Le baiser de la mort de Trump redonne vie à Meloni
Également dans l'édition de mercredi : l'équipe de Magyar, les plans de Tzitzikostas, la tournée américaine de Dombrovskis, les LUX awards
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 15 avril. Ici Eddy Wax, en compagnie de Nicoletta Ionta depuis Bruxelles.
À savoir :
🟢 L’attaque surprise de Trump contre Meloni pourrait bien l’aider
🟢 Nous vous présentons l’équipe européenne de Péter Magyar
🟢 Le commissaire Tzitzikostas dément les rumeurs concernant son départ
Sur le rond-point Schuman : quel film a remporté les Oscars de l’UE ?
L’Europe, vue de Bruxelles
Appelons cela le baiser de la mort. Viktor Orbán a découvert cette semaine à quel point le soutien des États-Unis peut être contre-productif. Giorgia Meloni, en revanche, pourrait bien tirer profit d’un traitement inverse : une série d’insultes bien placées de la part de Donald Trump.
« Elle n’est plus la même personne, et l’Italie ne sera plus le même pays », a déclaré Trump au Corriere della Sera, exprimant sa colère face au refus de Rome d’autoriser les forces américaines à utiliser une base militaire italienne pour mener des frappes contre l’Iran. « Je suis choqué par elle. Je pensais qu’elle était courageuse, mais je me suis trompé. » Meloni n’a pas encore répondu.
Il s’agit d’un nouveau volte-face rhétorique de la part d’un président qui avait auparavant qualifié Meloni de « belle », « fantastique », d’« amie » et de « grande dirigeante ». La rupture, cependant, couvait depuis un certain temps. Meloni a récemment critiqué Trump pour ce qu’elle a qualifié d’attaques « inacceptables » contre le pape Léon XIV.
Elle est sur la défensive depuis une défaite cuisante lors d’un référendum à enjeux élevés sur la réforme judiciaire. Ce revers a été suivi d’un mois infernal pour son gouvernement : démissions d’alliés clés, scandale impliquant des finances présumées liées à la mafia autour d’un restaurant de Rome, et l’émergence d’un adversaire de centre-gauche en pleine remontée.
Mais, juste à temps, la salve de Trump a suscité un rare élan d’unité nationale. Des figures de l’opposition, dont la dirigeante du Parti démocrate Elly Schlein et l’ancien commissaire européen Paolo Gentiloni, se sont mobilisées pour défendre Meloni. C’est un schéma qui devient de plus en plus familier : lorsque Trump se déchaîne, les dirigeants européens peuvent marquer des points chez eux.
On peut s’attendre à ce que l’extrême droite européenne se montre plus froide envers Trump. En France, le Rassemblement national continue de prendre ses distances par rapport à son enthousiasme initial, alors qu’il se prépare pour la course à la présidence de 2027.
Les populistes prennent conscience des risques qu’il y a à faire la cour au président américain.
L’équipe de Magyar prend forme
L’un des principaux arguments de la campagne de Viktor Orbán contre Péter Magyar était que son parti Tisza n’était qu’une entreprise unipersonnelle. Aujourd’hui, alors que Magyar s’apprête à rencontrer le président hongrois nommé par le Fidesz, son équipe gouvernementale commence à s’étoffer.
J’ai dressé le portrait des figures clés de l’équipe européenne du futur Premier ministre, ces personnes qui joueront un rôle déterminant pour réparer les relations tendues entre Budapest et Bruxelles et, surtout, pour débloquer les fonds de l’Union.
Parmi eux figurent Márton Hajdu, pressenti pour devenir le prochain ambassadeur de la Hongrie auprès de l’UE ; Anita Orbán, qui devrait devenir ministre des Affaires étrangères ; et Zoltán Tarr, un député européen de premier plan susceptible de suivre Magyar dans son pays. Lisez mon article complet ici.
Tzitzikostas dément les rumeurs de démission
Le commissaire Apostolos Tzitzikostas a rejeté les informations parues dans les médias selon lesquelles il envisagerait de démissionner pour se présenter aux élections nationales grecques l’année prochaine.
« Je démente fermement ces allégations – elles sont totalement infondées », a affirmé Tzitzikostas au correspondant en chef d’Euractiv, Sarantis Michalopoulos. Le commissaire, chargé des transports et du tourisme, reste une figure de proue du parti au pouvoir en Grèce, Nouvelle Démocratie. Des informations laissaient entendre qu’il envisageait de se présenter à Thessalonique.
En réalité, son départ pour Bruxelles en 2024 a été perçu comme un soulagement par plusieurs de ses collègues au sein de Nouvelle Démocratie, où il était considéré comme une étoile montante ambitieuse susceptible, à terme, de briguer la direction du parti.
Le périple de Dombrovskis
L’UE fait pression sur ses alliés occidentaux pour qu’ils accélèrent le versement d’un prêt de 45 milliards d’euros à l’Ukraine avant que Bruxelles ne puisse débloquer sa propre facilité de prêt de 90 milliards d’euros, rapporte mon collègue Thomas Møller-Nielsen.
Valdis Dombrovskis, le commissaire européen chargé de l’économie, profitera des réunions prévues cette semaine à Washington avec les ministres du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis pour faire pression en faveur du versement de 7 milliards d’euros au titre du programme de prêts dit « Extraordinary Revenue Acceleration ».
Magyar a quant à lui laissé entendre qu’il lèverait le blocage d’Orbán sur un prêt européen distinct de 90 milliards d’euros destiné à Kiev.
Subventions à gogo
La Commission envisage de nouvelles subventions publiques de grande envergure pour les entreprises européennes, alors que Bruxelles s’efforce de protéger l’économie de l’Union contre la flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran. Lire l’article complet.
Rond-point Schuman
Et le gagnant est : Sorda a remporté hier soir le plus grand prix cinématographique de l’Union européenne pour son histoire sur la maternité, l’identité et la vie dans un monde d’entendants, rapporte Martina Monti depuis le Parlement européen.
Le film suit Ángela, une femme sourde qui attend un enfant de son compagnon entendant, Héctor. Le rôle principal est interprété par la sœur de la réalisatrice Eva Libertad, Miriam Garlo, qui est sourde.
La meilleure université hongroise ne reviendra pas : L’Université d’Europe centrale a exclu de retourner à Budapest depuis Vienne malgré la défaite électorale d’Orbán. « On ne peut pas déménager une université deux fois », a déclaré son recteur. Magnus Lund Nielsen nous livre l’intégralité de l’histoire.
Les capitales
DUBLIN 🇮🇪
Le gouvernement de coalition irlandais a survécu mardi à une motion de censure déposée par le Sinn Féin, l’emportant par 92 voix contre 78 après que des manifestations contre la flambée des prix du carburant ont perturbé le trafic routier, les dépôts de carburant et la seule raffinerie de pétrole du pays. Ces troubles, menés par les transporteurs routiers et les entrepreneurs agricoles, ont conduit à des baisses d’impôts d’urgence, notamment une réduction de 10 % sur l’essence et le diesel, ainsi qu’un report des hausses prévues de la taxe carbone.
– Christina Zhao
BERLIN 🇩🇪
L’Allemagne et l’Ukraine ont signé un pacte de défense portant sur la défense aérienne, les drones et le partage de données sur le champ de bataille, tandis que Berlin s’engageait à verser 4 milliards d’euros pour financer des contrats d’armement comprenant plusieurs centaines de missiles Patriot et 36 lanceurs IRIS-T. L’accord prévoit également la création d’une coentreprise dans le domaine des drones et donne à l’Allemagne accès aux données de combat ukrainiennes, y compris aux enseignements opérationnels tirés de l’utilisation d’armes allemandes contre la Russie.
– Kjeld Neubert
PARIS 🇫🇷
Les enquêteurs français chargés de la lutte contre la corruption se sont vu refuser l’accès à l’Élysée mardi lors de perquisitions liées à une enquête sur des soupçons de favoritisme, de corruption et de trafic d’influence concernant les cérémonies d’intronisation au Panthéon. Les procureurs ont déclaré que les responsables avaient invoqué les protections constitutionnelles couvrant les locaux présidentiels, tandis que la présidence a indiqué que les documents sans rapport avec les fonctions d’Emmanuel Macron seraient remis sur demande.
– Christina Zhao
MADRID 🇪🇸
Le gouvernement espagnol a approuvé un programme de régularisation à grande échelle pour les migrants sans papiers, accordant un statut légal à environ 500 000 résidents étrangers en vertu d’un décret royal dévoilé en janvier. Les ministres l’ont qualifié de plus grande refonte des règles d’immigration espagnoles jamais enregistrée. Pedro Sánchez a qualifié cette mesure d’« acte de justice », tandis que le Parti populaire, dans l’opposition, a déclaré qu’il contesterait cette mesure devant les tribunaux espagnols et européens.
– Inés Fernández-Pontes
VARSOVIE 🇵🇱
Le député d’extrême droite Konrad Berkowicz a suscité l’indignation au sein du Parlement polonais après avoir brandi un drapeau israélien modifié arborant une croix gammée tout en dénonçant les actions d’Israël au Moyen-Orient. Le président de la Diète, Włodzimierz Czarzasty, a condamné ce geste comme étant injustifié et a annoncé que des sanctions suivraient. Les députés ont qualifié l’incident de « scandale » et une motion a été déposée pour renvoyer l’affaire devant le parquet.
– Charles Szumski
BRATISLAVA 🇸🇰
Des milliers de personnes ont manifesté mardi contre le projet de la coalition de Robert Fico visant à supprimer le vote par correspondance depuis l’étranger avant le scrutin législatif du 24 avril. Les détracteurs affirment que cette mesure vise à réduire le soutien à l’opposition pro-européenne parmi les Slovaques de l’étranger, qui représentaient 2 % des électeurs en 2023 mais ont massivement soutenu les partis anti-gouvernementaux.
– Natália Silenská
PRAGUE 🇨🇿
Le gouvernement tchèque a proposé de remplacer le financement par la redevance des chaînes publiques Czech Television et Czech Radio par un financement direct sur le budget de l’État à partir de 2027, une initiative qui, selon les critiques, risque d’entraîner des ingérences politiques. Le ministre de la Culture, Oto Klempíř, a assuré que cette réforme préservait l’indépendance éditoriale, mais ses opposants craignent qu’elle n’affaiblisse l’autonomie des médias sous la coalition populiste de droite d’Andrej Babiš.
– Aneta Zachová
Également sur Euractiv
Opinion : La Hongrie a défendu l’Europe contre l’effacement civilisationnel
Simon Nixon, chroniqueur chez Euractiv, affirme que la victoire électorale de Péter Magyar est importante non pas parce qu’il est un réformateur libéral, mais parce qu’il a renversé Viktor Orbán malgré un système électoral truqué, un paysage médiatique dominé par les alliés d’Orbán et le soutien politique étranger tant de Donald Trump que de Vladimir Poutine.
Nixon estime que ces résultats pourraient également redessiner l’Europe : la Hongrie pourrait désormais débloquer des décisions clés de l’UE, notamment le financement de l’Ukraine, tandis que la chute d’Orbán prive la droite nationaliste de son porte-drapeau le plus influent.
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Sarantis Michalopoulos, Thomas Møller-Nielsen, Martina Monti, Magnus Lund Nielsen, Pietro Guastamacchia, Charles Cohen, Nikolaus J. Kurmayer
Traductrice : Clara Vassent