La « guerre des céréales » s'intensifie entre la Pologne et l'Ukraine
Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a décidé de ne plus fournir d’armes à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, en réaction à l’escalade des tensions entre les deux pays au sujet des importations de céréales.
Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a décidé de ne plus fournir d’armes à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, en réaction à la montée de tensions entre les deux pays au sujet des importations de céréales.
Le ministère polonais des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur ukrainien Vasyl Zvarych à la suite des déclarations du président Volodymyr Zelensky lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York mercredi (20 septembre).
Lors de cette assemblée, M. Zelensky a déclaré : « Certains en Europe jouent la solidarité dans un théâtre politique, faisant de l’approvisionnement en céréales un thriller ».
« Ces pays semblent jouer leur propre rôle alors qu’ils contribuent en réalité à préparer le terrain pour l’acteur moscovite », a-t-il ajouté.
M. Zelensky a évoqué le refus de la Pologne, de la Slovaquie et de la Hongrie d’abandonner l’interdiction d’importation de céréales, bien que la Commission européenne ne l’ait pas prolongée. Ces pays soutiennent qu’ils défendent leurs propres producteurs de céréales contre la baisse de la demande et des prix qui a porté préjudice aux marchés nationaux au cours de l’année écoulée.
Kiev a poursuivi les trois pays devant l’OMC, comme l’a confirmé le porte-parole de l’organisation, et une demande de consultations a été reçue lundi soir (18 septembre), a déclaré le porte-parole à Reuters.
Le Premier ministre ukrainien Denys Shmyhal a ensuite confirmé sur Telegram que Kiev imposerait en représailles des restrictions à l’importation de certaines catégories de marchandises en provenance de Pologne et de Hongrie si ces pays ne levaient pas leurs interdictions unilatérales.
Dans le cas de la Pologne, un embargo serait imposé sur les pommes, les choux, les oignons et les pommes de terre.
Cette mesure posera d’importants problèmes, en particulier aux producteurs de pommes, qui souffrent déjà de la baisse de la demande pour leurs récoltes en raison de l’afflux excessif de jus de pomme bon marché en provenance d’Ukraine vers la Pologne. L’Ukraine est le quatrième importateur de pommes polonaises, selon l’Association polonaise des producteurs de fruits (ZSP).
Le conflit s’est encore aggravé après que le Premier ministre polonais a déclaré que Varsovie cesserait de fournir des armes à Kiev en guise de réponse.
« Nous ne transférons plus d’armes à l’Ukraine parce que nous armons maintenant la Pologne avec des armes plus modernes », a déclaré M. Morawiecki mercredi (20 septembre) dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Polsat.
Il a ajouté qu’il ne mettrait pas d’obstacles aux livraisons d’armes en provenance d’autres pays, étant donné que la Pologne est une plaque tournante militaire cruciale pour le transfert d’armes à l’Ukraine.
Varsovie condamne les oligarques ukrainiens
Les déclarations de M. Zelensky ont également été critiquées par l’eurodéputée et ancienne Première ministre Beata Szydło, du parti polonais Droit et Justice (PiS) au pouvoir.
« Le président ukrainien se plaint… mais pour quoi faire ? Le corridor de transit existait, et il existe toujours. Malheureusement, ce sont les oligarques ukrainiens qui ont abusé de la confiance et ont inondé les marchés des pays de l’UE avec leurs céréales au lieu de les transporter plus loin », a-t-elle écrit sur X.
« Ce que Volodymyr Zelensky dit aujourd’hui sont des insinuations indignes d’un homme politique aussi sérieux », a ajouté Mme Szydło.
Pendant ce temps, le président Andrzej Duda a comparé l’Ukraine à un homme qui se noie.
« Quiconque a déjà secouru une personne en train de se noyer sait qu’une personne en train de se noyer est incroyablement dangereuse et qu’elle peut vous entraîner dans les profondeurs […] Une personne en train de se noyer s’accroche à tout ce qu’elle peut », a-t-il déclaré.
La Pologne « doit agir pour se protéger du mal qui nous est fait, car si une personne qui se noie nous cause du tort […] elle ne recevra pas d’aide », a déclaré M. Duda.
Le président polonais devait rencontrer son homologue ukrainien à New York, mais la réunion a été annulée au dernier moment.