En pleine crise des lanceurs, l’Europe veut développer des vaisseaux-cargos réutilisables
L’Agence spatiale européenne (ESA) a lancé un appel aux entreprises européennes pour le développement de vaisseaux-cargo réutilisables, alors que l’Europe a pris du retard dans ses mises en orbite, les lanceurs dont elle dispose faisant face à des contretemps importants.
L’Agence spatiale européenne (ESA) a lancé un appel aux entreprises européennes pour le développement de vaisseaux-cargos réutilisables, alors que l’Europe a pris du retard dans ses mises en orbite, les lanceurs dont elle dispose faisant face à des contretemps importants.
Le directeur général de l’ESA, Josef Aschbacher, a annoncé lors du sommet consacré à la stratégie spatiale de l’UE qui s’est déroulé à Séville les 6 et 7 novembre que l’agence lancera un « concours entre des entreprises européennes innovantes pour fournir un service de retour de fret spatial afin de transporter du fret vers la Station spatiale internationale d’ici 2028 et de ramener du fret sur Terre ».
Le projet nécessitera « des capacités de transport, d’amarrage et de réutilisation […], ce que l’Europe ne possède pas aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Cette démarche a pour objectif de concurrencer l’entreprise américaine SpaceX, qui s’est lancée dans la fabrication de fusées réutilisables ces dernières années, ainsi que les progrès et ambitions de la Chine et de l’Inde en la matière.
Les vaisseaux-cargos réutilisables constituent également une avancée vers une utilisation plus durable de l’espace, avec moins de débris et d’éléments inutiles en orbite autour de la Terre.
La recherche d’un moyen européen pour produire des vaisseaux-cargos réutilisables s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par l’Union pour un accès autonome à l’espace, afin de ne pas dépendre de pays tiers pour le lancement de ses satellites.
Crise des lanceurs
« Nous avons décidé de commencer [à créer] un véhicule-cargo qui se rendra à la station spatiale, s’y amarrera et redescendra ensuite sur terre en masse et pourra être réutilisé », a déclaré M. Aschbacher mardi (7 novembre).
L’ESA sera cliente du candidat sélectionné, a indiqué le directeur général, ajoutant que le financement public — 75 millions d’euros, selon l’AFP — pour la phase initiale du développement d’un vaisseau-cargo réutilisable a déjà été assuré et sera complété par des financements privés.
Cependant, alors que l’ESA lance un appel à créer de nouvelles technologies, les Européens peinent toujours à mettre leurs satellites en orbite de manière indépendante et travaillent toujours à la mise sur le marché de leur nouvelle fusée Ariane 6, qui a pris du retard.
Alors que la situation devenait critique, l’Union européenne a commencé à travailler sur un accord avec SpaceX pour lancer sa nouvelle génération de satellites du système de navigation européen Galileo.
Les discussions pour conclure cet accord sont en cours, avec des lancements en vue pour avril et juin, a confié Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur également en charge de l’Espace, aux journalistes mardi.
Concernant la crise des lanceurs, M. Aschbacher a annoncé que le programme Ariane 6 recevrait 340 millions d’euros grâce aux négociations avec les principaux contributeurs (France, Allemagne et Italie) afin d’assurer la viabilité du programme malgré les retards.
« Il est essentiel de garantir un accès autonome à l’espace ; l’Europe a momentanément perdu son accès autonome à l’espace », a déploré M. Breton. « Nous pensons qu’il faut changer notre façon de travailler sur les lancements », a-t-il ajouté.
Cela signifie « une plus grande compétitivité pour répondre à nos besoins de programmation, une plus grande responsabilité industrielle en matière de technologie — y compris les technologies réutilisables — et la réduction du juste retour [geo return], l’agrégation des acteurs institutionnels — Union européenne, ESA ou États membres —, et une préférence pour l’Europe pour tous les États membres, en particulier pour les lancements militaires ».
Malgré les ambitions du commissaire concernant une véritable stratégie européenne en matière de lanceurs, la communication de la Commission européenne au sujet de l’espace et de la défense, publiée au printemps dernier, n’est pas allée plus loin.
Objectif Lune
Dans la perspective d’un accès à long terme à l’espace, l’ESA anticipe les utilisations futures de la prochaine génération de vaisseaux-cargos réutilisables.
Cette technologie consistera d’abord en un véhicule de service, qui « pourrait ensuite évoluer vers un véhicule d’équipage et desservir d’autres destinations au-delà de l’orbite terrestre basse, si les États membres en décident ainsi », a expliqué M. Aschbacher.
Il a laissé entendre que les vaisseaux-cargos réutilisables pourraient transporter des personnes dans l’espace et les faire revenir sur Terre, mais également les envoyer sur la Lune.
La Lune est restée un objectif pour les grands acteurs mondiaux qui cherchent à affirmer leur présence et leurs capacités dans l’espace.
« En approuvant ma proposition, l’Europe ne sera pas seulement un partenaire plus fort, elle pourra […] éventuellement aller sur la Lune », a déclaré le directeur général.
La Chine prévoit d’envoyer un Homme sur la Lune en 2030, tout comme l’Inde dans les années à venir. Jusqu’à présent, seuls les États-Unis ont réussi à envoyer une mission habitée sur la Lune.
Le programme serait très bénéfique pour l’industrie spatiale européenne, a également souligné M. Aschbacher.
« Les retombées du programme Apollo [américain] sur l’économie américaine ont été ressenties il y a plus de 60 ans et sont toujours visibles. De même, selon une récente analyse indépendante, si l’Europe investissait 50 milliards d’euros dans l’exploration spatiale entre 2025 et 2040, elle générerait 150 milliards d’euros de PIB européen grâce aux activités spatiales et à leurs effets sur l’économie au sens large », a-t-il affirmé.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]