Entre Sánchez and Frederiksen
Également dans l'édition de jeudi : le retour sur investissement ukrainien, Léon Gloden, les agriculteurs finlandais
Vous lisez Rapporteur ce jeudi 6 août. Ici Magnus Lund Nielsen, depuis Bruxelles, d’où je m’attaque à la lourde tâche de remplacer nos deux pointures anglo-italiennes, Eddy et Nicoletta, pendant qu’ils profitent d’une pause estivale bien méritée.
À retenir :
🟢 La Suède pourrait offrir à la gauche européenne un nouveau leader – mais de quel genre ?
🟢 Le Luxembourg prévient l’Allemagne : les contrôles aux frontières n’arrêteront pas l’extrême droite
🟢 La Finlande présente les subventions agricoles comme un investissement en matière de sécurité
L’Europe, vue de Bruxelles
La Suède est-elle sur le point de se doter d’un Pedro Sánchez ou d’une Mette Frederiksen comme prochain Premier ministre ?
Les sondages à l’approche des élections du 13 septembre indiquent que l’ancienne Première ministre Magdalena Andersson et ses sociaux-démocrates sont bien partis pour revenir au pouvoir.
Son retour donnerait au centre-gauche européen un quatrième dirigeant au Conseil européen, où il n’est actuellement représenté que par trois personnalités, à un moment où les progressistes sont de plus en plus divisés sur la question de l’immigration. Cette division a été mise à nu lors de la récente crise de Ceuta, lorsque Mette Frederiksen, une partisane de la ligne dure en matière d’immigration au sein du Parti socialiste, a accusé son collègue socialiste Pedro Sánchez de créer un « facteur d’attraction » par le biais de ses politiques migratoires et a rallié des soutiens en faveur d’une lettre commune critiquant la réponse de Madrid.
Quelle serait la place d’Andersson dans tout cela ?
« Je pense qu’elle a beaucoup de sympathie pour ce que fait Sánchez, mais dans la pratique, elle sera probablement plus proche du système danois », a déclaré à Rapporteur Margot Wallström, ancienne vice-présidente de la Commission, ministre suédoise des Affaires étrangères et collègue social-démocrate.
Wallström a ajouté qu’elle espère qu’Andersson pourrait jouer le rôle de « bâtisseuse de ponts » entre les deux camps.
Andersson elle-même a évolué sur la question de l’immigration. Elle a déclaré à Euractiv l’année dernière que la Suède avait eu « tort » de mettre en place l’un des systèmes d’asile les plus généreux d’Europe. Elle était ministre des Finances en 2015, lorsque la Suède a reçu environ 163 000 demandes d’asile alors que plus d’un million de réfugiés et de migrants arrivaient en Europe, dont beaucoup fuyaient la guerre en Syrie.
L’opinion publique s’est également durcie. Un sondage YouGov réalisé l’année dernière a révélé que 73 % des Suédois estimaient que l’immigration avait été trop importante au cours de la décennie précédente.
Wallström a défendu la réponse du gouvernement de l’époque, la qualifiant d’« approche humaine », mais a reconnu que Stockholm avait fait preuve de naïveté en espérant que les autres pays de l’UE partageraient cette responsabilité.
« Il y a clairement une limite à ce que la société peut gérer et absorber », a-t-elle affirmé, faisant valoir que le système d’intégration suédois n’avait pas su s’adapter à l’ampleur des arrivées.
Pour autant, Andersson n’est pas Frederiksen – et a peu de chances de le devenir.
Les partenaires de coalition potentiels d’Andersson, le Parti vert et le Parti du centre, l’orienteraient vers une position plus libérale en matière d’immigration, tandis qu’Andersson elle-même s’est abstenue de se joindre aux critiques de Frederiksen et de Giorgia Meloni à l’encontre de Sánchez au sujet de Ceuta, suggérant plutôt que le Maroc pourrait avoir contribué à aggraver la crise.
Retour sur investissement ukrainien
L’UE commence à récolter certains des fruits de son soutien à Kiev dans sa lutte pour la survie – et pas seulement en matière de défense.
Alors même que la Russie pilonnait l’Ukraine avec des vagues de frappes de missiles balistiques ces dernières semaines, Kiev a dépêché 70 pompiers pour aider la France à lutter contre ses pires incendies de forêt depuis la Seconde Guerre mondiale. Quelques jours plus tard, l’Ukraine est venue en aide à un allié bien moins enthousiaste : la Hongrie. Comme le rapporte mon collègue Nikolaus J. Kurmayer, l’Ukraine a contribué à stabiliser le réseau électrique hongrois après la fermeture temporaire de la seule centrale nucléaire du pays, devenant ainsi, fin juillet, le deuxième exportateur d’électricité de la région alors même qu’elle est en guerre.
Le bénéficiaire est pour le moins surprenant. Budapest a passé des années à faire obstruction à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE sous des gouvernements successifs.
L’Ukraine pourrait, en théorie, fournir encore plus d’électricité. Mais les exportations vers l’UE ont été plafonnées à environ un tiers de la capacité disponible afin de protéger le réseau européen contre toute perturbation au cas où des frappes russes endommageraient le réseau de transport ukrainien. « Car si vous avez un contrat et qu’une ligne est bombardée, vous vous retrouvez face à un problème », a indiqué Artur Lorkowski, qui dirige le groupe de coordination énergétique de l’UE pour les pays souhaitant adhérer à l’Union.
Lisez l’article complet de Nikolaus.
Le Luxembourg met en garde : toucher à Schengen se retournera contre nous
Imposer des contrôles aux frontières intérieures pour freiner la montée du populisme ne fonctionnera pas, a déclaré le ministre luxembourgeois de l’Intérieur à Rapporteur.
Léon Gloden a fait valoir que l’Allemagne ne dispose d’aucune base juridique pour maintenir des contrôles à sa frontière avec le Luxembourg, que Berlin a prolongés après la crise migratoire de Ceuta. Ces mesures touchent plus de 50 000 personnes qui se rendent chaque jour au Grand-Duché pour leur travail.
Alors que l’Allemagne s’apprête à tenir trois élections régionales cet automne et que l’AfD devrait y obtenir de bons résultats, Gloden s’est demandé si le durcissement des politiques migratoires s’attaque réellement aux véritables causes du soutien à l’extrême droite : « Malgré la politique allemande en matière de migration […] les sondages montrent que le soutien à l’AfD continue d’augmenter. La question se pose donc : est-ce uniquement dû aux questions migratoires ou cela n’est-il pas également lié à d’autres aspects, notamment économiques et sociaux ? »
Les agriculteurs finlandais en première ligne
Le long des 1 340 kilomètres de frontière entre la Finlande et la Russie, les agriculteurs sont devenus un réseau informel d’alerte précoce, signalant les activités suspectes, les passages illégaux et les cas présumés de brouillage GPS, tout en contribuant à faire vivre les communautés frontalières peu peuplées.
Ce nouveau rôle renforce l’argument d’Helsinki selon lequel les subventions agricoles de l’UE dans l’est de la Finlande constituent également un investissement dans la sécurité européenne. Alors que Bruxelles débat de l’avenir de la politique agricole commune, la Finlande fait valoir que le simple fait de maintenir une présence humaine à la frontière constitue en soi une forme de dissuasion.
Mais cette stratégie devient de plus en plus difficile à maintenir. La fermeture des postes-frontières a coupé l’approvisionnement en carburant et en marchandises à bas prix, les touristes russes ont disparu et les villages se vident progressivement. Les agriculteurs préviennent que la plus grande menace n’est peut-être pas une incursion militaire, mais le dépeuplement : une fois que les derniers habitants seront partis, il ne restera plus personne pour surveiller la frontière.
Lisez le reportage d’Alice Bergoënd depuis le sol finlandais.
Voici deux nouveaux articles d’Euractiv :
- La Russie étend sa campagne de désinformation électorale en Allemagne
- Opinion : L’Europe a échoué face à la crise migratoire de Ceuta
Rond-point Schuman
Fraude aux oursons gélifiés : Le Parquet européen (EPPO) mène une enquête sur un présumé réseau de fraude douanière impliquant des importations de gélatine en provenance du Brésil. Baptisée « Operation Gummy Bear » (opération oursons gélifiés), cette enquête a donné lieu à des perquisitions au Brésil, en Belgique et en Allemagne. Les procureurs soupçonnent une entreprise allemande d’avoir sous-évalué ses importations de gélatine via une filiale brésilienne afin de réduire les droits de douane, échappant ainsi à environ 285 000 € de paiements.
Haute tension, bas salaire : Volt Europe est sous le feu des critiques après la publication par son coprésident d’une offre de stage de six mois à raison de 38 heures par semaine, proposant une allocation mensuelle de seulement 550 €. Cette annonce a suscité des critiques sur LinkedIn, où un internaute l’a qualifiée de « pratiquement équivalente à un stage non rémunéré » en Belgique ou aux Pays-Bas, tandis qu’un autre a rappelé qu’il ne pouvait même pas s’offrir une barre de chocolat avec la même allocation il y a dix ans.
Les capitales
PARIS 🇫🇷
Emmanuel Macron a condamné les dernières frappes meurtrières russes sur Kiev, qualifiant la campagne menée par Moscou de « politique de terreur » et d’« inacceptable ». Il a déclaré que la Russie doit « payer le prix de son agression » et être tenue responsable de ses crimes, réaffirmant le soutien de la France à l’Ukraine. Macron a ajouté que l’UE et ses partenaires continueront de faire pression sur Moscou par le biais d’un soutien militaire accru et de nouvelles sanctions.
– Clara Vassent
BERLIN 🇩🇪
Les autorités allemandes ont suspendu les opérations à l’aéroport de Leipzig/Halle après avoir découvert un drone chargé d’explosifs près d’un avion-cargo ukrainien de type Antonov, ce qui a donné lieu à une enquête de sécurité nationale. L’engin explosif a été récupéré pour faire l’objet d’une expertise médico-légale après que son détonateur aurait, selon certaines informations, fait défaut. Un avion-cargo de DHL a ensuite été dérouté vers Hanovre après avoir heurté un objet non identifié lors d’une remise des gaz. Les autorités ont indiqué qu’il n’est pas certain que l’objet soit également un drone. Lisez l’article complet.
– Björn Stritzel
ROME 🇮🇹
L’Italie prévoit de tirer parti de la flexibilité budgétaire accordée par l’UE pour consacrer 14 milliards d’euros supplémentaires à la sécurité énergétique et 21 à 22 milliards d’euros à la défense au cours des trois prochaines années, a déclaré le ministre des Finances, Giancarlo Giorgetti. Il a ajouté que ces projets, qui seront évalués par la Commission européenne en septembre, pourraient également ouvrir la voie à la signature par Rome de son accord de prêt de défense SAFE, en suspens depuis longtemps. Lisez l’article complet.
– Stefano Porciello and Pietro Guastamacchia
BUCAREST 🇷🇴
Le président Nicușor Dan a déclaré qu’il renverrait au Parlement les amendements à une loi sur l’énergie après que les ministres ont averti qu’ils pourraient compromettre environ 5 milliards d’euros de subventions européennes. Le ministre des Investissements européens, Dragoș Pîslaru, a affirmé que ces modifications risquent de compromettre l’accès aux fonds, déjà affectés à des projets d’envergure. En l’absence d’une majorité gouvernementale stable, le sort du projet de loi reste incertain, ce qui laisse entrevoir un retard des investissements et un ralentissement de la croissance économique.
– Matei Rosca
VARSOVIE 🇵🇱
Le Premier ministre Donald Tusk a exhorté les employeurs à protéger leurs salariés alors que les températures avoisinaient les 40 °C dans une grande partie du pays, avertissant que la chaleur présente des risques pour la santé et la vie. Il a appelé à mettre à disposition de l’eau fraîche, des ventilateurs, la climatisation, le télétravail lorsque cela est possible et des pauses supplémentaires. Des alertes canicule ont été déclenchées dans la quasi-totalité de la Pologne, tandis que les températures extrêmes ont perturbé les services publics et réduit la production de deux centrales électriques d’Enea.
– Charles Szumski
LA HAYE 🇳🇱
La région de Rotterdam a imposé des restrictions d’eau sans précédent, alors qu’une sécheresse prolongée et le faible niveau des eaux du Rhin mettent en péril l’approvisionnement en eau douce et augmentent les risques de salinisation. Les autorités ont fermé les écluses de la Nieuwe Maas à la navigation et interdit les prélèvements d’eau de surface dans 14 communes, dont Rotterdam, La Haye et Delft. Les responsables de la gestion de l’eau ont averti que les réserves d’eau douce s’amenuisent, tandis que les producteurs sous serre ont déclaré que leurs cultures pourraient périr en quelques jours sans précipitations.
– Charles Szumski
Editeurs.trices : Magnus Lund Nielsen, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Eddy Wax, Nikolaus J. Kurmayer, Angelo Di Mambro, Alice Bergoënd, Björn Stritzel
Traductrice : Clara Vassent