Les élections polonaises pourraient définir l'avenir d'une nouvelle politique d'intégration européenne

La victoire de l’actuel parti conservateur Droit et Justice (PiS) lors des élections parlementaires polonaises dimanche marquerait un frein dans l'espoir d'une intégration européenne plus profonde, et empêcherait tout renouveau politique dans le pays.

/ EURACTIV Pologne
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« Le troisième mandat du PiS signifierait la poursuite de la politique de blocage des discussions sur la poursuite de l’intégration de l’Union européenne, alors qu’en cas de victoire de [la Coalition civique], de nombreux désaccords sur la question de l’intégration pourraient enfin être réglés », souligne le chercheur Spasimir Domaradzki dans une interview à Euractiv. [Shutterstock/Dziurek]

La victoire de l’actuel parti conservateur Droit et Justice (PiS) lors des élections parlementaires polonaises dimanche (15 octobre) marquerait un frein dans l’espoir d’une intégration européenne plus profonde, et empêcherait tout renouveau politique dans le pays.

Si le PiS est actuellement en passe de remporter les élections, la Coalition civique, qui réunit la Plate-forme civique, avec à ta tête l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk, mais aussi deux petits partis de gauche, pourrait potentiellement former un gouvernement.

« Le troisième mandat du PiS signifierait la poursuite de la politique de blocage des discussions sur la poursuite de l’intégration de l’Union européenne, alors qu’en cas de victoire de [la Coalition civique], de nombreux désaccords sur la question de l’intégration pourraient enfin être réglés », souligne le chercheur Spasimir Domaradzki dans une interview à Euractiv.

Contrairement à PiS, l’opposition est beaucoup plus ouverte à l’idée d’une intégration européenne plus profonde – et pourrait soutenir l’initiative d’une nouvelle conférence sur l’avenir de l’Union.

Des nouvelles propositions ont été portées ces derniers mois au sein du Parlement européen, qui incluent l’abandon du vote à l’unanimité au Conseil de l’UE sur des questions de  politique étrangère, de sécurité et de défense ; l’extension de la liste des compétences dites partagées ; et la réduction du nombre de commissaires européens, ce qui signifie que tous les pays ne seraient pas représentés au sein de la Commission.

Mais le PiS s’y oppose fermement : « Nous pensons que l’UE devrait maintenir la direction qui va dans le sens des traités actuels, » explique Zdzisław Krasnodębski, député européen membre de PiS, à Euractiv.

« L’UE est une union d’États qui partagent des compétences dans certains domaines. Cependant, ces domaines devraient être clairement définis. Toute réforme devrait plutôt empêcher un élargissement excessif des compétences de l’institution européenne », a-t-il ajouté.

Le parti au pouvoir en Pologne s’oppose à la fois aux propositions politiques visant à amender les traités et à tout effort visant à accroître les pouvoirs de l’UE au-delà de leur niveau actuel, a insisté M. Krasnodębski.

La Coalition civique de l’opposition, d’un autre côté, vise à s’impliquer davantage dans les travaux des institutions européennes, par opposition au PiS, qui se place en marge du processus décisionnel européen, a déclaré à Euractiv Pologne Jan Grabiec, porte-parole de la Plateforme civique.

« L’idée est d’être dans le courant principal du processus décisionnel de l’UE, ce qui est bénéfique pour n’importe quel pays » a-t-il dit.

Pas de changement majeur en matière d’immigration

Si la principale différence entre le PiS et l’opposition est bien celle de leur attitude relative à une intégration plus profonde de l’UE, un changement potentiel de pouvoir ne conduirait pas pour autant à un changement dramatique de la position polonaise à Bruxelles, a soutenu M. Domaradzki.

L’un de ces domaines est celui de l’immigration, un sujet brûlant en Pologne. Si le PiS fait du combat contre l’immigration clandestine un combat existentiel, la Coalition civique n’est pas en total désaccord.

Étant donné l’atmosphère tendue autour de la question de l’immigration en Pologne, un gouvernement de la Coalition civique pourrait être plus enclin à payer pour éviter d’avoir à accepter des migrants – selon les modalités du Pacte Asile et migrations, en cours de négociations -, analyse M. Krasnodębski.

« Cette nouvelle coalition rejettera toute solution qui impliquerait d’accepter encore plus de migrants en Pologne, qui fait toujours face à la pression accrue due aux réfugiés ukrainiens », a déclaré Jan Grabiec à Euractiv.

« La Pologne a accueilli quelques millions de réfugiés ukrainiens, et nombre d’entre eux sont susceptibles de rester ici encore longtemps, » a-t-il souligné. M. Grabiec a également fait référence à la promesse de la Commission européenne selon laquelle la Pologne ne serait pas forcée d’accepter d’autres quotas de migrants en raison du fardeau migratoire de l’Ukraine.

Adoucir la rhétorique

En termes de politique étrangère de l’UE, il semble que peu de choses devraient changer en revanche, a ajouté M. Domaradzki.

Si le PiS est réélu, il est très probable qu’il adoucira sa rhétorique sur l’Ukraine, qui s’est durcie ces derniers mois en raison de la crise des importations de céréales, a-t-il dit.

Il pourrait en être de même pour l’Allemagne, que le PiS a fortement ciblée lors de sa campagne électorale, selon le député allemand Christian Petry, porte-parole du SPD pour les affaires européennes au Bundestag.

« Malheureusement, on utilise souvent l’arme verbale dans les campagnes électorales, et la campagne polonaise ne fait pas exception à la règle. La relation entre la Pologne et l’Allemagne est particulièrement délicate à cet égard », a-t-il déclaré à Euractiv Allemagne.

Les deux pays sont aujourd’hui étroitement liés par leur adhésion à l’UE et par leurs relations interpersonnelles et de voisinage. Pourtant, les crimes commis par les occupants allemands durant la Seconde Guerre mondiale sont encore profondément ancrés dans la conscience de la population et font souvent l’objet d’un débat public, a-t-il souligné, ajoutant que la politique énergétique de l’Allemagne n’a pas non plus contribué à renforcer la confiance pendant de nombreuses années et a conduit à des divergences.

Néanmoins, la Pologne et l’Allemagne n’ont pas d’autre choix que de rechercher des relations solides et résistantes. Les deux États sont indispensables à la sécurité et à la stabilité en Europe, a déclaré M. Petry.

« Après les élections, il y a une chance de reprendre ce chemin avec la tête froide et sans l’effet du moment. »