Interdiction de l'avortement : en Pologne, des morts qui auraient pu être évitées

Deux ans après l’interdiction de l’avortement en Pologne, le Parlement européen s'est rendu dans le pays pour en analyser les effets. Selon les eurodéputés, cette loi met en danger la vie des femmes, pouvant provoquer jusqu’à leur mort.

/ Euractiv.com
Women’s Rights and Gender Equality committee gathers at EU Parliament
« 6 femmes sont mortes en 2022 parce qu'elles n'ont pas interrompu leur grossesse », a déclaré le député polonais Robert Biedron, leader du parti d'opposition Nova Lewika, lors d'une conférence de presse au Parlement européen jeudi 17 novembre. [<a href="https://epaimages.com/search.pp" target="_blank" rel="noopener">STEPHANIE LECOCQ/EPA</a>]

Deux ans après l’interdiction de l’avortement en Pologne, le Parlement européen s’est rendu dans le pays pour en analyser les effets. Selon les eurodéputés, cette loi met en danger la vie des femmes, pouvant provoquer jusqu’à leur mort.

« 6 femmes sont mortes en 2022 parce qu’elles n’ont pas interrompu leur grossesse », a déclaré le député polonais Robert Biedron, leader du parti d’opposition Nowa Lewica, lors d’une conférence de presse au Parlement européen organisée par les commissions LIBE et FEMM jeudi 17 novembre.

« Et ce sont uniquement les cas dont nous sommes au courant. Il y en a sûrement plus », a ajouté Kamila Ferenc, avocate de la Fondation pour les femmes et le planning familial FEDERA.

« Seules 107 grossesses légales ont eu lieu en Pologne en 2022. Le pays compte environ 40 millions d’habitants, dont la moitié sont des femmes », a ajouté M. Biedron.

Les associations dénoncent un manque total d’accès aux soins pour les femmes en Pologne qui doivent interrompre leur grossesse pour des raisons médicales ou parce qu’elle est le résultat d’un viol.

C’est actuellement le cas de plusieurs réfugiées ukrainiennes qui, en fuyant la guerre, ont subi des violences sexuelles, et se retrouvent enceintes sans pouvoir avorter.

Lors de la conférence de presse, Kamila Ferenc a également souligné l’une des graves conséquences de l’interdiction de l’avortement : de plus en plus d’enfants naissent avec une maladie rare et meurent peu après leur naissance.

Les décisions concernant le corps des femmes ne doivent pas être « entre les mains de conservateurs », a-t-elle asséné.

« Les femmes polonaises doivent être traitées de la même manière que les autres femmes européennes. La réalité des femmes polonaises pourrait un jour être la réalité de votre pays », a-t-elle ajouté face aux eurodéputés.

« Les femmes comme incubateurs »

Barbara Skrobol, la belle-sœur d’Izabela Sajbor, première victime de l’interdiction de l’avortement en Pologne, était également présente au Parlement européen.

Izabela Sajbor avait 30 ans et une petite fille, Maya, âgée de 9 ans. Peu après la découverte de sa grossesse, Izabela apprend que son futur bébé ne vivra pas longtemps car il est atteint d’une maladie rare. Elle se rend alors chez des médecins pour recourir à une IVG, mais tous refusent.

Le 22 septembre 2022, Izabela se rend en urgence à l’hôpital après des contractions prématurées. Les médecins lui disent qu’ils attendront que le cœur du fœtus s’arrête de battre pour l’opérer par césarienne, dans le but de lui éviter une septicémie.

Mais peu après la mort du fœtus, Izabela décède d’une crise cardiaque après avoir demandé de l’aide aux médecins à plusieurs reprises.

« Ils n’ont rien pu faire à cause de la loi anti-avortement », a déclaré avec colère sa belle-sœur.

« C’est horrible. Voilà ce qu’est la procédure. Ils considèrent les femmes comme des incubateurs », avait envoyé Izabela par texto à sa mère quelques heures avant de mourir.

« Elle savait qu’elle était torturée, forcée d’attendre la mort du fœtus », a ajouté Barbara Skrobol face aux députés.

L’UE appelée à prendre des mesures

Robert Biedron a ensuite expliqué aux journalistes qu’en Pologne, il existe des registres de grossesse contrôlés par le gouvernement afin de suivre la grossesse de ces femmes.

Même si une citoyenne ou une résidente polonaise décide de procéder à un avortement à l’étranger, à son retour, elle risque d’être persécutée par l’État et de recevoir une lourde peine pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement, a expliqué M. Biedron.

Dans l’UE, la plupart des pays ont rendu l’avortement légal, à l’exception de Malte et de la Pologne. Malte a la loi la plus restrictive de toute l’Europe : l’avortement est totalement interdit et passible de trois ans de prison.

Dans les autres États membres, la durée maximale de l’avortement varie, mais la plupart des pays ont fixé la limite à 12 semaines.

En juillet, suite à la révocation de l’arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême des États-Unis en juin dernier, le Parlement européen a appelé à inclure le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE.

« Les députés européens condamnent une fois de plus avec la plus grande fermeté le recul des droits des femmes et de la santé et des droits sexuels et reproductifs aux États-Unis et dans certains États membres », avait déclaré la commission FEMM dans un communiqué.

Mais, pour la société civile et les ONG, ce n’est pas suffisant.

« Le Parlement européen doit continuer à faire pression sur le gouvernement polonais et utiliser tous les outils dont il dispose, ou d’autres femmes mourront », a prévenu Caroline Hickson.