Rhône-Alpes passe le flambeau au Bade-Wurtemberg pour défendre les régions riches
Quatre territoires, représentant à eux seuls 8% du PIB européen, veulent convaincre Bruxelles de mieux financer leur compétitivité.
Quatre territoires, représentant à eux seuls 8% du PIB européen, veulent convaincre Bruxelles de mieux financer leur compétitivité.
La plupart du temps, les territoires se regroupent par affinités géographiques, à l’instar des régions périphériques et maritimes (CRPM) ou des eurorégions assises sur une culture transfrontalière (Pyrénées-Méditerranée, Strasbourg-Ortenau, etc.)
La raison d’être des « quatre moteurs », nom donné à la coopération menée entre les régions de Rhône-Alpes, Catalogne, Lombardie et Bade-Wurtemberg, repose sur des intérêts économiques.
A eux quatre, ces territoires situés hors des capitales nationales représentent 8% du PIB européen, soit plus que le Portugal, l’Irlande et la Grèce réunies… La collaboration, nouée entre les élus depuis 1988, plaide pour que les « régions performantes soient récompensées pour leur excellence », résume Paolo Alli, secrétaire en charge des relations internationales pour la région de Lombardie.
Réunis le 9 juillet à Lyon, les représentants des quatre territoires ont procédé au passage de témoin entre la région Rhône-Alpes, qui assumait la présidence pour un an, et le Bade-Wurtemberg, dirigé depuis le printemps 2011 par une coalition inédite d’écologistes et de sociaux-démocrates. Son président, Winfried Kretschmann (Vert) dit vouloir mettre la société civile au premier rang de ses préoccupations pour l’année qui vient. Cette crise européenne est avant tout une « crise de la confiance », observe-t-il.
43% des jeunes catalans au chômage, 2,5% dans le Bade-Wurtemberg
La récession qui frappe l’Espagne et l’Italie a de plus créé des disparités béantes avec leurs voisins du Nord. 43% des jeunes Catalans sont au chômage, quand ils sont à peine 2,5% à chercher un emploi dans le Bade-Wurtemberg. Confronté à la pénurie d’employés qualifiés, le land est prêt à développer l’accueil d’apprentis étrangers.
Une porte de sortie rêvée pour les responsables catalans, qui ne savent plus quoi faire de la main d’œuvre en déshérence. « Si ces jeunes vont dans le Bade-Wurtemberg, il ne s’agit pas d’une fuite des cerveaux mais d’un principe de liberté individuelle », veut croire Sesen Floransa i Palau secrétaire aux Affaires extérieures pour la communauté de Catalogne.
Pour tirer les régions vers l’avant, le Bade-Wurtemberg souhaite également associer ses partenaires à sa stratégie de développement autour du Danube. En juin 2013, les élus se rendront probablement en Serbie accompagnés de chefs d’entreprise de leurs régions respectives.
L’objectif affiché est de gagner des parts de marchés dans l’espace danubien, même si le secteur d’activité n’est pas encore défini.
Une démarche similaire avait eu lieu sous la présidence rhônalpine, dans quatre régions d’Amérique latine intéressées par les biotechnologies. « Il nous faut développer des partenariats ‘gagnant-gagnant’ avec ces nouvelles puissances mondiales », estime Jean-Jack Queyranne, président de Rhône-Alpes.
Plus de subventions pour les territoires riches ?
Ces tentatives de rapprochement euro-régionales sont aussi guidées par une démarche claire de lobbying à l’égard des institutions européennes. Ces derniers mois, les quatre régions ont réagi et commenté chaque proposition de la Commission européenne sur la politique de cohésion, l’agriculture ou la recherche. Dans sa feuille de route, le Bade-Wurtemberg réclame d’ailleurs une allocation plus généreuse des fonds régionaux européens. Or, ces derniers ont initialement été conçus pour réduire les inégalités entre les régions. Les concentrer sur les territoires riches peut légitimement susciter des interrogations.
Il faut s’appuyer sur les territoires forts et pas « simplement rechercher l’égalité à l’intérieur de l’UE », affirme Bernard Soulages, vice-président PS de Rhône-Alpes. Un redéploiement budgétaire de l’ordre de 40 milliards d’euros pourrait selon lui avoir lieu à partir de 2014 pour mieux financer la politique de compétitivité des régions riches. Une enveloppe que les territoires moins favorisés (Limousin, Languedoc-Roussillon, Basse-Normandie etc) comptent pourtant se partager dans le cadre du projet de « régions en transition »…
La politique de cohésion n’est cependant pas la seule manne. De plus en plus, les régions avancées lorgnent les programmes européens de recherche et d’innovation. Pour percevoir les crédits, Bruxelles impose presque toujours une coopération avec trois pays européens différents. Au sein du quatuor régional, des coopérations pourraient se nouer dans les domaines de l’énergie et des véhicules électriques.