L’UE accorde une exemption aux fourrures de luxe russes

Bruxelles a levé les sanctions visant les fourrures les plus luxueuses de Moscou

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[Photo : Peter Turnley/Corbis/VCG via Getty Images]

La fourrure la plus chère au monde, utilisée dans la confection de manteaux pouvant atteindre des prix à six chiffres, a brièvement fait l’objet de sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie. Elle bénéficie désormais d’un sursis.

Les importations de peaux de zibeline russe de luxe peuvent désormais reprendre après que les États membres de l’UE ont levé l’interdiction mise en place en avril dernier.

Ce changement figurait dans le dernier train de sanctions de Bruxelles contre Moscou, adopté la semaine dernière.

La Commission européenne a fait valoir que cette exemption est nécessaire car la Russie domine le commerce mondial du zibeline, ce qui laisse peu de fournisseurs alternatifs aux fabricants européens.

« Apparemment, il est très difficile de s’en procurer ailleurs », a indiqué un haut fonctionnaire de l’UE.

L’Italie et la Grèce, les deux principaux acheteurs européens de peaux de zibeline russe, ont fait pression pour obtenir cette exemption, a confié un diplomate européen à Euractiv.

Le prix de l’« or doux » 

Le zibeline (Martes zibellina), un petit mammifère carnivore originaire des forêts d’Asie du Nord, est prisé pour sa fourrure exceptionnellement douce et est depuis longtemps convoité par les maisons de couture de luxe en Europe.

Les manteaux en zibeline russe peuvent se vendre à des dizaines, voire des centaines de milliers d’euros – ce qui a poussé le New York Times à se demander un jour comment un simple manteau peut coûter plus cher qu’une Rolls-Royce.

Selon Sojuzpushnina, la seule maison de vente aux enchères internationale de fourrures en Russie, les entreprises grecques et italiennes figurent toujours parmi les principaux acheteurs internationaux, aux côtés des acheteurs chinois et russes, malgré l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

Le fourreur italien Maurizio Braschi, par exemple, a acheté le lot de zibeline le plus cher de la maison de vente aux enchères en septembre 2022 pour le compte de la société Braschi, puis à nouveau en mai 2023 pour un client privé à Moscou, comme le montrent des documents publics de Sojuzpushnina.

Toutefois, les vêtements en fourrure finis restent interdits d’entrée dans l’UE et d’exportation vers la Russie en vertu des sanctions imposées en 2022, au même titre que d’autres produits de luxe tels que les diamants et le caviar.

En 2022, les fabricants de fourrure en Grèce – qui abrite l’un des derniers pôles de production de l’UE, autour de Kastoria et de Siatista – s’étaient fermement opposés à ces mesures de guerre, avertissant qu’elles signeraient l’arrêt de mort de l’industrie.

La nouvelle dérogation accordée la semaine dernière rétablit l’accès aux peaux brutes de zibeline russe, même si l’exportation de vêtements en fourrure finis vers la Russie reste interdite.

Une activité controversée

Ce revirement concernant la fourrure russe intervient alors que Bruxelles réfléchit à la conduite à tenir vis-à-vis de sa propre industrie de l’élevage d’animaux à fourrure, bien plus modeste.

L’enjeu est une éventuelle interdiction à l’échelle de l’UE de l’élevage d’animaux à fourrure, à la suite d’une initiative citoyenne couronnée de succès appelant à la fin de cette pratique dans l’ensemble de l’Union, ainsi qu’une interdiction des importations et de la vente de fourrure.

Seule une poignée de pays de l’UE, dont l’Espagne, la Grèce, la Hongrie, la Finlande et la Pologne, comptent encore des élevages de fourrure en activité, bien que la Pologne ait déjà adopté une législation visant à supprimer progressivement cette industrie dans les années à venir.

La Commission a toutefois reporté à plusieurs reprises sa décision, initialement attendue en mars. Un projet de proposition consulté par Euractiv ce mois-là indiquait que l’exécutif européen penche en faveur de dispositions plus strictes en matière de bien-être animal plutôt que d’imposer une interdiction de production et d’importation.

(adm)