Un plan à quatre points pour sortir de la crise

Le passage à une zone euro fédérale, à l’intérieur d’un marché intérieur plus vaste, est à même de sortir l’Europe de l’austérité. Berlin n’y est pas opposé.  Le PS doit s’y préparer, pour prendre des décisions lors de sa Convention de juin, et agir entre les élections allemandes de septembre et les européennes de mai 2014, dit Christophe Leclercq.

Le passage à une zone euro fédérale, à l’intérieur d’un marché intérieur plus vaste, est à même de sortir l’Europe de l’austérité. Berlin n’y est pas opposé.  Le PS doit s’y préparer, pour prendre des décisions lors de sa Convention de juin, et agir entre les élections allemandes de septembre et les européennes de mai 2014, dit Christophe Leclercq.

Christophe Leclercq est le fondateur d’EURACTIV, un réseau de médias présent dans 15 pays. Il s’exprime en son nom personnel.

Une version de ce billet d’opinion est disponible en allemand sur EURACTIV Allemagne ici. Veuillez cliquer ici pour la version en anglais.

"L’Europe solidaire est possible, mais pas le laxisme budgétaire, qui serait immédiatement rejeté outre-Rhin. Sous cette réserve, l’Allemagne n’est pas opposée à une négociation sur la croissance en Europe. Ceci mènerait à une révision moderniste du budget à long terme, demandée par le Parlement européen, et aux fameux eurobondsque les pays du sud et la France appellent de leurs vœux.

Mais, politiquement, la tâche ne sera pas facile. Quel que soit le vainqueur des prochaines élections en Allemagne, sa tradition constitutionnelle impliquerait de positionner ce débat comme un grand élan fédéraliste et parlementaire, menant à l’union politique. Certes, c’est un sujet sensible, notamment en France… Pourtant, l’union politique rendrait les décisions plus transparentes que les « deals » nocturnes autour de la chancelière, tant décriés à l’époque du duo « Merkozy ». Pour les socialistes, c’est donc une chance à saisir.

Quatre étapes vers l’Europe solidaire

Hélas, le sujet était largement absent du débat public en France, jusqu’à la fuite à Paris d’un avant-projet socialiste, qui a agacé des deux côtés du Rhin. Pourtant, c’est maintenant que les idées doivent être semées pour avoir une chance de germer en 2014 et porter leurs fruits en 2015.

La première phase est celle des suggestions, des groupes de réflexions. En Allemagne, elle avait été initiée il y a six mois par la campagne des fondations « Ich will Europa » (je veux l’Europe). Ensuite vient la phase « politique », avec la préparation des programmes électoraux nationaux et européens des partis.

Les élections au Parlement européen de mai 2014 seront la troisième étape, impliquant le grand public. Finalement, on entrera dans les négociations: répartition durant l’été 2014 des « top jobs » à la tête des institutions, puis institutionnalisation en 2015 des priorités qu’ils porteront, probablement en modifiant le Traité.

Paris peut rattraper le train des propositions

Le débat européen se concentre actuellement sur le court terme de la zone euro – dernièrement Chypre – et sur le risque de sortie de la Grande-Bretagne de l’UE. Ces questions détournent de l’essentiel: l’intégration à moyen terme de la zone euro. La France doit assumer une partie du leadership en Europe, et non pas critiquer depuis le banc de touche. Le parti socialiste, on le sait, est divisé depuis le référendum de 2005 sur la Constitution. Espérons que sa Convention sur l’Europe, le 15 juin prochain, résultera d’une culture de gouvernement constructive, et non seulement de compromis entre factions.

Il faut des propositions concrètes, motivantes pour les pays concernés, à commencer par l’Allemagne, le principal moteur de la zone euro. Il faut donc préparer les esprits, avec Berlin, comme l’a souligné George Soros récemment.

Le couple franco-allemand ne s’est pas encore complètement remis de l’élection de François Hollande. Bien sûr, le PS doit travailler avec son partenaire le SPD, y compris dans le cadre du Parti socialiste européen. Mais sans exclusivité partisane. Il semble qu’Angela Merkel devrait gagner les élections fédérales de septembre. À Berlin, les affaires étrangères reviennent d’habitude au partenaire ‘junior’ de la coalition: ce pourrait être encore les libéraux, ou les Verts, ou bien le SPD. Mais, dans tous ces cas, c’est bien le cabinet de la chancelière qui proposerait une ligne aux électeurs en mai 2014, puis aux institutions européennes et aux gouvernements.

Préoccupé par la ratification de l’union bancaire fin 2012, Paris a manqué l’occasion d’influencer la lettre commune des 11 ministres des affaires étrangères sur le Futur de l’Europe, sous l’impulsion du ministre allemand Westerwelle. Va-t-on manquer aussi cette prochaine étape? Dans le passé, la France était visionnaire, tandis que l’Allemagne écoutait, puis décidait avec les petits pays. Il serait dommage d’inverser définitivement les rôles.

Négociations en 2015 pour une Union en plusieurs cercles

Voici une hypothèse pour les négociations intergouvernementales après 2014. Ce qu’il faut n’est pas une révolution, ni une Constitution, mais une évolution pragmatique. Ce ne sera pas « l’Europe à la carte » – inacceptable – et pas non plus la traditionnelle « Europe à plusieurs vitesses », qui suppose un rattrapage, improbable dans le cas britannique.

Il faut préserver l’Union actuelle pour ceux qui s’en contentent, avec quelques améliorations. Pour le Royaume-Uni, on pourra présenter cela comme un « focused EU membership », l’adhésion à une Europe recentrée et stabilisée, autour du marché unique. Voire comme un retour à l’ancienne « CEE », excluant tout transfert de souveraineté sans referendum. Ceci pourrait intéresser d’autres pays, dans l’Union actuelle et aussi parmi les pays candidats.

Du côté de la zone euro, actuelle et future, il s’agit de regrouper des éléments de souveraineté complémentaires. En somme, de créer le « gouvernement économique » qui manque tellement à la zone euro et jetterait les bases de l’Europe solidaire. Il appartient notamment aux socialistes, de part et d’autre du Rhin, de mieux définir les contours de cette nouvelle Union. Sinon, l’austérité et la stagnation continueront."