Google accentue la crise dans les médias économiques
Après plusieurs années de débâcle pour la publicité et quinze ans de contenu gratuit en ligne, le secteur des médias économiques est confronté à sa propre crise et s’apprête à suivre le chemin de la presse écrite.
Après plusieurs années de débâcle pour la publicité et quinze ans de contenu gratuit en ligne, le secteur des médias économiques est confronté à sa propre crise et s’apprête à suivre le chemin de la presse écrite.
Lors de leur rencontre à Francfort le 21 mars, des rédacteurs en chef et des éditeurs de l'association European Business Press (EBP) ont tenté de pointer du doigt les menaces réglementaires et concurrentielles auxquelles est confronté leur secteur. L'association a également tenté de déterminer comment l’innovation pourrait sortir le secteur de la crise.
Les finances de la presse économique ont été mises à mal par une série de facteurs.
Les recettes générées par les abonnements diminuent en raison de la présence de contenu gratuit en ligne. Dans le même temps, les barrières linguistiques et culturelles entraînent la création de petits marchés nationaux, généralement capables de maintenir une ou deux publications par secteur seulement.
Selon un expert, « seul un [média économique] par pays peut être rentable ». « Nous sommes constamment en phase de restructuration dans le secteur des médias », a expliqué un autre spécialiste.
Afin de tirer profit de leur marque reconnue pour proposer de nouveaux services, les groupes de médias tentent d'améliorer l'expérience utilisateur en se rapprochant de leurs lecteurs. Ils sont toutefois limités par des restrictions réglementaires en matière de protection des données et par le refus de plateformes comme l'iStore d'Apple de fournir des données sur les utilisateurs finaux.
Concurrence avec Google
La technologie augmente le nombre de lecteurs en ligne et réduit les recettes publicitaires, puisque les prix des bannières sur Internet sont beaucoup moins élevés que ceux des encarts sur pages imprimées. La réduction de la part de publicités des médias traditionnels a fait chuter davantage ces prix.
Google a en effet étendu sa domination dans le domaine de la recherche au secteur de la publicité. Il promeut actuellement son propre contenu comme YouTube ou Google Maps, affirment des groupes de médias. La situation se détériore en raison des coûts plus élevés du recrutement de journalistes, comparés à l'agrégation de contenu, les modèles fondés sur la monétisation du contenu en ligne deviennent de plus en plus attractifs.
Différentes associations médiatiques soutiennent actuellement des poursuites judiciaires intentées contre Google.
Restructuration en cours
La situation des médias en Europe n'est pas au beau fixe : des participants l'ont qualifiée d’atroce, de dramatique, ou tout simplement de difficile. Tous s'accordent cependant à dire que la résolution de la crise commencera par le maintien d'un journalisme de bonne qualité, et du salaire des journalistes.
Selon Antonis Papagiannidis du groupe Economia, les médias grecs ont fermé leurs portes ou entrepris une restructuration en licenciant de nombreux journalistes.
Même de grands journaux tels qu’Eleftherotypia et Eleftheros Typos ont par moment arrêté de publier l'année dernière.
D'anciens journalistes gèrent cependant des blogs convaincants, comme Iefimerida et news 247. EURACTIV Grèce, créé il y a deux ans, fait également partie des médias précurseurs dans cette situation de crise.
Sur le marché plus large de l'Italie, Gabriele Capolino du Milano Finanza a mis en évidence les pressions croissantes du marché. Il a mentionné une prolifération de publications et d’offres en ligne sous-capitalisées, sur un marché contrôlé par trois acteurs : l'empire de Silvio Berlusconi, la télévision publique et Google.
Des produits et des modèles de financement innovants
Max von Abendroth, de l'European Media Magazine Association, s’est quant à lui montré un peu plus optimiste.
Selon lui, les pressions réglementaires auxquelles le secteur est confronté sont la protection des données qui limite les actions marketing, le droit d'auteur et le traitement lent des dossiers sur Google par les autorités de concurrence. Le Future Media Lab dont l’objectif sera d’aboutir à un « financement créatif pour des médias créatifs » pourrait mettre en évidence certaines solutions innovantes, qui vont de financements philanthropiques à des financements publics et privés, en passant par l'utilisation des nouvelles technologies, a-t-il ajouté.
Dans le même ordre d’idées, Jörg Mertens du Handelsblatt a dévoilé plusieurs options de développement de l’image de marque des médias et de nouveaux services. Il propose notamment la création d'un centre de recherche qui fournirait des analyses payantes au-delà de la couverture médiatique ou des offres de rencontres avec des décideurs politiques en plus des adhésions et des abonnements.