Les Français sentent leur influence diminuer en Europe
EXCLUSIF / Un sondage d’EURACTIV, publié à la veille de la fête nationale française, se penche sur les professionnels français de l’UE. Selon cette enquête, une grande majorité des personnes interrogées estiment que leur pays a perdu de son influence en Europe depuis le début de la crise financière.
EXCLUSIF / Un sondage d’EURACTIV, publié à la veille de la fête nationale française, se penche sur les professionnels français de l’UE. Selon cette enquête, une grande majorité des personnes interrogées estiment que leur pays a perdu de son influence en Europe depuis le début de la crise financière.
Les Français de la « bulle bruxelloise » sont nostalgiques. À la veille du 14 juillet et des festivités prévues au Parc du Cinquantenaire, ils reconnaissent que leur sphère d’influence tend à se rétrécir. C’est ce que montre une enquête d’EURACTIV réalisée récemment.
Cette enquête a été réalisée auprès de 101 Français travaillant dans les institutions européennes et les représentations diplomatiques, ou qui exercent une fonction influente dans des entreprises privées ou des bureaux régionaux présents à Bruxelles.
Les trois quarts des personnes interrogées estiment que l'influence de la France en Europe est soit moyenne (44 %) soit faible (30 %). Cette réponse reflète l'idée que la crise de la dette de la zone euro a assis l'hégémonie économique de l’Allemagne dans l’UE.
Une grande majorité des répondants (84 %) pensent que la France influence davantage les politiques européennes grâce à ses réseaux de diplomatie, plutôt qu'à travers d'autres canaux.
L'influence des fonctionnaires français au sein des institutions européennes est néanmoins en bonne place. Elle arrive en seconde position (38 %). Ce résultat est surprenant étant donné que les fonctionnaires européens, du moins à la Commission, doivent théoriquement demeurer impartiaux et privilégier l'intérêt général européen aux points de vue nationaux.
À titre de comparaison, les réseaux d'entreprises françaises ont obtenu un score assez faible en matière de promotion des intérêts français : elles n’ont un vrai impact que pour 33 % des personnes interrogées.
Approche pragmatique vis-à-vis des langues
Même s'ils pensent dans l'ensemble que leur pays a perdu de l'influence, de nombreux représentants français révèlent une incroyable capacité d'adaptation à l'environnement international de Bruxelles.
Alors que beaucoup acceptent maintenant le déclin irréversible de la langue française au sein des institutions de l'Union européenne, les représentants français à Bruxelles ont adopté une approche plus assurée, fondée sur la promotion du multilinguisme et de l'influence, et non plus seulement sur des questions linguistiques.
>> Lire : L'élite française de l'UE abandonne sa position linguistique « défensive »
Environ 80 % des personnes interrogées déclarent utiliser d'abord quotidiennement l'anglais avec d'autres professionnels de l'UE à Bruxelles. Ce pourcentage met en avant une augmentation du pragmatisme dans le domaine linguistique.
Le français est toujours fréquemment utilisé. Plus de 60 % des sondés indiquent utiliser la langue de Molière dans leurs échanges avec les cercles européens. Près d’un quart communique dans une langue étrangère différente de l'anglais, ce qui montre l'importance du multilinguisme dans les affaires européennes.
L'anglais demeure la langue de prédilection dans les échanges avec les pays en dehors de l'Europe : 34 % y ont recours. Les autres langues sont également importantes. Environ 17 % des répondants déclarent s'exprimer dans la langue de leur interlocuteur, quelle qu’elle soit.
Un fonctionnaire européen, qui préfère conserver l'anonymat, a déploré que l'anglais soit devenu « de facto la langue de travail » de la Commission européenne. Il estime que l'administration française est devenue trop indulgente dans sa politique linguistique en acceptant de recevoir des documents en anglais.
« Soutenir le français au niveau européen implique une action décisive de la France envers la Commission européenne », a-t-il indiqué. Selon lui, Paris devrait refuser tous les documents de l'exécutif européen qui ne sont pas envoyés en français.
Michel Soubies, un ancien fonctionnaire de la Commission européenne qui a participé à l'enquête, estime de son côté que l'exécutif européen devrait lutter contre la tendance grandissante au monolinguisme et retourner à un « multilinguisme maîtrisé » de quatre ou cinq langues.
« Ce serait possible, si la volonté politique était là », a-t-il conclu.