Tentative de la Commission sur le chômage des jeunes
L’initiative de 4 millions d’euros est déjà jugée insuffisante.
L’initiative de 4 millions d’euros est déjà jugée insuffisante.
Cinq millions de jeunes européens sont actuellement au chômage. Soit un jeune sur cinq. Le constat inquiète la Commission européenne, qui a publié le 20 décembre une communication intitulée « Initiatives sur les perspectives pour l’emploi des jeunes ».
« Nous avons entendu leurs appels répétés de Madrid à Bruxelles demandant de participer à la société européenne. Cette participation commence par un emploi », a déclaré José Manuel Barroso.
« Nous risquons de perdre cette génération et de devoir supporter un coût économique et social substantiel », a souligné László Andor, commissaire européen chargé de l’emploi. Outre l’aspect social, Bruxelles estime que le chômage des jeunes représente une charge pour la société d’environ 2 milliards d’euros par semaine, soit un peu plus de 1% du PIB de l’Union européenne.
Mesures ciblées
« Il ne s’agit pas de sortir la grosse artillerie », a expliqué László Andor. Il entend mettre en œuvre « des mesures ciblées en faveur d’objectifs ciblés », présentant des résultats rapides.
Pour ce faire, la Commission européenne a d’ores et déjà défini quatre axes principaux, qui s’adressent en priorité aux jeunes diplômes et à ceux en situation de « décrochage scolaire ».
Ces mesures « appuient la résolution du parlement du 6 juillet 2010, qui abordait la question de la promotion de l’accès des jeunes au marché du travail, le renforcement des stages et de l’apprentissage », salue l’eurodéputé du PPE Philippe Boulland, membre de la commission « Emploi » du Parlement européen.
Fonds social européen
Pour financer cette initiative, la Commission entend s’appuyer sur le Fonds social européen (FSE). Plus de 30 milliards d’euros n’ont pas encore été affectés pour la programmation 2007-2013, a souligné José Manuel Barroso. L’exécutif attribuera des fonds pour « l’assistance technique afin d’aider les États à faire un plus grand usage des fonds européens disponibles ».
Par ailleurs, la Commission financera directement des plans d’actions. Parmi les mesures phares figurent les « programmes de garantie d’emploi », qui seront mise en œuvre dans les États. Dotés de 4 millions d’euros, ils auront vocation à permettre aux jeunes diplômés de trouver un travail ou une formation dans un délai de quatre mois à compter de leur sortie de l’école.
Les échanges et la mobilité professionnelle à l’échelle européenne seront également développés, grâce au développement des programmes Erasmus, Leonard de Vinci et du Service volontaire européen (SVE).
La Commission devrait également apporter son aide aux jeunes entrepreneurs, grâce à l’instauration de programmes d’aides financés par le Fonds social européen (FSE) et au développement de l’initiative Erasmus pour entrepreneurs.
Solution « infinitésimale »
Pour Michel Abhervé, professeur associé à l’Université de Paris Est Marne la Vallée, les solutions proposées sont « infinitésimales » comparé à l’ampleur du problème. « On ne trouvera pas de solution tant qu’un budget important ne sera pas redéployé. Cette initiative est « plus dangereuse qu’utile, car on fait croire que l’on a trouvé une solution », estime-t-il.
« La Commission ferait mieux de mettre en place des modalités moins lourdes pour l’attribution des crédits, qui empêche les projets d’être réalisés », juge-t-il également, soulignant par ailleurs que l’affectation du fonds social relève de la responsabilité des États-membres.
« Ce n’est pas une question de somme. Il existe déjà d’autres dispositifs financiers et d’autres façons de se mobiliser », réfute cependant Philippe Boulland, selon lequel il était important que la Commission s’empare de ce problème. Il souligne par ailleurs l’importance de combiner mesures de relances économiques et en faveur de l’emploi. « L’un sans l’autre, ce serait incohérent », insiste le parlementaire européen.
Europe 2020
La confédération européenne des syndicats (CES) accueille également de manière positive cette proposition, mais reste prudente. « L’initiative jeune ne doit pas être un nouveau « Youth pact », sans suivi, sans mise en œuvre et sans moyens ! Avec son Comité jeunes, la CES mettra en place un groupe de réflexion de manière à y contribuer activement et concrètement en donnant son analyse et ses propositions », a déclaré son secrétaire général adjoint, Patrick Itschert.
La Commission souhaite désormais renforcer la mise en oeuvre de ces politiques dans le cadre du semestre européen 2012. Elle annonce également qu’elle fournira courant 2012 orientation et assistance à chaque État. Elle devrait par ailleurs procéder à des évaluations des mesures prises par les États et faire un premier point au Conseil informel des ministres de l’emploi en avril 2012.