L'Ukraine écoute la voix des différents pays européens

Yuriy Kotchevenko est un expert politique ukrainien. Il s'interroge sur la position de l'opposition ukrainienne face aux conditions de mise en oeuvre de l'accord d'association avec l'Union européenne.

Yuriy Kotchevenko est un expert politique ukrainien. Il s'interroge sur la position de l'opposition ukrainienne face aux conditions de mise en oeuvre de l'accord d'association avec l'Union européenne.

L’Ukraine a besoin plus que jamais d’un soutien politique des pays de l’Union Européenne.

Avec le rapprochement de la date du Sommet à Vilnius, journée cruciale pour l’Ukraine au sens géopolitique, plusieurs pays de l’UE reprochent à Kiev de ne pas remplir les conditions nécessaires  pour la signature de l’Accord d’Association (AA).

Les représentants officiels de la Grande-Bretagne, de la Suède et des Pays-Bas pensent que l’affaire de Ioulia Timochenko est un problème majeur. Ils sont prêts à bloquer la signature de l’Accord d’Association si cette question n’est pas réglée à temps.

Pour l’Ukraine la situation est paradoxale puisque presque tous les pays de l’UE, y compris les représentants du programme de “Partenariat oriental”, approuvent le choix du rapprochement, tout en s’inquiétant du manque d’empressement des politiques ukrainiens à régler la question de Mme Timochenko.

Le nombre d’adversaires de l’élargissement de l’UE s’accroît dans les pays européens qui commencent à surmonter les conséquences de la crise économique. Les pays en crise de la zone ne sont pas enthousiastes face à la politique budgétaire très stricte.

Pourtant ils respectent  le principe selon lequel aucune décision ne peut être prise dans l’Union européenne sans tenir compte des positions de la France et de l’Allemagne. Mais au sujet de l’Ukraine, les choses sont différentes : toutes les positions doivent être prises en compte.

La déclaration récente du Ministre des Affaires étrangères de la France M.Laurent Fabius peut être un signal positif pour l’Ukraine.

M. Fabius a déclaré que l’accord d’adhésion et de libre-échange  de l’Ukraine avec l’UE serait tout de même signé au cours du Sommet de “Partenariat oriental” à Vilnius. M.Alain Rémy, ambassadeur de la France en Ukraine, lui a fait écho, en se prononçant pour la signature de l’Accord d’Association avec l’Ukraine pendant l’interview aux médias ukrainiens.

Pourtant,  les représentants officiels de la France insistent aussi sur le fait que l’Ukraine doit résoudre le cas Ioulia Timochenko.

Il semble que tous les pays de l’UE sans exception reprochent à l’Ukraine son manque d’empressement pour régler cette question. Etonnamment, les représentants officiels de l’UE préfèrent aujourd’hui consulter les leaders de l’opposition ukrainienne, qui sont actuellement les plus intéressées à l’emprisonnement de Timochenko.

Alors que dans les faits, l’opposition relègue depuis longtemps le cas au second plan. Il semble que les ambitions personnelles prévalent sur le bon sens et la nécessité de s’unir pour l’Accord d’Association avec l’UE.

Dans le cas contraire, comment peut-on interpréter le changement de point de vue de l’opposition par rapport aux solutions proposées précédemment ?

Les forces d’opposition insistaient sur la possibilité du départ de Timochenko pour l’Allemagne pour suivre un traitement.

A leur tour, le président et le gouvernement de l’Ukraine, après avoir écouté les pays européens, ont mené un travail conséquent pour remplir aussi cette condition afin de signer l’Accord d’Association avec l’UE.

À présent, presque un mois avant le Sommet à Vilnius, les forces d’opposition ukrainienne, ayant peur de perdre un atout maître  pour leur activité politique, changent de position. Elles sont  désormais pour la mise en liberté de Mme Timochenko.       

Le président ukrainienViktor Ianoukovitch a déclaré qu’il signerait tout de suite la loi qui permettrait à Timochenko de partir pour l’Allemagne pour suivre un traitement. C’est indéniable mais c’est un fait – avec cette déclaration le président a retiré à l’opposition toute possibilité de tergiverser.

Mais il est toujours plus facile de répandre le mythe que les dirigeants actuels de l’Ukraine ont peur d’une concurrence “présidentielle” en la personne de Timochenko que de sacrifier ses ambitions politiques.

Les dirigeants de l’Ukraine ne se refusent pas à résoudre la question de Timochenko, mais accentuent l’attention sur la nécessité de sa considération uniquement dans le cadre législatif ukrainien. C’est l’Europe qui a insisté sur la mise en conformité de la loi ukrainienne avec les normes européennes, et c’est le Parlement de l’Ukraine qui les a mises en œuvre. Les actions des parlementaires d’opposition doivent être attentivement étudiées.

Si l’on aboutit au blocage permanent du fonctionnement du pouvoir législatif  en Ukraine par l’opposition, les conditions pour la signature de l’Accord d’Association avec l’UE ne seront pas remplies.

Au sein de l’opposition la lutte tourne au ridicule. C’est à celui qui deviendra l’artisan, devant l’Histoire du rapprochement entre l’Europe et l’Ukraine. Et tout ça a lieu dans le cadre d’une exacerbation des contradictions entre la Russie et l’Ukraine en matière des fournitures de  gaz.

Pourtant l’histoire du conflit a commencé avec la signature des contrats de fourniture de gaz en 2009. L’Union Européenne estime que lier la résolution de la question de Timochenko avec les causes de sa condamnation, en l’occurrence les contrats sur le gaz, est de mauvaise foi.

Serait-ce plus pratique de parler  “électoralement” de la justice “électorale” en Ukraine que d’analyser les “avantages” des conditions actuelles des fournitures du gaz russe en Ukraine et de résister à la dépendance énergétique et de dette de la Russie qui s’accroît à cause de cela?

L’Ukraine espère que le soutien politique des pays européens, y compris celui de la France, concernant ses aspirations à l’intégration européenne trouvera son application au cours du Sommet à Vilnius.

Dans le cas contraire, comme le notent à juste titre les grands médias européens, l’Ukraine peut atteindre le point critique de la dépendance énergétique de la Russie, et les pays de l’UE resteront seuls face à“Gazprom”.

L’essentiel est que les prévisions des sceptiques à propos de l’impossibilité de l’élargissement ultérieur de l’UE ne se confirment pas. Il importe aussi que l’intérêt des sociétés énergétiques principales de l’UE, y compris Total et EDF, à la collaboration avec “Gazprom” en matière de la participation au développement et à l’élaboration des gisements d’hydrocarbures de la Russie n’éclate pas au grand jour.