Le Royaume-Uni et l’Europe : pour le meilleur et non pour le pire
La Grande-Bretagne devient de plus en plus eurosceptique : elle oppose son veto à l’union bancaire, met en péril le budget à long terme de l’UE et promet un référendum sur son maintien dans l’UE. EURACTIV dévoilera un classement des 40 Britanniques les plus influents qui met en exergue l’influence britannique dans les questions européennes. En restant en dehors d’une zone euro fédérale, la Grande-Bretagne pourrait opter pour une adhésion concentrée sur une meilleure régulation du marché unique, écrivent Christophe Leclercq et Sharon Leclercq?Spooner.
La Grande-Bretagne devient de plus en plus eurosceptique : elle oppose son veto à l’union bancaire, met en péril le budget à long terme de l’UE et promet un référendum sur son maintien dans l’UE. EURACTIV dévoilera un classement des 40 Britanniques les plus influents qui met en exergue l’influence britannique dans les questions européennes. En restant en dehors d’une zone euro fédérale, la Grande-Bretagne pourrait opter pour une adhésion concentrée sur une meilleure régulation du marché unique, écrivent Christophe Leclercq et Sharon Leclercq?Spooner.
Christophe Leclerq est le fondateur d’EURACTIV.com et Sharon Leclercq-Spooner est membre du conseil d’administration de la Fondation EURACTIV PoliTech. Ils s’expriment tous deux à titre personnel.
En tant que couple franco-anglais, nous nous sommes récemment rendus en Normandie, racines scandinaves et continentales du Royaume-Uni actuel. Depuis 1066 et la conquête normande, la Grande-Bretagne est étroitement liée à l'Europe. Sur la route, nous nous remémorions un de nos cadeaux de mariage : « Les rois maudits », un livre sur la guerre de Cent Ans. L'ancienne fraternité s'est transformée en rivalité, puis en coopération…
Aujourd'hui, les souhaits de souveraineté indépendante se heurtent aux réalités de l'interdépendance. En pensant à nos enfants à la double nationalité assis à l'arrière de la voiture, nous nous tournons vers l'avenir : comment maintenir le Royaume-Uni dans l'UE tout en autorisant les autres à progresser dans l'intégration européenne ?
Le 14 novembre, un jury sélectionné par EURACTIV.com publiera son classement des « 40 Britanniques les plus influents sur la politique européenne ». Des hommes politiques britanniques et des professionnels en matière de politique influencent toujours grandement l'avenir de l'UE. Certains agissent toutefois de telle sorte que le pays lui-même perd du terrain. C'est vraiment honteux.
L'Europe a besoin de la Grande-Bretagne et vice versa. Le libre-échange et les marchés financiers sont venus d'Angleterre. Le marché intérieur de 1992 et le début des réformes de la PAC étaient notamment des idées britanniques, sous Margaret Thatcher. La Grande?Bretagne soutient une culture de la bonne gouvernance, des consultations politiques et une évaluation stricte du budget. Il se peut que « Bruxelles » ait un passé de législation excessive, de procédures lentes et de certaines dépenses injustifiées, mais ces faiblesses sont combattues. Les critiques des deux camps sont souvent d’ordre idéologique et ne sont plus totalement justifiées.
Si vous êtes l'unique membre d'un club, vous vous sentez seul. Les relations spéciales avec les États-Unis se sont distendues. L'Irlande reste dans la zone euro. En réalité, le club britannique pourrait se réduire davantage : l'Écosse remet en doute le Royaume-Uni, non l'Union européenne. Mis à part les rêves néo impériaux sur le Commonwealth, où en sont les concepts actuels sous David Cameron ?
S'opposer à Bruxelles n'est pas une vision unificatrice : les gens s'enflamment jusqu'à un référendum, mais aucune solution pour l'avenir n'est apportée. Les alliés du Royaume?Uni sont peu nombreux en Europe. Les propositions britanniques, bien que fondées sur le bon sens, sont de plus en plus considérées avec cynisme. Les États qui veulent réformer « Bruxelles » ne s'adressent pas à Londres, mais bien à Berlin et parfois à Paris.
À l’instar de l'Allemagne et de la France, le Royaume-Uni pourrait être « une force de proposition » au lieu de hurler depuis les coulisses. Le pays comprend petit à petit qu'il ne peut pas arrêter les autres.
Fin 2011, David Cameron a mal interprété les inquiétudes de la City de Londres quant aux règles de Bruxelles, il les a utilisées pour justifier un blocage de l'UE. En réalité, les questions relatives au marché intérieur, comme la réglementation financière, sont votées au Conseil des ministres à la majorité. Au lieu de rester dans son coin, le Royaume-Uni serait plus fort s'il faisait des propositions et nouait des alliances.
Le pays aurait tort d'abandonner sa place dans l'UE et de rebâtir une zone de libre-échange en dehors de l'Union. C'est l'erreur qu'il a commise dans les années 1950 en ignorant les débuts de la CEE et en créant l'AELE infortunée. Dans une économie mondialisée, les pays des BRIC souhaitent entretenir davantage d’échanges commerciaux avec l'UE, pas seulement avec la Grande-Bretagne. Le Royaume-Uni ne devrait pas seulement prendre les politiques européennes, au sein d’un Espace économique européen, comme la Norvège. Il ne devrait pas non plus devenir un « membre associé », comme le laissent entendre certains hommes politiques : l'UE dispose de plusieurs associations et accords de coopération, mais l'association est un concept trop faible. Il serait plus sensé de reconnaître la réalité de la géométrie variable, c'est-à-dire que les membres de l'UE peuvent choisir certaines activités, comme pour Schengen et la zone euro.
On pourrait appeler cela « une adhésion à l'UE concentrée ». Certains États membres jouissent déjà de « coopérations renforcées » sur des questions politiques particulières, tout en utilisant les institutions européennes classiques.
Il ne s'agit pas d'une « Europe à plusieurs vitesses » que les institutions ont acceptées depuis longtemps, étant donné que des « traînards » devaient rattraper leur retard. Maintenant, il faut briser le tabou de Bruxelles et tracer des cercles concentriques clairement distincts. Il ne s'agit pas non plus d'une « Europe à la carte » redoutée et également appelée « picorage ». L'« adhésion concentrée » s'appuie sur le marché commun initial, modernisé, et comprend un mouvement ouvrier, donc pas seulement sur une relation économique. Une réforme des institutions est de toute façon nécessaire. Ce concept renforcerait le débat lancé par l'Allemagne sur l'union politique de la zone euro. En fait, cette nouvelle approche pourrait s'appliquer aussi bien à l'intérieur de l'UE qu'en dehors, au sein des pays candidats et limitrophes.
On pourrait effectivement lier la « question anglaise » à une nouvelle vision pour « l'Europe à 28 » étant donné que la Croatie deviendra le 28e État membre en 2013. On ne compare plus l'intégration européenne à l'élargissement de l'UE. Les murs artificiels entre les membres qui veulent se désengager et les pays candidats et limitrophes s'écroulent. Un tiers des pays européens sont susceptibles de rester en dehors de l'Union, mais ils méritent de bénéficier des quatre libertés fondamentales afin de stimuler la croissance pour tous.
C'est ici qu'entre en ligne de compte l'idée de marché paneuropéen. Ce marché est pertinent aussi bien pour les pays non membres de la zone euro (comme le Royaume-Uni et une grande partie de l'Europe centrale) que pour la Scandinavie et des pays non membres de l'UE (comme la Norvège, la Suisse, la Turquie, l'Ukraine et des pays plus à l'est). C'est ce que nous avons appelé « la nouvelle CEE », dans un article de 2010. Ce rassemblement de pays très différents surprendra certains experts, principalement ceux spécialisés. En se tournant vers l'avenir, existe-t-il une grande différence entre d'un côté, des pays non membres de la zone euro qui veulent moins s’engager et de l'autre, des pays voisins qui veulent plus qu’une union douanière ? Les différences principales se situent dans les institutions et la politique étrangère.
En anticipant de façon rationnelle, la société civile et le monde entrepreneurial devraient proposer de nouvelles pistes à suivre. Les politiques nationales n’ont pas le monopole sur le sujet, ces sociétés pourraient aider à formuler la question du référendum sur l'UE prévu en 2016. Ce référendum devrait toutefois contenir plusieurs questions. Si l'on cède aux exigences des eurosceptiques et que l'on réfléchit à la clause de retrait du traité de Lisbonne, il serait nécessaire d’utiliser une question conditionnelle à ce sujet. Elle devrait être complétée par une question constructive conforme aux traditions anglaises, qui éviterait une confrontation et guiderait les prochains gouvernements.
Ce référendum pourrait en fait permettre de contourner une désagrégation incontrôlée. Qu'en est-il de cette formulation :
- Le Royaume-Uni devrait-il développer un marché paneuropéen afin de stimuler la création d'emploi et la compétitivité mondiale ?
- Le Royaume-Uni devrait-il se retirer de l'Union européenne s'il n'atteint pas ses objectifs ?
Ce référendum et les élections générales intermédiaires ne constituent pas le seul forum. Dans le même temps, les élections du Parlement européen seront organisées en 2014. Il faudrait penser maintenant aux propositions pour ce débat, leur apporter un soutien démocratique. Par exemple, « changer l'intégration européenne pour être en phase avec le XXIe siècle ».
Pour nos enfants franco-britanniques, l'Europe est une réalité, non une question. Il en va de même pour les étudiants du continent dans les écoles anglaises ainsi que pour les Britanniques monolingues qui passent leurs vacances en Espagne. Nous arrivons à Deauville, sur la côte normande, où un sommet entre l'Allemagne, la France et la Russie a eu lieu en 2010. Des idées paneuropéennes semblables furent exprimées à l'époque. Le Royaume-Uni ne devrait pas être mis sur la touche une nouvelle fois. L'adhésion du Royaume-Uni à l'UE doit être modifiée, mais pour que le pays reste membre. Plus ça change…