Catalan et Gallois : pression des eurodéputés pour une reconnaissance de l'UE
La catalan, le basque, le galicien, le gallois et le gaëlique écossais devraient devenir des langues officielles de l'Union européenne, ont déclaré la semaine dernière certains eurodéputés, accusant Bruxelles de faillir à protéger les droits de millions de personnes ne parlant pas de langues officielles de l'UE et appelant les institutions de l'UE à faire plus pour promouvoir le multilinguisme.
La catalan, le basque, le galicien, le gallois et le gaëlique écossais devraient devenir des langues officielles de l'Union européenne, ont déclaré la semaine dernière certains eurodéputés, accusant Bruxelles de faillir à protéger les droits de millions de personnes ne parlant pas de langues officielles de l'UE et appelant les institutions de l'UE à faire plus pour promouvoir le multilinguisme.
Appelant Bruxelles à en faire plus pour promouvoir le multilinguisme, qu'ils décrivent comme un "droit démocratique" des citoyens de l'UE, les eurodéputés de l'Alliance libre européenne (ALE) ont également demandé davantage d'action de la part de l'UE pour sauver les langues en danger telles que le corse, le breton, l'écossais et l'occitan.
Parmi ces langues, le catalan, le basque, le galicien, le gaëlique et le gallois, qui totalisent environ 14 millions de personnes, n'ont toujours pas de statut officiel au niveau de l'UE, ont déclaré des eurodéputés de l'ALE, qui représentent les nations, régions et minorités sans Etat en Europe.
La conférence, où des interprétations simultanées en catalan et gallois ont eu lieu pour la première fois dans les locaux du Parlement européen, rassemblait des législateurs et universitaires venant de tout le continent.
Avertissement des séparatistes
La politique espagnolea longtemps été travaillée par les tensions entre Madrid, qui est actuellement à la tête de la présidence tournante de 6 mois de l'UE, et les régions. Des mouvements séparatistes existent en Catalogne, au pays basque et en Galice, où sont parlés respectivement le catalan, le basque et le galicien.
Insistant sur le fait que son gouvernement s'engage dans le multilinguisme, qu'il décrit comme étant une partie de l'ADN de l'UE, Pau Solanilla, conseiller exécutif auprès du secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes, a néanmoins prévenu qu'il existe une opposition politique aux langues minoritaires dans certains Etats membres.
Décrivant l'identité comme une question épineuse, à laquelle les hommes politiques sont allergiques, M. Solanilla a affirmé que certains hommes politiques avaient peur que la diversité linguistique débouche sur des mouvements séparatistes.
Lier identité et diversité linguistique peut poser des problèmes, a averti M. Solanilla. Néanmoins, il a expliqué que le gouvernement espagnol était désormais prêt à coopérer sur les questions linguistiques et espère que les langues "co-officielles" d'Espagne, le catalan et le basque, seront utilisés régulièrement au Parlement européen prochainement.
Il existe des précédents pour l'utilisation des langues minoritaires dans les institutions de l'UE. En juillet dernier, un accord conclu entre la Commission européenne et le gouvernement britannique a ouvert la voie : les Gallois peuvent désormais écrire à l'exécutif de l'UE dans leur langue maternelle (EURACTIV 09/07/09).
Par ailleurs, en novembre 2008, le gallois a été entendu et interprété au niveau de l'UE pour la première fois pendant une rencontre des ministres de la culture (EURACTIV 24/11/08). Depuis lors, les Gallois ont pu écrire au Conseil de l'UE, et recevoir une réponse écrite dans leur langue maternelle.
Toutefois, les membres de l'ALE pensent que ces efforts sont loin d'être suffisants et veulent que les institutions de l'UE utilisent les changements introduits par le traité de Lisbonne pour protéger les droits des minorités linguistiques (EURACTIV 01/12/09).
Le catalan invisible au niveau de l'UE
Lors de l'audition de la semaine dernière, entre-temps, certains ont plaidé pour que le catalan, qui est parlé par environ 10 millions de personnes sur 4 pays et qui est la langue officielle d'Andorre, devienne une langue officielle de l'UE.
Le catalan est utilisé par des millions de personnes tous les jours mais demeure invisible au niveau de l'UE, a déploré Kolja Bienert de l'organisation Horitzo.eu, qui promeut les intérêts de la Catalogne dans l'UE.
Concernant son utilisation dans les institutions européennes, M. Beniert s'est plaint que les Catalans soient contraints de se reposer sur la bonne volonté des hommes politiques du gouvernement espagnol pour que leur langue soit entendue.
Il est facile de rendre une langue officielle. Le gouvernement doit juste le demander, comme l'a prouvé le cas irlandais, a-t-il affirmé, ajoutant : le Parlement européenne fait preuve de beaucoup de bonne volonté mais il n'y a pas de mise en application législative, et il ne signe pas d'accords avec les gouvernements nationaux.
Faisant écho à M. Biernert, Joan Bernat, un ancien eurodéputé et spécialiste sociolinguistique, a déclaré que c’était les gouvernements qui détenaient la clé pour que le statut d'une langue soit déclaré officiel par l'UE, et non pas le nombre de personnes qui la parlent ni l’histoire.
Le nombre de personnes qui parlent la langue n'est pas du tout une condition. Regardez le maltais ou l'estonien. Ce n'est pas l’histoire non plus. Nous avons le grec aujourd'hui, mais pas l'occitan, la langue la plus importante du Moyen-âge. Ce qui compte, c'est la langue de l'Etat. Si l'Etat donne un statut officiel à une langue, elle peut également être langue officielle de l'UE, a déclaré M. Bernat.
L'anglais, une réalité que nous ne pouvons pas ignorer
Un représentant de la Commission européenne a répondu en affirmant qu'il appartenait aux Etats membres de proposer à l'exécutif de l'UE qu'une langue devienne officielle, comme cela a été le cas pour le gouvernement irlandais.
S'exprimant d’un point de vue personnel, il a dit que les langues n'avaient pas de frontières. Nous ne voulons pas confiner la langue à des frontières. Nous souhaitons qu'elles se répandent naturellement. Une langue n'est pas la propriété d'un Etat.
Le fonctionnaire de la Commission a conclu, cependant, sur une note préventive. Nous devons être réalistes, et l'anglais est une réalité que nous ne pouvons pas ignorer. Nous devons être capable de communiquer l'un avec l'autre.
L'exécutif de l'UE, qui a récemment fusionné les portefeuilles du multilinguisme avec les dossiers de l'éducation, la culture et la jeunesse, devra revoir sa politique linguistique en 2012.