Retraite : étrange annonce de Fillon sur un rapprochement avec l’Allemagne
Alors que la France vient juste de réformer son système de retraite, le premier ministre plaide en faveur d’une nouvelle réforme inspirée du modèle allemand.
Alors que la France vient juste de réformer son système de retraite, le premier ministre plaide en faveur d’une nouvelle réforme inspirée du modèle allemand.
Un de plus. Depuis plus d’un an, les discours du gouvernement français sur l’importance de se rapprocher du modèle allemand sont légions. Mais, la question des retraites avait jusqu’à présent été épargnée. Mais, jeudi 22 septembre, lors de la remise du Prix de l’Audace créatrice 2011, le Premier ministre a étrangement plaidé en faveur d’une harmonisation franco-allemande de l’âge de la retraite.
« Il faudra aller vers un temps de travail commun, il faudra aller vers un âge de retraite commun, vers une convergence progressive de l’organisation économique et sociale de nos deux pays parce que c’est la clé de la survie et du développement de la zone euro et du continent européen », a déclaré François Fillon, sans toutefois avancer un calendrier concret.
Mais les deux systèmes peuvent-ils être comparés? « Si on met l’accent uniquement sur l’âge, c’est faisable », estime Claire Demesmay, politologue à l’Institut allemand de politique étrangère. Cependant, l’opération pourrait s’avérer plus compliquée si l’on prend en compte également le système d’annuités, et de retraites privées.
Des systèmes différents
La France est l’Allemagne disposent toutes deux de régimes par répartition, mais les visions sont différentes.
Outre-Rhin, l’âge de la retraite à taux plein, sans conditions d’annuités, est fixé à 65 ans. Entre 2012 et 2029, il sera progressivement augmenté pour arriver à 67 ans. Le travailleur, qui a cotisé au minimum 35 ans, peut également partir à la retraite à 63 ans, avec une décote maximale de 7%. Ceux qui ont travaillé 45 ans peuvent partir sans conditions d’âge avec une retraite à taux plein.
De son côté, la France prévoit un départ à la retraite à 62 ans à l’horizon 2018 avec obligatoirement 42,5 annuités. Elle est désormais décalée à 67 ans si le nombre d’annuités n’est pas suffisant pour une retraite à taux plein.
« Une convergence nécessiterait une vraie réforme de fond. De plus, la situation des deux pays n’est pas comparable », ajoute claire Demesmay. L’Allemagne possède une population vieillissante, qui compte 21,3% de seniors de plus que la France. Les jeunes Allemands entrent plus tard sur le marché du travail, mais en sortent également bien plus tard.
Le taux d’emploi des 55-64 ans atteint 51,3% en Allemagne, mais n’est que de 38,3% dans l’Hexagone, confirme l’Institut Thomas More, dans une analyse comparative de la dépense publique en France et en Allemagne.
Quelle finalité ?
Au-delà des considérations techniques, la question de l’opportunité pour François Fillon de lâcher cette petite bombe à quelques mois de l’élection présidentielle, et peu de temps après l’adoption de la réforme du régime français, se pose.
S’agit-il d’un message pour rassurer à nouveau les marchés sur la capacité de la France à résorber sa dette? François Fillon peut également vouloir défendre sa propre réforme au plan national, et prendre pour exemple le bilan positif d’un pays sérieux comme l’Allemagne pour convaincre d’aller plus loin, avance Claire Demesmay.