L’immigration au cœur de l’accord post-Cotonou
L’UE veut mettre immigration et sécurité au centre du prochain accord avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
L’UE veut mettre immigration et sécurité au centre du prochain accord avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
« Le nouveau partenariat de l’UE avec l’Afrique doit être plus complet sur l’immigration. Nous devons nous associer à l’Afrique sur la lutte contre la traite d’êtres humains et les passeurs », a indiqué Koen Vervaeken, directeur pour l’Afrique au Service européen pour l’action extérieure (SEAE). « Nous voulons cependant aussi améliorer les mécanismes d’immigration légale pour les Africains voulant s’installer en Europe. »
Les négociations entre l’UE et les États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifiques (ACP) pour remplacer l’accord de Cotonou s’apprêtent à démarrer. L’accord avait été signé en 2000 entre plus de 78 pays. Le nouvel accord se penchera aussi sur la migration interne dans les pays africains.
Pour Koen Vervaeke, « l’UE reconnait le fardeau que représentent les populations réfugiées dans les pays africains ». « À ce jour, l’Union a investi plus de 3 milliards d’euros dans l’économie et la sécurité en Afrique », souligne-t-il.
Un accord mieux respecté
L’accord actuel prévoit que les pays africains réintègrent les immigrants illégaux. Pourtant, un seul accord de retour est opérationnel, celui entre l’UE et le Cap-Vert. Nombre de groupements de la société civile s’inquiètent de l’accent récemment mis par l’UE sur l’immigration.
« Au départ, le développement était le pilier principal de l’accord de Cotonou. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un des piliers. Pour l’UE, la priorité est la migration et la sécurité, puis la croissance économique, et après seulement le développement », regrette un représentant de la société civile à Euractiv.
La Commission a aussi indiqué qu’elle voulait augmenter les niveaux de conditionnalité et les sanctions en cas de non-respect de l’accord. Selon elle, aucun fonds ne devrait être alloué aux États violant les droits de l’Homme et le remboursement des fonds versés pourrait être exigé en cas d’informations concernant de telles violations.
« L’application [de l’accord de Cotonou] a toujours été faible. L’UE voudrait la renforcer », a expliqué un représentant européen.
Les gouvernements européens se mettront d’accord sur le mandat pour l’accord Cotonou 2.0 en mai. Les pays ACP devraient finaliser le leur dans l’été, juste avant le début des négociations, en août.
Pacte séparé
L’exécutif européen espère conclure un accord séparé avec les États africains, en plus de l’accord plus large avec les pays ACP. « L’Afrique sera considérée comme un acteur unique, ce qui permettra à l’UE de mieux promouvoir l’investissement économique », assure Koen Vervaeke.
Dans le cadre de l’accord de Cotonou, les gouvernements européens sont encouragés à concentrer leurs politiques de développement sur la construction d’infrastructures et le renforcement du secteur privé.
« L’UE ne se contentera pas de tenter de créer des emplois via un mécanisme de développement, le partenariat se concentrera beaucoup sur l’investissement dans le secteur privé », continue le directeur du SEAE.
Les pays ACP devraient quant à eux appeler à une révision des accords de partenariat économique entre leurs différentes régions et Bruxelles, très controversé.
Après dix ans de négociations, les accords avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) ne sont pas appliqués. Nombre de pays africains se sont en effet plaints de la place qu’ont prise les entreprises européennes dans leurs marchés publics, qui les empêche de construire ou de renforcer leurs propres industries.
Brexit
Les programmes européens en Afrique, et donc potentiellement l’accord post-Cotonou, seront également affectés par la sortie du Royaume-Uni de l’UE.
« Le Royaume-Uni a été un moteur clé du développement de la politique UE-Afrique. Sans lui, l’accord post-Cotonou ne sera pas le même », estime Koen Vervaeke, qui est cependant optimiste pour l’avenir. « La position de l’UE est d’essayer que la politique Royaume-Uni-Afrique reste aussi proche que possible de la sienne, afin de pouvoir continuer à collaborer sur la base de nos intérêts économiques communs. »
« L’UE se penche actuellement sur le budget de ses fonds de développement. Il pourrait y avoir un moyen pour les parties tierces de contribuer aux efforts de développement européens. Ça pourrait être une manière de poursuivre la collaboration UE-Royaume-Uni », conclut-il.