Découvrez les acteurs clés de l'UE qui façonnent la course à la présidentielle française

La course à la présidence a commencé… au Parlement européen. Dans le premier volet d’une série en trois parties, Euractiv s’intéresse aux députés européens centristes qui façonnent cette campagne.

/ EURACTIV.com

La bataille pour l’Élysée n’aura lieu que dans neuf mois, mais certains éléments de la campagne se dessinent déjà dans les trains reliant Strasbourg à Bruxelles.

Alors que les candidats à la présidentielle française constituent leurs équipes en vue de ce qui pourrait être le scrutin le plus décisif depuis des générations, certains députés européens s’imposent comme des stratèges clés, des architectes de campagne et des acteurs politiques à part entière.

À droite et au centre pro-européens, la forte concurrence a jusqu’à présent empêché tout candidat de prendre une avance décisive sur le Rassemblement national (RN) d’extrême droite, qui progresse en force dans les sondages.

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe se lance dans la course en tant que favori de son parti Horizons, mais continue de se débattre avec l’héritage de Macron. Gabriel Attal ne s’est pas (encore) imposé comme le porte-drapeau incontesté de l’ère post-Macron, bien qu’il dirige le parti présidentiel Renaissance. De son côté, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, des Républicains, tente de rassembler un camp conservateur divisé autour d’un programme plus à droite.

Euractiv s’est entretenu avec des dizaines de collaborateurs, de députés européens, de diplomates et de responsables afin de dresser la liste des acteurs bruxellois œuvrant en coulisses pour les principaux candidats à la présidentielle.

L’équipe Philippe, Horizons (centre-droit)


Gilles Boyer, le confident 

Personne ne confondrait Gilles Boyer avec un showman de campagne.

D’un ton posé et méthodique, ce député européen de Renew Europe a passé des années à travailler dans les coulisses plutôt que dans les studios de télévision. Mais au sein du cercle d’Édouard Philippe, peu de personnalités comptent davantage : Gilles Boyer fait désormais partie d’une équipe de direction composée de trois personnes qui pilote la campagne du candidat de centre-droit, actuellement en tête des sondages parmi les candidats de l’establishment.

Ami de longue date de l’ancien Premier ministre, Gilles Boyer a même coécrit un roman avec Édouard Philippe – un thriller politique sur une élection présidentielle qui a ensuite été adapté en série télévisée intitulée Dans l’ombre.

Alors que Philippe cherche à se positionner comme le seul candidat de centre-droit pro-européen capable de battre l’extrême droite, Boyer jouera un rôle clé pour traduire cette ambition tant en France qu’à l’étranger.

« Nous sommes un parti qui n’a jamais considéré l’Europe comme un problème, mais comme une partie de la solution », a-t-il déclaré à Euractiv.

Nathalie Loiseau, la diplomate au verbe acéré

Si Boyer agit en toute discrétion, ce n’est pas le cas de Nathalie Loiseau.

L’ancienne ministre française chargée des Affaires européennes est devenue l’une des voix françaises les plus reconnaissables au Parlement européen, alliant sa connaissance approfondie des institutions à un style médiatique combatif. Défenseuse de longue date de la souveraineté européenne et de l’autonomie stratégique, l’ancienne diplomate n’a cessé de plaider en faveur d’une UE plus forte et plus affirmée sur la scène internationale. 

Nathalie Loiseau, qui possède également plusieurs décennies d’expérience dans les campagnes politiques, devrait être l’une des alliées les plus visibles de Philippe à Bruxelles et au-delà, notamment en matière de politique étrangère. Elle est secrétaire nationale chargée des affaires internationales au sein du mouvement Horizons et a déjà contribué à l’organisation d’engagements internationaux de premier plan, notamment le récent voyage de Philippe en Ukraine.

Les initiés de la campagne la considèrent également comme l’une des personnalités les mieux placées pour affronter les rivaux d’extrême droite de Philippe. Elle l’a d’ailleurs démontré dans des commentaires adressés à Euractiv au sujet des récents déplacements européens de Jordan Bardella, député européen d’extrême droite et candidat probable à la présidentielle.

« C’est clair que Bardella est en train d’étaler du vernis à toute vitesse car il n’a rien fait sur l’Europe », a-t-elle déclaré. « C’est Tintin découvre l’Europe ! Il n’a participé à aucune mission, il ne siège en commission des affaires étrangères que quand il y a des votes. »

L’équipe Attal, Renaissance (libéral centriste)


Valérie Hayer, la sherpa de l’UE

Si Gabriel Attal maintient sa candidature centriste à l’Élysée, Valérie Hayer sera probablement l’une des premières personnes vers lesquelles il se tournera pour les questions européennes.

La dirigeante de Renew Europe fait désormais partie du cercle restreint de l’ancien Premier ministre, selon un proche allié, rejoignant un groupe d’une dizaine d’élus qui se réunissent tous les lundis et restent en contact quasi permanent tout au long de la semaine.

La relation entre les deux politiciens remonte à plusieurs années et s’est forgée au sein du mouvement En Marche de Macron. Elle s’est renforcée pendant la campagne pour les élections européennes de 2024.

Le rôle de Valérie Hayer s’apparente désormais de plus en plus à celui d’une sherpa politique : elle traduit la politique bruxelloise en arguments nationaux et contribue à définir ce à quoi ressemble un projet pro-européen moderne — non seulement en termes de politique, mais aussi de méthode politique.

« Elle l’aide beaucoup sur les questions européennes et internationales, mais aussi sur la stratégie de campagne », a noté un proche collaborateur. Elle devrait également jouer un rôle de premier plan dans la défense du bilan européen du camp Macron dans les médias.

L’équipe Retailleau, Les Républicains (conservateurs)

François-Xavier Bellamy, la force discrète

Ancien professeur de philosophie, François-Xavier Bellamy a passé une grande partie de sa carrière à se positionner comme le porte-drapeau intellectuel de la droite conservatrice française.

Ce député européen des Républicains s’est fait remarquer lors des négociations sur le pacte européen sur la migration et l’asile, où il a travaillé en étroite collaboration avec une large coalition de forces conservatrices et d’extrême droite. Ses partisans décrivent cette stratégie comme une approche pragmatique de formation de coalitions, tandis que ses détracteurs y voient un signe avant-coureur du glissement du conservatisme traditionnel vers l’extrême droite.

Quoi qu’il en soit, François-Xavier Bellamy est devenu une voix influente dans les débats sur l’immigration, l’identité et la souveraineté – des enjeux qui devraient dominer la campagne présidentielle. Alors que l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau cherche à consolider son influence au sein de la droite française, Bellamy apporte à la fois son expertise politique et son expérience européenne, notamment en matière de politique industrielle, et devrait jouer un rôle clé de coordination, selon deux conservateurs impliqués dans la campagne.

Bellamy est également une figure de proue des débats sur la défense, autre pilier du programme des conservateurs. Il a mené les négociations au Parlement européen – aux côtés du député européen socialiste Raphaël Glucksmann – sur le Programme européen pour l’industrie de la défense (EDIP), visant à renforcer le soutien de l’UE à l’industrie de la défense de l’Union. Ses collègues négociateurs l’ont décrit comme un fervent défenseur de la préférence européenne en matière d’achats de défense.

Crédits : Getty Image/Miriam Sáenz de Tejada.

Alice Bergoënd a contribué à cet article.

(bw, cs, jp)