionales catalanes, tandis qu’en 2025, son gouvernement a adopté une approche plus directe, affirmant qu’il ne voulait même pas « perdre de temps » avec un budget voué à l’échec.

Pour l’instant, Pedro Sánchez insiste sur le fait que l’Espagne peut continuer d’avancer grâce au budget 2023 et sa dotation généreuse. Mais José E. Boscá, professeur d’économie et chercheur à la Fedea, a qualifié la situation de « très inhabituelle ».

Selon lui, sans projections budgétaires actualisées, l’État doit recourir à des « mécanismes extraordinaires » qui entraînent des inefficacités, des retards dans les politiques et un sous-financement des régions et des municipalités.

Le Parti populaire (PP), parti d’opposition de centre-droit, a également accusé le gouvernement de Pedro Sánchez d’une mauvaise gestion et a demandé à plusieurs reprises au Premier ministre de convoquer des élections pour sortir de l’impasse parlementaire dans laquelle se trouve Madrid.

« Comment un pays peut-il fonctionner avec un budget qui a trois ans de retard ? » a demandé un porte-parole du PP. « Les gouvernements régionaux ne savent même pas quelle somme d’argent leur sera allouée ».

Un budget coûteux

Ce retard reflète des fractures politiques plus profondes. Le gouvernement minoritaire de Pedro Sánchez repose sur le soutien des partis indépendantistes catalans et du parti d’extrême gauche Podemos, dont l’appui reste plus qu’incertain.

« Il n’y aura pas de budget en Catalogne et en Espagne tant que le gouvernement ne respectera pas ses obligations concernant la collecte des impôts, l’impôt sur le revenu des personnes physiques et le modèle de financement », a prévenu le mois dernier le président de gauche de l’ERC, Oriol Junqueras, face à la presse.

Le parti séparatiste de droite Junts, réclame quant à lui le paiement d’une dette supposée de 50 milliards d’euros à la région, la pleine application de la loi d’amnistie controversée et l’inclusion du catalan dans la liste des langues officielles de l’UE.

Dans l’intervalle, Podemos a averti à plusieurs reprises Pedro Sánchez que l’augmentation des dépenses de défense dans le budget 2026 était une ligne rouge que le parti n’était pas prêt à franchir.

Ironiquement, le Premier ministre espagnol, en tant que chef de l’opposition, avait un jour demandé la démission du Premier ministre de l’époque, Mariano Rajoy, au motif qu’il n’avait pas présenté de budget. « Sans budget, on ne peut pas gouverner », déclarait alors Pedro Sánchez.

Alors que l’opposition réclame à présent sa tête pour n’avoir pas présenté de budget pour la troisième année consécutive, il semblerait que Pedro Sánchez ait bouclé la boucle.

(sn)