Le parlement de Strasbourg sur un siège éjectable ?
Une étude de l’Université de Zurich souligne les coûts exorbitants de la navette mensuelle des eurodéputés vers le siège du Parlement à Strasbourg. Pour le gouvernement, il n’est pas question de remettre en cause ce symbole de la ville alsacienne.
Une étude de l’Université de Zurich souligne les coûts exorbitants de la navette mensuelle des eurodéputés vers le siège du Parlement à Strasbourg. Pour le gouvernement, il n’est pas question de remettre en cause ce symbole de la ville alsacienne.
Avec les commissions et les réunions de groupes politiques à Bruxelles, les sessions plénières à Strasbourg et la moitié de son administration au Luxembourg, le Parlement est très européen. Mais les élus et leurs assistants semblent en avoir assez des navettes entre les sites et dénoncent de mauvaises conditions de travail dans les bâtiments strasbourgeois.
Selon une étude de l’Université de Zurich, rendue publique début 2011, 91% des députés préfèreraient Bruxelles à Strasbourg si un seul site devait être retenu, contre 70% en 2010. Les Français ne font pas non plus dans le chauvinisme : seuls 28% d’entre eux choisiraient Strasbourg.
Mais ces résultats doivent être modérés. Ils sont fondés sur les réponses de 417 membres du Parlement, dont 61 eurodéputés.
Ces chiffres sont repris dans un rapport commandé par le vice-président britannique du Parlement européen Edward McMillan-Scott (ADLE). Ce défenseur du site bruxellois veut relancer le vieux débat sur l’opportunité de conserver les sessions plénières à Strasbourg.
C’est « un anachronisme » en particulier en période d’austérité budgétaire, explique le député pour justifier son initiative. Une démarche soutenue par Londres. « Quelle énorme et inutile perte de temps et de ressources y a-t-il pour le Parlement d’avoir un siège à Bruxelles et un à Strasbourg », estime le porte-parole du gouvernement britannique.
10 millions d’euros par session
Selon le Parlement, les dépenses supplémentaires engendrées par les deux sites représentent 10 millions d’euros par session plénière soit 120 millions d’euros par an.
La « transhumance » parlementaire oblige, chaque mois, plus de 3000 personnes à se déplacer. Députés européens, assistants parlementaires, fonctionnaires des différentes institutions mais aussi lobbyistes ou journalistes doivent à chaque fois trouver un hébergement.
L’annulation de deux sessions plénières à Strasbourg en 2008 avait permis d’économiser plus de 1,7 millions d’euros, frais d’annulation inclus.
En 2002, une étude commandée par le secrétaire général du Parlement Julian Priestley avait estimé qu’un seul site parlementaire pourrait faire économiser 22 millions d’euros de salaires, équivalent à 317 postes (chauffeurs, concierges, gestionnaires de locaux et fournitures). Avec les récents élargissements, ce chiffre pourrait être plus important.
Toute l’année, 80 personnes travaillent au Parlement strasbourgeois, contre 3270 à Bruxelles et 2185 à Luxembourg. Même inoccupés, les 340 000 m² de bâtiments de la capitale alsacienne doivent être entretenus et surveillés.
Au total, le coût annuel de la dispersion du Parlement européen sur trois sites serait estimé à 16% du budget parlementaire, soit entre 200 et 250 millions d’euros.
Lieu symbolique
Si les sessions ont un coût pour le Parlement, elles représentent une manne financière pour la ville de Strasbourg. Les sessions sont importantes pour l’hôtellerie, la restauration et les taxis. Selon le groupement des hôteliers, l’annulation des deux sessions à Strasbourg en 2008 a engendré une perte de presque 20% du chiffre mensuel par établissement hôtelier. La ville développe son parc en 3 et 4 étoiles pour faire face à la demande.
Mais un siège du Parlement européen demande aussi à la ville et à la communauté urbaine des investissements, notamment dans les lignes ferroviaires Paris-Strasbourg et Rhin-Rhône.
Un contrat triennal «Strasbourg, capitale européenne» a été mis en place pour développer des actions liées à l’Europe, comme de meilleures dessertes de transport. Financé par la ville, la communauté urbaine, le département, la région et l’État, ce contrat coûte 244,48 millions d’euros pour 2009-2011.
Mais le siège alsacien est aussi symbolique. «Strasbourg mise dessus pour son rayonnement. Et les Strasbourgeois y sont attachés car ils estiment que le Parlement est conforme à l’histoire de la ville», explique un employé de la ville.
« Certains députés disent que le travail parlementaire est plus visible à Strasbourg, que le Parlement n’est pas rattaché à l’image bureaucratique de Bruxelles», ajoute-t-il.
Du côté du gouvernement français, cette étude relève « d’une initiative personnelle » et il n’est pas question de remettre en cause la légitimité de Strasbourg. « La pluralité des lieux de travail pour les institutions et les organes européens reflète la diversité de l’Union européenne. Nous y sommes, comme beaucoup d’autres, pleinement attachés », a rappelé le ministère des Affaires étrangères vendredi 11 février. Le Quai d’Orsay explique enfin que la tenue des sessions plénières à Strasbourg est inscrite dans le traité de Lisbonne, dont la modification requiert l’unanimité.
POSITION
Pour l’eurodéputée Catherine Trautmann (S&D, PS), ancienne maire de Strasbourg, le bilan économique est « contrasté » pour la ville. En Effet, Strasbourg ne bénéficie qu’une fois par mois de l’activité parlementaire et doit donc trouver d’autres sources d’activités pour les entreprises d’accueil (hôtel, restaurant…). Mais « la question économique est secondaire par rapport à l’attachement à l’institution. Le siège est d’abord une question politique », souligne la députée européenne. Elle rappelle que le choix de la ville alsacienne fait partie d’une volonté d’une Europe décentralisée, et non pas uniquement fixé à Bruxelles. « A Strasbourg, le Parlement européen marque clairement son indépendance par rapport à la Commission et au Conseil, présentés comme la bureaucratie bruxelloise ». A termes, Mme Trautmann souhaiterais que « Bruxelles soit la capitale de l’exécutif, Luxembourg du juridique et Strasbourg la capitale parlementaire ».