L'ascension fulgurante de Bardella rencontre des turbulences

La rentrée du Rassemblement national ne se déroule pas tout à fait comme prévu

EURACTIV.com
Nigel Farage, chef du parti Reform UK, a rejoint Jordan Bardella, président du Rassemblement national, sur scène à Birmingham, au Royaume-Uni, la semaine dernière. [Photo : Anthony Devlin/Getty Images]

Avec son sourire poli et ses costumes sombres, Jordan Bardella a entamé le mois de septembre avec l’espoir de renforcer sa crédibilité, tant en France qu’à l’étranger, en tant que futur Premier ministre, si le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, venait à accéder au pouvoir en 2027.

Au lieu de cela, les polémiques sur l’immigration et l’Ukraine, conjuguées à des tensions latentes avec la ligne dure de Marine Le Pen, ont mis le chef de parti, âgé de 30 ans, sur la défensive et soulevé des questions quant à d’éventuelles fissures dans sa relation avec celle qui tire les ficelles.

Juste avant ce qui devait être une tournée européenne avec de futurs alliés, le projet de Bardella a été contrecarré après l’appel lancé par un poids lourd du RN, Louis Aliot, demandant à la France de « couper le robinet » de l’aide à Kiev, ravivant les interrogations sur un parti qui avait entretenu des liens étroits avec Moscou avant de changer de cap après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.

Cette prise de position sans détour a fait la une des journaux alors que Bardella s’apprêtait à dévoiler vendredi un pacte sur l’immigration avec le dirigeant de Reform UK, Nigel Farage. Cet accord, qui propose que la Grande-Bretagne renvoie en France les migrants de la Manche si les deux partis accèdent au pouvoir, a rapidement suscité des critiques en France, notamment de la part d’adversaires d’extrême droite comme Éric Zemmour, qui a accusé Bardella de faire passer ses intérêts britanniques avant ceux de la France.

« Je ne sais pas ce qui s’est passé avec Farage, s’il [Bardella] s’est retrouvé pris au piège ou s’il n’a pas bien compris l’anglais, mais il laisse une impression d’amateurisme », a déclaré à Euractiv un membre de longue date du RN.

Ces critiques interviennent également à un moment où Bardella tente de se montrer prêt à gouverner, mais fait face à une grogne croissante de la part de ses rivaux au sein du parti à propos de son style de vie ostentatoire.

« Je pense que lui et son équipe ont commencé à rêver de la présidence, mais ces rêves se heurtent désormais brutalement à la réalité », a déclaré le membre du RN.

Pas si dolce vita que ça

Le voyage de Bardella en Italie n’a guère contribué à améliorer son image. À Cernobbio, un rassemblement italien à la manière de Davos où il espérait renforcer son crédit international auprès des hommes d’affaires et des dirigeants politiques, l’accueil aurait selon certaines sources été mitigé. Les anciens Premiers ministres italiens Mario Monti, Enrico Letta et Paolo Gentiloni l’ont interpellé sur des politiques du RN. Aucune rencontre n’a eu lieu avec le parti au pouvoir de Giorgia Meloni, les Frères d’Italie.

Et ce, malgré une nouvelle série d’éloges à l’égard de la Première ministre italienne lors d’entretiens avec les médias italiens, au cours desquels Bardella a également cherché à affiner son message sur l’Ukraine, réaffirmant son soutien à Kiev tout en déclarant que la France ne peut pas financer la guerre indéfiniment, et a insisté sur ses projets de référendum sur l’immigration.

Tisser des liens avec le camp de Meloni est compliqué par l’alliance de longue date du RN avec son rival Matteo Salvini, dont la Ligue siège aux côtés du RN au sein du groupe Patriots au Parlement européen.

Tout cela intervient alors que Bardella a passé ces derniers jours à nier l’existence de tensions avec Le Pen concernant le rôle croissant de sa nièce Marion Maréchal, dont le parti d’extrême droite Identité-Libertés siège dans le même groupe que celui de Meloni au sein du groupe CRE du Parlement européen.

Libération a rapporté que Bardella avait quitté précipitamment une réunion avec Le Pen en posant un ultimatum du type « elle ou moi », ce qu’il a nié ce week-end, mettant ainsi un terme à sa rentrée européenne alors qu’il tentait de convaincre que ses liens politiques et personnels avec Le Pen restent « indéfectibles ».

(bw, mm)