Pour un travail décent
L'Organisation Internationale du Travail a défini le concept de "travail décent". Un objectif qui se veut vecteur de justice sociale.
L'Organisation Internationale du Travail a défini le concept de "travail décent". Un objectif qui se veut vecteur de justice sociale.
Le travail est d’une importance vitale pour chacun d’entre nous. Au-delà d’être un moyen de gagner notre vie, un emploi représente également un vecteur de relations sociales avec notre entourage. Mais il doit s’agir d’un travail décent, offrant un revenu suffisant pour vivre et garantissant dignité, sécurité et respect.
Le travail décent, un élément clé du développement
C’est pourquoi l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a élaboré le concept de «travail décent». Ces efforts ont reçu le plein appui de l’Union européenne et des Nations unies. Au travers de programmes nationaux et internationaux, notre agenda pour le travail décent propose des changements sur différents fronts.
L’emploi est un domaine important. Nos économies doivent encourager l’investissement, l’esprit d’entreprise, le renforcement des compétences, la création d’emploi et les formes durables de subsistance.
Mais il est tout aussi vital de protéger les droits au travail. Tous les travailleurs doivent bénéficier d’un droit de représentation et de participation ainsi que d’une législation qui défendent leurs intérêts. Les droits au travail sont protégés par les normes internationales du travail, ensemble de conventions et de recommandations internationales.
La protection sociale doit aussi être étendue. Pour promouvoir à la fois l’inclusion sociale et la productivité, nous devons nous assurer que tout le monde bénéficie de conditions de travail sûres. Nous devons tous disposer de temps libres et de temps de repos suffisants et pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale. L’accès à des soins de santé convenables est une autre obligation. Et si les travailleurs perdent leur source de revenu ou voient leur revenu se réduire, une compensation adéquate doit être proposée.
Un autre objectif réside dans ce qu’on appelle aujourd’hui le «dialogue social». Nous voulons que les organisations de travailleurs et d’employeurs participent pleinement aux décisions en matière d’emploi et de conditions de travail. C’est ainsi que nous pourrons stimuler la productivité, éviter les conflits au travail et construire des sociétés solidaires.
Enfin nous sommes déterminés à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes.
Sortir de la pauvreté
L’emploi est source de développement. Pour les plus démunis, le travail est un moyen de sortir de la pauvreté. La rareté des emplois ou les emplois sous-payés sont une entrave à la croissance, à la sécurité et au développement. L’agenda du travail décent va donc de pair avec les huit objectifs du Millénaire approuvés par les hauts dirigeants mondiaux en 2000. Qu’il s’agisse de réduire la pauvreté et la faim, de lutter contre les grandes maladies ou de réduire la mortalité infantile, réaliser ces objectifs dépend en grande partie des possibilités de travail décent.
Une forte impulsion s’impose si nous voulons atteindre ces objectifs d’ici 2015. La crise des dernières années a conduit la plupart des pays à s’éloigner du plein emploi. Les progrès dans l’éradication de la pauvreté sont incertains et inégaux. Nous estimons qu’il faudrait créer entre 45 et 50 millions d’emplois par an dans les dix années qui viennent pour faire face à la croissance de la population mondiale en âge de travailler et au chômage engendré par la crise.
Le passage à un développement inclusif et durable est dans l’intérêt de tous. L’économie et l’écologie de notre planète en dépendent. Et la migration clandestine, avec toutes les tragédies qu’elle entraîne, est principalement due au manque de travail décent dans le voisinage des personnes qui en ont le plus besoin. N’oublions pas non plus que même dans les pays industrialisés, y compris en Europe, de nombreuses personnes ne jouissent toujours pas d’un travail décent.
Mesurer le travail décent
Cependant, les progrès effectivement réalisés en matière de travail décent doivent être mesurables. Pour garantir cela, nous avons collaboré étroitement avec l’Union européenne. Nous venons de terminer notre projet commun de suivi et d’évaluation du travail décent (MAP, Monitoring and Assessing Progress on Decent Work). Il s’agissait d’équiper les agences publiques et les organisations d’employeurs et de travailleurs pour qu’elles puissent évaluer les progrès du travail décent dans leur propre pays. Dans le cadre de ce projet pilote, nous avons aidé neuf pays à collecter des données et à compiler des «indicateurs» ou, en d’autres termes, des indices mesurables de la mise en œuvre du travail décent. Nous avons aussi fourni des orientations et des outils pour mesurer la progression du travail décent. Enfin, nous avons élaboré des profils nationaux en matière de travail décent pour les pays participant au projet MAP, ainsi que pour d’autres pays. Ces profils s’attardent davantage sur la situation du travail décent dans le pays concerné, qu’il s’agisse des possibilités d’emploi, des horaires décents, de l’égalité des chances ou du dialogue social.
Au mois de novembre dernier, des experts mondiaux se sont rencontrés lors d’une conférence à Bruxelles pour évaluer les résultats du projet MAP et envisager la prochaine étape. La méthodologie mise au point dans les pays pilotes sera reprise à d’autres endroits, dans des programmes nationaux pour le travail décent. Des manuels et des lignes directrices sur le suivi du travail décent ont été produits ou sont en cours d’élaboration, notamment un manuel de suivi du travail décent qui tire les enseignements du projet MAP, ainsi que des outils techniques comme un manuel portant sur les concepts et les définitions, des lignes directrices sur l’analyse des tendances et la préparation des profils en matière de travail décent, et une boîte à outils pour les enquêtes sur les forces de travail, conçue pour recueillir des données nationales plus pertinentes sur le travail décent.
La voie à suivre
Après les objectifs du Millénaire, le monde aura besoin d’un nouveau programme de développement à partir de 2015.
Les emplois décents garantissant de quoi vivre devront figurer en tête de l’agenda. Et il semble aujourd’hui qu’un objectif pour l’après 2015 serait de garantir la «réalisation du plein emploi productif et d’un travail décent pour tous».
À l’OIT, nous travaillons déjà sur de possibles indicateurs pour évaluer la progression du travail décent une fois atteint l’objectif de 2015. Par exemple, nous avons suggéré d’utiliser les taux de pauvreté des travailleurs pour cartographier les améliorations dans les moyens de subsistance des travailleurs et des ménages les plus vulnérables. L’OIT compile déjà des chiffres sur la pauvreté des travailleurs dans plus de 70 pays. Nous avons également suggéré des indicateurs pour d’autres objectifs, notamment l’augmentation des travailleurs salariés ou sous contrat en proportion de l’emploi total, la participation accrue des femmes et des jeunes à l’emploi et l’amélioration de la couverture sociale.
Une chose est certaine: notre monde interconnecté a un besoin urgent de travail décent et de justice sociale pour tous. Pour cela, nous devons nous fixer des objectifs clairs. Il nous faudra ensuite les réaliser.