L'UE fixe son tout premier objectif d'électrification : 46 % d'ici 2040

L'objectif principal consiste à doubler approximativement la part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie

EURACTIV.com
Dan Jørgensen, commissaire européen chargé de l'énergie et du logement [Thierry Monasse/Getty Images]

L’exécutif européen a présenté ses projets visant à fixer un objectif à l’échelle de l’ensemble de l’économie afin de réorienter radicalement la consommation énergétique de l’Europe, en délaissant les combustibles fossiles au profit de l’électricité, ce qui marquera le coup d’envoi d’une refonte majeure de la politique climatique et énergétique de l’Union jusqu’en 2040.

L’Europe regorge d’objectifs en matière de déploiement des énergies renouvelables, de rénovation des bâtiments, d’efficacité énergétique, etc. Elle va désormais y ajouter un autre « indicateur transversal », comme l’a récemment formulé Céline Gauer, directrice générale de l’énergie de l’UE.

L’électrification consiste essentiellement à remplacer les appareils fonctionnant au gaz, au pétrole, au charbon ou même au bois par des appareils fonctionnant à l’électricité : remplacer les chaudières à gaz par des pompes à chaleur, passer à une voiture entièrement électrique et utiliser des fours à arc électrique à la place du charbon dans les aciéries.

« Avec ce plan, nous mettons l’Europe sur la voie pour devenir le premier électro-continent au monde », a déclaré vendredi à Bruxelles le commissaire à l’Énergie, Dan Jørgensen, devant la presse.

Le taux d’électrification de l’UE – qui correspond à la consommation finale d’énergie et ne tient pas compte du combustible utilisé pour produire l’électricité – stagne à un peu moins de 24 % depuis une décennie. D’autres pays, comme la Chine et le Japon, ont quant à eux déjà franchi la barre des 30 %.

Aujourd’hui, après dix ans de stagnation, la Commission européenne souhaite doubler la part de l’électricité dans le mix énergétique en à peu près autant de temps.

Ce nouvel objectif de 46 % sera inscrit dans une proposition législative lorsque la Commission européenne lancera, dans le courant de l’année, une refonte en profondeur de la politique climatique et énergétique, afin de l’aligner sur l’objectif fixé pour 2040, à savoir une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre.

Facteurs de complication

L’augmentation de la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie devrait également constituer le fondement d’un objectif mondial « 35 by 35 », les pays étant invités à électrifier 35 % de leur économie d’ici 2035. Mais certains estiment que cet indicateur présente une faille.

Les appareils électriques étant jusqu’à trois fois plus efficaces sur le plan énergétique que leurs équivalents fonctionnant aux combustibles fossiles, ils sont sous-représentés dans les statistiques. Un échantillon composé de 50 chaudières à gaz et de 50 pompes à chaleur ne serait électrifié qu’à 25 %, car ces dernières fournissent trois fois plus de chaleur par unité d’énergie consommée.

Les responsables de la Commission se sont efforcés de souligner que l’Europe ne suivrait pas la voie de la Chine – qui utilise des millions de radiateurs inefficaces alimentés par des centrales à charbon – pour atteindre son objectif d’électrification.

La jungle des objectifs

Afin de suivre plus précisément les progrès européens, Bruxelles propose également une série de sous-objectifs, ou « indicateurs clés de performance ».

Le rapport entre le prix de l’électricité et celui du gaz ne devrait pas dépasser 2,5:1 pour les ménages et 2:1 pour l’industrie, afin de garantir que le passage à l’électricité soit économiquement viable.

Un objectif de 200 gigawatts (GW) de stockage d’énergie est fixé pour 2030, ainsi qu’un objectif de déploiement de 100 GW de nouvelles énergies renouvelables par an, et un objectif visant à doubler le rythme d’installation des pompes à chaleur pour le porter à plus de 5 millions par an.

Et d’ici 2040, un tiers des ferries circulant en Europe devraient être alimentés par batterie, entre autres.

Ces objectifs supplémentaires s’ajoutent malgré les efforts déployés par l’Union pour réduire ses « très, très nombreux objectifs », comme l’a indiqué Gauer lors de son intervention devant les députés européens au début du mois.

Lorsque l’Union fixera ses objectifs pour 2040 en cohérence avec l’objectif de réduction des émissions de 90 % par rapport aux niveaux de 1990, cela « simplifiera l’architecture », a-t-elle ajouté.

La simplification est le mot d’ordre de la Commission dans sa lutte permanente contre la bureaucratie. « Mais cela ne signifie pas remplacer les [objectifs] existants par un objectif d’électrification », a promis Gauer.

(rh, cm)