Une PME innovante témoigne de ses difficultés d’accès au Feder

EURACTIV présente tous les mois un projet financé en partie par des fonds européens. La rédaction française est allée à la rencontre du projet TADEO. En partie financé par le Feder, cette plateforme de communication mise en place par une PME vise à faciliter les échanges entre sourds et entendants en milieu professionnel.

EURACTIV.fr

EURACTIV présente tous les mois un projet financé en partie par des fonds européens. La rédaction française est allée à la rencontre du projet TADEO. En partie financé par le Feder, cette plateforme de communication mise en place par une PME vise à faciliter les échanges entre sourds et entendants en milieu professionnel.

Un ordinateur, une web cam, un instrument de sténotypiste. Derrière son écran, l’un des vingt opérateurs de la plateforme TADEO retranscrit instantanément la conversation d’une personne malentandante, qui, au téléphone, fait une réservation d’hôtel. Autour, dans des cabines fermées par un rideau, des interprètes en langue des signes répondent aux sollicitations de leurs clients sourds ou malentendants. En faisant comprendre, à distance, en temps réel, les propos tenus par exemple, lors de réunions, ces professionnels facilitent les échanges entre sourds et entendants.  

Créé en 2008 par la societé Delta process, cette plateforme est utilisée uniquement dans un contexte professionnel. Une vingtaine de personnes : intérprètes en langue des signes, experts en transcription instantanée de la parole, travaillent tous les jours aux horaires de bureau pour 160 personnes sourdes. 
 
Tout commence en 2006. La mission handicap de Thales demande à l’entreprise Delta process d’adapter une solution technologique de transfert de voix et d’image à distance aux besoins de communications entre entendants et sourds ou malentendants en entreprises. Une dizaine d’entreprises partenaires rejoignent le projet lancé officiellement en 2008 avec pour objectif d’améliorer l’autonomie et par conséquent les responsabilités des personnes sourdes dans l’exercice de leur métier. 
 
Entre 2007 et 2009, le projet a coûté 4 millions d’euros. Embauché en 2008 comme directeur administratif et financier, Pierre Ricard, lui-même malentendant, a eu pour mission de trouver des financements complémentaires pour le projet. S’il ne pense pas immédiatement aux fonds européens qu’il ne connait pas, il découvre rapidement que TADEO pourrait en bénéficier. FEDER, FSE…le nouveau directeur financier ne sait pas lequel utiliser. Oséo, qui finance en partie TADEO, lui confirme que son projet pourrait rentrer dans le cadre du financement FEDER (Fonds européen de développement régional). “Très vite, je me suis aperçu qu’il me fallait un spécialiste capable de m’ouvrir les bonne portes. Mais ayant été embauché pour cela, je ne pouvais évidemment pas faire appel à un cabinet d’expert extérieur”, explique Pierre Ricard. 

Trouver le bon interlocuteur

Une démarche longue et très compliquée commence. Trouver le bon interlocuteur semble avoir été l’étape la plus difficile. Pour obtenir des fonds européens, un projet doit rentrer dans la grille de critères définis par le programme opérationnel de la région dont il dépend. “Il suffit de trouver le bon axe mais pour cela il faut discuter avec les gens, sinon c’est incompréhensible”, explique M. Ricard. En l’occurence, TADEO s’inscrit dans l’action numéro 10 du programme opérationnel FEDER de la région Île-de-France qui soutient des projets d’innovation sociale notamment à l’aide des technologies de l’information et de la communication (TIC). 

S’il finit par comprendre qu’il faut remplir son dossier en ligne, Pierre Ricard tient absolument à rencontrer quelqu’un qui pourra lui expliquer précisément comment procéder et surtout soutenir sa démarche auprès de la préfecture de région, qui décide ou non d’attribuer les fonds. “Au bout de quatre mois, j’ai fini par obtenir un rendez-vous à la préfecture du Val de Marne”, raconte-t-il. Expliquer le projet, convaincre son interlocuteur de l’éligibilité aux fonds des dépenses de l’entreprise, rapport de suivi etc. “Ce dossier m’a demandé un boulot énorme”, ajoute-t-il. 

Mais c’est surtout l’inadéquation entre le fonctionnement d’une PME et les compétences de fonctionnaires, peu au fait de la logique d’une entreprise, qui est le plus difficile, poursuit Pierre Ricard. “On m’a demandé des factures acquittées pour des dépenses passées. Comment revenir auprès de mes fournisseurs deux ans après? J’ai finalement réussi à proposer de remplacer cette exigence par une déclaration de mon expert comptable certifiant que la facture avait bien été payée…Après discussions on arrive à assouplir les règles mais ce n’est pas simple”, poursuit-il. 

Aide passive

S’il dit ne surtout pas vouloir opposer le “monde” des entreprises aux fonctionnaires chargés de conseiller les porteurs de projets, le directeur financier de TADEO ne peut s’empêcher de constater que “deux logiques très différentes” sont à l’oeuvre. “Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’ayant dit que mon dossier l’intéressait et qu’il allait m’aider à le monter. Je n’ai reçu que de l’aide passive”, ajoute-t-il. Et de s’interroger : “pourquoi ne pas confier aux Chambres de commerce et de l’industrie ou à Oséo le soin de gérer ces fonds? Eux sont en prise directe avec la réalité économique. C’est quasiment contre nature pour des gens de la préfecture d’accorder des crédits aux PME. Ce n’est pas leur rôle.”

Renseignements pris, il semblerait que l’action 10 du programme opérationnel Feder dans lequel rentre le projet TADEO pour obtenir du co-financement Feder concerne tout type de public et pas nécessairement les entreprises. Une précision qui pourrait expliquer, en partie, que l’organisme instruisant le dossier ne soit pas totalement sensibilisé aux problématiques des PME. 
 
En France, les régions choisissent la mise en place ou non de structures spécifiques d’accompagnement des porteurs de projet dans la réalisation de leur dossier. En Île-de-France, Oséo ou la direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (Drire) sont les structures désignées pour aider les porteurs de certains types de projets à faire aboutir leurs démarches. 
 
Malgré ces difficultés, le dossier a quand même porté ses fruits. Sur la totalité du projet pour 2007-2009, 890 000 euros étaient éligibles au FEDER. L’entreprise a reçu les 411 000 euros demandés, c’est à dire 46,33% de cette somme. Entre le début de la démarche et le premier versement des fonds, un an s’est écoulé. Satisfait d’avoir réussi à arriver au bout de son action, M. Ricard regrette cependant de n’avoir pas demandé plus. “On m’a conseillé, à tort, de diminuer le montant pour faciliter la conclusion du dossier”, explique-t-il. 
 
Reste que TADEO attend toujours le solde des fonds alloués. Au 31 décembre 2009, le projet aurait du recevoir les derniers 122 000 euros, soit environ 30% de la somme promise. Mais la préfecture de la région Île-de-France leur a indiqué que les crédits n’étaient pas débloqués et devraient l’être…d’ici le 15 mai. 

Vidéo de présentation du projet TADEO