Jérôme Clément : 'La création est au cœur de la mission d'ARTE' [FR]

Jérôme Clément, président d'ARTE France, présente la position de sa chaîne au cours d'un entretien avec EURACTIV.

Jérôme Clément, président d’ARTE France, présente la position de sa chaîne au cours d’un entretien avec EURACTIV.

Etes-vous satisfait des réactions de sponsors éventuels à l’égard de votre projet de ‘média global’? Pensez-vous qu’il soit possible d’obtenir plus de subventions publiques?

La question des sponsors n’est pas centrale pour nous. Quant au financement public, nous avons obtenu en France cette année une augmentation de la dotation publique de 2,8% et nous avons signé avec l’Etat un contrat dans lequel il s’engage à augmenter son apport de 3.5% en moyenne sur cinq ans.

En Allemagne, les négociations avec la KEF vont commencer l’année prochaine en prévision du prochain plan pluri-annuel 2009-2012. Nous espérons bien une augmentation de financement côté allemand car sans cela, il sera très difficile de réaliser les évolutions techniques que nous avons prévues, comme le passage à la Haute Définition.

Selon vous, quelles opportunités votre intention de passer d’une base franco-allemande à une approche paneuropéenne peut-elle créer?

La structure d’ARTE est franco-allemande et le reste. Mais nous avons toujours eu une dimension européenne: très vite, nous avons eu des partenaires belges, suisses, autrichiens et l’ambition de rayonner sur tout le continent. Notre projet ‘global’ insiste en fait sur notre volonté d’être présent sur tous les nouveaux supports numériques (internet, ADSL, téléphone mobile…). La nouveauté d’ARTE Global est plus technologique que géographique, même si nous souhaitons plus que jamais mettre en avant notre identité européenne.

Dans le cadre de ce projet, quelle sera la valeur ajoutée d’Arte par rapport à vos concurrents comme Euronews, BBC World, TV5, France 24 et Deutsche Welle?

Nous sommes encore loin d’avoir la couverture des grandes chaînes internationales et nous ne sommes pas sur le même créneau. Je le répète, le projet ARTE Global met l’accent sur la présence d’ARTE sur tous les supports. Notre ligne éditoriale, elle, reste la même: culture, création, diversité, Europe…nous ne sommes pas une chaîne d’information continue comme Euronews, France 24 ou la Deutsche Welle et, à la différence de France 5, avec qui nous coopérons, la création est au cœur de notre mission.

Etant données les ambitions affichées par le commissaire au multilinguisme Leonard Orban, prévoyez-vous de proposer les programmes d’ARTE dans davantage de langues européennes, considerant votre ambition de devenir un média global?

Tous nos programmes sont déjà en français et en allemand et le multilinguisme coûte cher. C’est cependant possible lorsque les pays concernés sont politiquement décidés à intégrer ARTE ou des programmes d’ARTE dans leur offre nationale. C’est le cas en particulier dans une quinzaine de pays d’Europe centrale et orientale, qui sous-titrent ou doublent les programmes qu’ARTE leur fournit. 

Nous avons déjà étudié l’éventualité de diffuser une version anglaise sous-titrée de certaines émissions à destination notamment des pays du Nord, mais au point où l’on en est, il est difficilement envisageable de le réaliser si les pays ou les réseaux câblés repreneurs ne prennent pas les coûts de traduction à leur charge. En tout état de cause, nos objectifs culturels sont comparables à ceux du commissaire.

Etant donnée votre contribution reconnue à la culture cinématographique en tant qu’ancien président du Centre national du Cinéma, Arte diffusera-t-elle de façon régulière des films en provenance de nouveaux Etats membres comme la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie, pour offrir un accès à cette nouvelle dimension culturelle?

Notre politique en matière de cinéma est de faire une place à tous les genres, toutes les époques et tous les pays, en particulier les pays européens. Nous avons déjà diffusé des films d’Europe de l’Est et nous diffuserons certainement des œuvres de réalisateurs roumains ou bulgares dans la mesure où ils répondent à nos critères éditoriaux. Nous co-produisons d’ailleurs régulièrement des films provenant de ces pays.

Considérez-vous qu’un entretien avec EURACTIV, média également présent en Europe centrale et orientale, pourrait vous aider à développer votre audience dans les nouveaux Etats membres cités ci-dessus? ARTE sera-t-elle présente dans ces pays?

ARTE est présente dans ces pays par satellite, ce qui est évidemment insuffisant, notre objectif étant de maintenir ou développer notre présence sur les réseaux câblés de chacun de ces pays. Ce n’est pas gagné d’avance compte tenu de la concurrence toujours plus forte et de la pression de toutes les nouvelles chaînes qui apparaissent régulièrement sur ces territoires. 

Votre objectif de vous rapprocher des cercles européens signifie-t-il que vous souhaitez également renforcer votre présence dans la presse européenne et obtenir des financements de l’UE?

Nous ne cherchons pas à nous rapprocher des cercles européens plus que nous ne l’avons fait auparavant. Et nous fonctionnons depuis 15 ans sans subventions de l’UE, nous sommes financés par les redevances françaises et allemandes. Nous ne serions bien entendu pas contre recevoir des aides mais notre système de financement fonctionne sans!

ARTE a-t-elle la volonté de participer à des programmes comme MEDIA, pour soutenir le développement et la distribution de milliers de films et d’activités de formation, de festivals et de projets de promotion à travers le continent?

Nous soutenons déjà la création à travers nos co-productions en cinéma, fiction et documentaire. Nous disposons d’un budget limité qui ne nous permettra pas de financer beaucoup plus de projets. Mais nous sommes naturellement ouverts à toute collaboration avec les institutions et les programmes culturels européens.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’émission ‘Forum des Européens’ (diffusée le samedi soir) a été remplacée par l’émission du mercredi soir ‘Zoom Europa’ ?

Il est important de renouveler les formules en télévision et de rechercher les meilleures façons de parler de l’Europe pour intéresser les téléspectateurs. Cela ne correspond pas à un changement de ligne éditoriale mais à une volonté de rafraîchir notre magazine européen et de mieux l’exposer.

Monsieur Clément, merci beaucoup.