Pourquoi avoir organisé cette visite de terrain en Guyane ?
Il faut montrer que l’isolement et l’éloignement sont des facteurs qui freinent le rattrapage économique. Ce phénomène se vérifie sur place, car certaines choses sont flagrantes, comme les bidonvilles de Cayenne. Les entrepreneurs rencontrent aussi des difficultés. L’acheminement coûteux de certaines matières alourdit le coût de fabrication de leurs produits, qu’ils ont du mal à exporter.
Ces aspects justifient les dérogations accordées par le droit communautaire (subventions agricoles ou régionales supplémentaires, régime spécial pour les aides d’État etc, ndlr). Dans ses propositions pour la future politique régionale, la Commission européenne a opté pour un maintien a minima des crédits, alors qu’ils devraient augmenter pour accueillir Mayotte en tant que nouvelle région ultrapériphérique.
Cette solidarité de l’UE ne doit pas dispenser l’État de la solidarité nationale vis-à-vis de ses concitoyens les plus défavorisés. Pour Mayotte, l’effort accordé n’est pas à la hauteur de l’espérance de la population.
Si les besoins de ces régions sont importants, comment expliquez-vous leur faible taux de dépenses des fonds européens ?
Les retards d’absorption des fonds tiennent souvent à la complexité de la réalisation de certains dossiers. Je pense qu’il y a un effort à faire dans l’accompagnement de la constitution des dossiers, et leur suivi. Mais la situation n’est pas la même partout. A la Réunion, par exemple, les fonds sont bien utilisés.
Vos préoccupations se concentrent-elles uniquement sur les transferts financiers vers ces territoires ?
Nous ne sommes pas là pour quémander la solidarité. Je veux que l’on prenne conscience des potentialités des régions ultrapériphériques. La Guyane symbolise ce potentiel. Si l’Europe est l’une des premières puissances aérospatiales mondiales, c’est grâce à Kourou.
L’Europe est par ailleurs le premier espace maritime du monde. Mais ce champ d’action n’est pas suffisamment exploité. Les régions ultrapériphériques pourraient pourtant avoir toute leur place dans une stratégie maritime, qui prendrait en compte la protection des océans, la gestion des ressources halieutiques, les énergies marines, ou encore l’étude de l’influence des courants marins sur le climat et l’estimation des ressources biologiques et minières des fonds des océans.
Lors de votre séjour, le commissaire Johannes Hahn était également sur place. De quoi lui avez-vous parlé ?
Cette visite a servi à préparer la communication de la Commission européenne attendue l’année prochaine sur l’avenir des régions ultrapériphériques. Concernant la notion de solidarité, j’ai le sentiment qu’il y a une démarche consensuelle avec la Commission. En revanche, il y a de gros efforts à faire dans la prise en compte du potentiel de ces territoires.
Nous lui avons par ailleurs fait part de notre désaccord sur la suspension des aides en cas de déficit excessif de l’État. Les habitants des régions ultrapériphériques, qui subissent déjà l’éloignement et les difficultés économiques, seraient doublement pénalisés.
Les accords commerciaux constituent un autre enjeu pour ces territoires…
C’est effectivement un sujet qui touche l’ensemble de ces régions. Nous avons une première position de principe : pour chaque accord de partenariat économique, il doit y avoir une étude d’impact avant la signature du texte.
Il faut également tenir compte des accords régionaux de co-développement signés entre les régions ultrapériphériques et les pays voisins, afin qu’ils ne soient pas contrariés par des accords commerciaux bilatéraux passés entre l’UE et d’autres pays.